Tapie Président ? Pourquoi pas ? De l’OM, en attendant mieux…!

Composition_Tapie

    Ceci n’est pas une blague. Si on en croit l’offensive judiciaire lancée par le pouvoir socialiste à l’encontre du « Tribunal d’arbitrage » qui a accordé plus de 400 M€ de dédommagements à Bernard Tapie dans l’affaire qui l’a opposé au Crédit Lyonnais à propos de la vente d’ADIDAS, on gamberge ferme, dans les hautes sphères politiques du pays.

    Chacun suit l’affaire en direct et en détail, en tout cas pour ce qu’on veut bien en dire. Je ne m’attarderai donc pas là-dessus, si ce n’est pour la résumer. En revanche, il est très intéressant d’examiner de près la manière dont il en est rendu compte et, surtout, les inquiétudes qu’elle révèle.

    Donc, si j’ai bien compris, il y a un scandale dans le fait que, pour solder le conflit Tapie-Crédit lyonnais, l’Etat se soit adressé à un tribunal d’arbitrage qui a accordé au premier trois fois plus que la Justice en première instance. Remarquons tout d’abord que les médias, commentateurs et autres exploiteurs de l’affaire (dont l’opportuniste Bayrou) jettent ces 400 M€ en pâture au bon peuple sans dire que c’est très exactement l’équivalent du préjudice, actualisé, subi par Tapie. Deuxième remarque : on parle beaucoup du scandale actuel en termes d’escroquerie aux dépens de l’Etat sans taisant qu’il a pour origine une escroquerie de l’Etat à l’encontre de Tapie en 1993. Pour mémoire, le Crédit lyonnais, alors propriété de l’Etat et dirigé par un haut fonctionnaire sous la tutelle du Ministre des finances, avait détourné 2 milliards de Francs (305 M€ en valeur nominale, soit environ 400 M€ 2013) la moitié du montant de la vente d’Adidas à Robert Louis-Dreyfus. Autrement dit, sur le fond, personne ne peut contester de bonne foi que Tapie a été lésé et qu’il était en droit d’être indemnisé. De bonne foi !

    Oui, mais, voilà : la bonne foi, ici, n’a pas sa place car il s’agit d’une affaire de règlement de compte politique et de manœuvre à double détente. Une : l’affaire s’inscrit, sous la dénomination d’affaire Lagarde, dans le cadre de l’offensive tous azimuts de la Gauche contre Sarkozy et son clan. Remarquons qu’en quarante-huit heures, celui-ci est cité dans pas moins de trois affaires : Lagarde, donc, Bettencourt et Takhieddine. Deux : elle vise à affaiblir Bernard Tapie sans espoir de l’achever[1]. Dans les deux cas, elle sert directement les intérêts de la Gauche et, indirectement mais cela paraît moins évident à première vue, ceux de l’UMP. En effet, dût-elle prendre au passage quelques balles perdues, celle-ci, dont on n’entend pas les chefs apparemment sidérés, voit tout le bénéfice d’une élimination de Sarkozy, ce poids lourd dont la révélation des pratiques douteuses en matière financière fait un poids mort pour Copé, Fillon et consorts dans leur marche vers la reconquête du pouvoir.

    Mais l’UMP et la Gauche ont aussi partie liée dans l’élimination de Bernard Tapie. Associé à la famille Hersant, celui-ci avait si bien manœuvré pour se faire oublier que personne n’a vu venir son o.p.a. sur les beaux restes de l’empire de presse du même nom en PACA et aux Antilles. Jugez plutôt : la Provence, Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin, France-Antilles Guadeloupe, Martinique et Guyane. Conclusion inévitable : Tapie veut la Mairie de Marseille en 2014. En effet, Jean-Claude Gaudin, dont l’image est entachée par sa connivence avec les Socialistes locaux dirigés par les frères Guérini et par l’affaire de la subvention exorbitante de 400 000 € qu’il a tenté de faire voter en faveur de David Guetta pour un concert réservé à des fans prêts à sortir entre 44 et 59 € de leurs poches (Lire), est très menacé. Il l’est d’autant plus qu’il s’est mis à dos Renaud Muselier, son héritier présomptif, qu’il a fini par décourager et rapprocher de Tapie à force de coups tordus. Quant aux Socialistes, outre que la tendance nationale est à une véritable bérézina aux Municipales de 2014, ils ont perdu toute chance de reconquérir Marseille par la faute des Guérini, déjà cités, mais également de celle de Sylvie Andrieux, récemment condamnée dans une affaire de détournement de fonds publics au profit d’associations bidons. En attendant d’autres scandales du même tonneau.

