Affaire Cahuzac ? On nous en cache bien plus qu’on ne nous en dit !

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    Depuis trois jours, j’écoute avec beaucoup d’attention les commentaires sur l’affaire Cahuzac. Je constate avec quelque admiration à quel point nos élites politico-médiatiques sont capables, quelles que soient les erreurs qu’elles ont pu commettre, de retomber sur leurs pieds.

    Tout d’abord, elles ont été comme sidérées par les aveux de Jérôme Cahuzac. Non pas qu’elles fussent étonnées de ce qu’ils « révélaient » mais parce qu’ils éclairent d’un jour peu flatteur pour elles le lynchage qu’elles ont fait subir à Edwy Plenel et à Médiapart pendant quatre mois. Alors, pour rester dans leur registre, elles ont beaucoup commenté en faisant très attention à ne rien dire de l’essentiel, a savoir, que le krach de Cahuzac n’est qu’un raté dans un système institutionnalisé : la confiscation des richesses de la France par une coalition de lobbies prédateurs qui a mis notre pays en coupe réglée. C’est ainsi que les commentaires se sont focalisés sur l’homme Cahuzac, son compte en Suisse, le délit fiscal dont il s’est rendu coupable et, surtout, ses mensonges au Président de la République, au Premier Ministre, aux Députés et, accessoirement, à nous, les citoyens de cette belle démocratie dévoyée qu’est la France. A ce propos, on est même allé chercher des « éclairages » chez Serge Hefez, le psy incontournable et officiel de nos médias, lequel n’a, comme de juste, éclairé personne. Sur l’origine et le montant des fonds déposés sur ce compte, on s’en tiendra à des approximations. On parle de 600 000 €uros alors qu’Antoine Peillon, auteur des « 600 milliards qui manquent à l’État », un essai sur l’évasion fiscale particulièrement bien documenté, évoque la somme phénoménale de 16 millions d’€uros sur France Culture et France Inter. Il fallait attendre vendredi soir pour qu’il ait enfin droit à la télévision.

    Dans un second temps, on a recours aux écrans de fumée habituels. On apprend tout d’abord que Cahuzac a, il y a vingt ans, ouvert son compte suisse par l’intermédiaire de Philippe Péninque, un ancien du GUD, proche du Front National. Et de se gausser sur les amitiés dudit Peninque (soixante ans) avec Marine le Pen, de seize ans sa cadette. « Voyez comme l’affaire est trouble », semble dire la doxa médiatique. Mais que fichait un des futurs ténors du PS avec un avocat d’extrême-droite ? La question ne sera pas posée. Ensuite, c’est la publication d’une liste de détenteurs de comptes dans des paradis fiscaux avec, en vedette, le propre trésorier socialiste de la campagne présidentielle de François Hollande. C’est évidemment très grave et très symptomatique du mal inhérent à nos pratiques politiques mais la question n’est abordée que par le petit bout de la lorgnette. Nul n’a évoqué le rapport des deux affaires sur le fond,  c’est-à-dire le fait que l’évasion fiscale est consubstantielle à la fiscalité confiscatoire en vigueur chez nous et que nos élites nagent là-dedans comme des poissons dans l’eau. Quoi qu’il en soit, nos médiacrates sont à deux doigts de trouver des excuses à Cahuzac. De ce point de vue, l’édito de Louis-Marie Horeau dans le Canard enchaîné est consternant. Les connaisseurs savaient que la vocation du Canard est d’en faire juste assez pour justifier son existence, mais, de là à donner l’absolution à un ministre pris la main dans le sac sous prétexte qu’il a démissionné et avoué…