    Mais, si Tapie est capable de gagner Marseille, pourquoi s’arrêterait-il en chemin ? Municipales et européennes en 2014, cantonales et régionales en 2015, …présidentielle en 2017 ! Bernard Tapie, qui avait été élu Député dès sa première participation à des élections législatives avec 50,9% des voix en 1989 avait été réélu Député en 1993, en plein cœur de l’affaire VA/OM, puis Conseiller général en 1994. La même année, sa liste aux européennes talonnait celle de Rocard de deux points (12/14). Cet élan avait pris fin suite à sa condamnation à la prison et à l’inéligibilité dans ladite affaire. Mais la popularité de Bernard Tapie ne s’est jamais démentie. Dans un contexte de corruption généralisée du système (voir la France confisquée), Bernard Tapie apparaît plus que jamais, non pas comme un Robin des Bois qui dépouillerait les riches pour soulager les pauvres mais comme une sorte de Surcouf, un corsaire dans un monde de flibustiers. L’ovation debout que les quarante-cinq mille fans de l’OM présents au Stade Vélodrome mercredi dernier à l’occasion du vingtième anniversaire de la victoire de l’OM en Ligue des Champions en 1993 attestent de cette popularité, et même, pour ceux qui en doutent encore, du désir et de l’attente de Tapie de la part des Marseillais 

    Enfin, cette attente s’inscrit dans un contexte sportif tout à fait favorable à un retour de Bernard Tapie. En effet, chacun sait que Margarita Louis-Dreyfus, veuve de Robert et actionnaire majoritaire de l’OM, désire vendre. Jusqu’à présent, la situation et les perspectives du club lui ôtaient toute attractivité, aucun investisseur n’étant disposé à se coltiner la gestion de supporters imprévisibles sans promesses de gains. Et alors qu’une gestion serrée témoin d’un quasi renoncement à jouer dans la cour des grands a permis un relatif assainissement de ses finances (économie de 45 M€),  voici que des résultats sportifs inespérés lui permettent d’accéder l’an prochain à la Ligue des Champions. De surcroît, ce miracle survient alors que les travaux de rénovation du stade s’achèvent, ce qui permet d’engager la nouvelle saison avec des perspectives de ressources nouvelles. Jamais les conditions ne se sont aussi bien arrangées pour permettre la vente de l’OM… à Tapie ! Celui-ci ne peut pas ne pas y avoir pensé ; les Socialistes et l’UMP non plus.

    Pourtant, malgré les millions accordés par le tribunal arbitral si controversé, Tapie n’a pas les moyens d’acheter seul l’OM. Mais, là encore, le contexte lui est favorable. Le PSG gavé aux dollars qataris, Monaco dopé aux roubles Russes, le championnat de France de football devient tout-à-coup attractif pour des investisseurs étrangers du même genre. A l’exemple du Qatar, plusieurs émirats du Golfe sont intéressés par un club français. Alors, me laissant aller à une bouffée d’euphorie propre aux fous de foot dont je suis, je n’hésite pas à rêver de Wenger à Monaco avec Falcao et de …Ibrahimović à l’OM pour donner la réplique à Ronaldo (c’est presque fait) au PSG. Ainsi soit-il !



[1] En réalité, le Tribunal d’arbitrage est inattaquable. Les accusations se focalisent sur l’ancien magistrat Pierre Estoup mais on évite soigneusement de parler de Jean-Denis Bredin et, surtout, de l’ancien président du Conseil constitutionnel Pierre Mazaud. Ces deux-là sont intouchables et il y aurait de très grands risques à les mettre en cause. Bernard Tapie, qui cite Pierre Mazaud, l’a bien compris.

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