    Par là-dessus arrivent les propositions d’autant plus fantaisistes qu’elles émanent de gens qui sont parfaitement au courant du fond de l’affaire et se gardent bien d’en faire profiter leurs concitoyens, dont certains, comme Jean-François Copé ou Harlem Désir ont pourtant de bonnes raisons de se faire tout petits. On parle d’un référendum : sur quoi ? On réclame un remaniement : on ne voit pas bien en quoi remplacer des ministres inutiles et inconnus des Français par d’autres tout aussi inutiles et inconnus changerait quelque chose à l’affaire. Que ne demande-t-on l’éviction immédiate du ministre Moscovici qui a, de toute évidence, tenté d’étouffer l’affaire Cahuzac, très exactement comme celui-ci avait essayé d’étouffer l’affaire Worth ? On réclame une dissolution de l’Assemblée nationale à laquelle l’UMPS, qui en tient les clés, n’a évidemment aucun intérêt. Venant du FN, la proposition est de bonne guerre. Les mêmes qui ont supprimé le délit de forfaiture pour les élus et les hauts fonctionnaires (tout en le maintenant pour les juges !) demandent une loi pour punir les élus qui auraient menti ou triché avec leur missions, …etc. Quant à Mélenchon, qui a fait une carrière très fructueuse au PS, il appelle les Français à manifester le 5 mai prochain, sans crainte d’entendre des slogans du genre « Tous dehors ! Y compris Méluche ! » ? Bref ! C’est le bal des faux-culs.

    Alors, qu’est-ce que dit l’affaire Cahuzac que ses acteurs et commentateurs nous taisent avec application ? C’est, évidemment, la scandaleuse collusion entre la sphère politique et l’industrie pharmaceutique. Celle-ci partage avec la téléphonie et la banque la caractéristique d’assurer les plus gros bénéfices de toute l’économie française. De l’ordre de 18 à 25% nets, ils sont supérieurs à ceux de l’industrie du luxe, laquelle n’a jamais, au plus fort de ses performances, dépassé 17%. Mais, alors que celle-ci doit sa rentabilité uniquement à son excellence, celles-là la doivent à leur collusion avec le pouvoir.

    S’agissant de l’industrie pharmaceutique, dont les bénéfices nets tournent autour de 23% en moyenne, le dispositif est le suivant. Un : l’État, via l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), nouveau nom donné à l’AFSSAPS pour, à l’évidence, cacher le caca du chat (l’AFSSAPS, dont la plupart des membres émargent aux labos, a été mise en examen dans l’affaire Médiator), autorise la mise sur le marché – et le remboursement par la Sécurité sociale – de médicaments au mieux, sans effets, au pire, mortels (500 à 2000 morts estimés dans ladite affaire), à des prix sans commune mesure avec leur intérêt sanitaire, 10 à 15 fois supérieurs à ceux des médicaments génériques. Deux : en échange, les labos financent très largement les partis politiques, directement et en recrutant massivement des élus, des permanents politiques ou des proches d’élus. Moyennant quoi, la France consomme à elle seule plus de 60% des médicaments vendus en Europe. Mieux, si on peut dire, les médicaments périmés se retrouvent sur le marché africain… A noter que la représentation nationale est parfaitement au courant de tout cela. Elle est même très bien placée pour en connaître puisque, jusqu’aux élections législatives de juin 2012, 10,5% de ceux qui y siégeaient étaient membres des professions médicales, ce qui en faisait la corporation la mieux représentée au Parlement. Or, les labos consacrent en moyenne 35 000 € par an en cadeaux de toutes sortes aux médecins.

    Illustrant le système, Cahuzac avait été recruté après avoir été un très proche conseiller du ministre socialiste de la santé Claude Evin. Pour ses activités de conseil (en clair, de lobbying), il a perçu de très grosses rémunérations qui lui ont permis, notamment, de fonder la clinique d’implants capillaires la plus rentable de Paris. De manière occulte, il a reçu des sommes infiniment plus importantes encore, les 16 millions dont parle Antoine Peillon, destinées sans doute au financement de la campagne de Rocard en d’autres temps puis, plus récemment, de Strauss-Kahn. Mais son cas n’est évidemment pas une exception. Avant lui, Nora Berra, médecin à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon alors que son diplôme, obtenu à Oran (Algérie), n’est pas reconnu en Europe, est devenue Secrétaire d’État aux Aînés (sic) de Sarkozy alors qu’elle avait, pendant sept ans, cumulé ses rémunérations de service public avec des émoluments de labos pharmaceutiques d’un montant total supérieur à 750 000 €. Cette dame s’était même distinguée en se faisant mettre en arrêt longue maladie payé par la Sécurité sociale pendant six mois, temps qu’elle a employé pour continuer ses activités politiques (rémunérées) et passer plusieurs mois dans son pays, l’Algérie. Cette escroquerie ne lui a valu aucune poursuite, la Sécu se contentant d’un remboursement des indemnités indûment versées.

    Enfin, et c’est le drame français, cette pratique n’est pas, en réalité, propre à l’industrie pharmaceutique. Tous les secteurs de l’activité économique sont touchés par un système qui concerne l’ensemble des missions de l’État. La vérité est que toute la politique française n’a qu’un objet : faire payer le plus possible aux Français l’enrichissement facile et exorbitant d’une clique de prédateurs coalisés des sphères économique, sociale, médiatique, syndicale et culturelle qui, TOUTES, sont financées par l’État (voir « la France confisquée »). Toutes les politiques en subissent les effets (en sont « impactées » comme disent aujourd’hui les communicants). La PAC ? Les agriculteurs ne touchent que 1,1 md€ sur les 9 distribués chaque année en France. Le reste va principalement à l’industrie mécanique agricole, à l’industrie chimique et aux banques, dont 900 millions au Crédit agricole. Les DOM-TOM ? Les 20 mds€ dépensés chaque année par le contribuable français en plus des 4 mds€ nécessaires à leur gestion administrative vont aux cadeaux fiscaux dont profitent beaucoup d’amis du pouvoir et des profiteurs qui y bénéficient de privilèges exorbitants… et illégaux, comme les monopoles de Total et de la CMA-CGM. L’immigration massive ? C’est le prix à payer par les contribuables pour permettre à nos multinationales de faire des bénéfices colossaux en Afrique (Maroc télécom, filiale de Vivendi, dégage 50% de bénéfices nets). Multinationales qui, par ailleurs, ne payent pratiquement pas d’impôts en France : le rendement de l’impôt sur les sociétés (IS) est de 7% alors que le taux nominal est de 34 %, mais les sociétés du CAC40 payent en moyenne 3% et quatorze d’entre elles ne paient rien (!). S’ajoutent à cela les très nombreuses facilités d’échapper à l’impôt ouvertes aux contribuables aisés et initiés, ces fameuses « niches fiscales » auxquelles le candidat Hollande avait promis qu’il s’attaquerait. Moyennant quoi, au budget 2013 figure une …augmentation du plafond de réductions fiscales attachées au dispositif Girardin, qui passe, dans certains cas, de 18 000 à 48 000 €. Etc. En réalité, la France est un paradis fiscal bien plus performant que Chypre, l’Irlande ou le Luxembourg. Mais elle ne l’est pas pour tout le monde !

    Pour que tout cela soit possible, il faut acheter la complicité et la complaisance de bien des parasites et de témoins discrets du système. Les médias (dont 480 radios abusivement dites « libres » subventionnées autour de 50 000 € par an) coûtent plus de 2 mds€ chaque année aux contribuables ; les syndicats, plus de 3 mds€ ; les associations, toutes politiquement correctes, évidemment, 15 mds€. Et on ne parle pas des 80 mds€ d’aides à l’emploi qui bénéficient presque totalement à des grosses entreprises dirigées, quel hasard !, par d’anciens membres de cabinets ministériels. Une sur-dépense colossale, de l’ordre de 60 mds€ au minimum chaque année, entièrement acquittée par les entreprises et les contribuables captifs, qui ne peuvent ni délocaliser ni profiter des niches.

    Le corollaire de tout cela, car les ressources ne sont pas inépuisables, c’est le sacrifice de tous les secteurs qui ne peuvent pas donner lieu à détournement d’argent public : l’école, la sécurité, la défense… Mais c’est une autre question (voir « la France confisquée »).

(Suite : )

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