Rallye des Camps 12 août : Marseille par Bollène, le Mont Ventoux, Carpentras… (Suite)

Le Mont Ventoux, enfin !

Mt_Ventoux_KH1-186x300                                                                                                             Mont Ventoux 1, version Malaucène (merci à Audrey, Jeanne et Julien pour la photo).

    Faire six kilomètres dans le noir pour trouver un hôtel, retrouver son portable inutilisable et dîner d’un Bounty ; le tout pour, le lendemain, revenir sur Valence, d’abord pour voir la presse, ensuite, pour prendre le train : j’ai tout fait à l’envers. Et, ce, en pure perte, en tout cas, pour ce qui est de la presse car, comme de juste, comme nous étions dimanche 11, la presse était inaccessible. Quant au train, il était devenu nécessaire pour rallier Bollène et effectuer, dans les temps, l’étape suivante, laquelle n’avait plus aucun rapport avec celle initialement prévue.

    A Bollène, sans m’attarder sur l’accident de la veille et les aléas du parcours, je repris ma route l’esprit entièrement tendu vers la suite. A quarante-trois kilomètres de là, le Mont Ventoux m’attendait et cela suffisait à recharger mes batteries, tant j’en rêve depuis que je fais du vélo. De fait, après la belle Vaison-la Romaine endeuillée en 1 992 par la crue de l’Ouvèze, ce fut très vite Malaucène et les premières pentes du Ventoux. Vingt-et-un kilomètres de montée à 7,5% de moyenne et des pentes allant jusqu’à 12% sous le cagnard. Pauses comprises, il me fallut trois heures pour en venir à bout avec une gourde d’eau très vite épuisée. Deux fois, le corps en feu, je m’arrêtai et m’allongeai pour le refroidir à l’ombre des fourrés. Et deux fois je demandai de l’eau à des touristes, anglais dans les deux cas, ravis de me rendre service. Ayant trouvé avec le premier d’entre eux une formule, « You save my life ! » (Vous me sauvez la vie !), qui l’amusa, je la répétai au couple que je sollicitai quelques lacets plus haut. L’homme éclata de rire. Alors, je me risquai, à sa demande, à lui raconter l’accident qui avait fait de moi un Quasimodo à vélo. Plus tard, ils ne me ménagèrent pas, en me dépassant, les encouragements. Plus tard encore, ce furent les mêmes cris enthousiastes qui me signalèrent qu’ils redescendaient du col vers la vallée.

    J’arrivai au sommet moins crevé que je ne craignais car je bénéficiais d’une température plus clémente et, tel un cheval à l’approche de l’écurie, d’un regain d’énergie. Les derniers kilomètres s’étaient effectués dans une brume légère et presque glacée. Mais je ne profitai pas du paysage car je constatai très vite que mon téléphone, que j’avais bêtement gardé dans la poche arrière de mon maillot, était inutilisable car imbibé d’humidité. Je pensai aussitôt que je n’aurais pas de preuve de ma montée. Mais un touriste hollandais puis des jeunes gens français m’offrirent d’immortaliser l’instant (photo ci-dessus) et de me l’envoyer immédiatement par mail.

    La descente vers Bédoin, vertigineuse, fut effectuée « à tombeau ouvert », comme il se doit. Il aurait été ridicule de souffrir autant dans la montée pour se refuser un tour de manège aussi excitant. Les endorphines qui sont, lors d’exercices physiques intenses, secrétées par le corps pour le refroidir, ont un effet secondaire : l’euphorie. C’est ce qu’on met souvent sur le compte de l’adrénaline. Du coup, je parcourus les quinze kilomètres qui me séparaient de Carpentras à un train d’enfer. Je ne sentais plus les contractions musculaires ni même la douleur causée par des plaies contractées aux pieds.

    A Carpentras, je demandai la direction de la gare à une dame en train de téléphoner dans une voiture. Elle m’offrit de m’y conduire. Elle prit aussitôt la direction de la gare routière car, me dit-elle, il n’y a pas, à Carpentras, de gare SNCF.  Arrivée là, elle sortit de voiture, alla vers le coffre de sa petite voiture, l’ouvrit et me dit d’y mettre mon vélo. Elle venait de décider impromptu de me mener directement à la gare TGV d’Avignon où je n’aurais aucun mal à trouver un train pour Marseille.

    Mais, vous dites-vous, qu’allait-il faire à Marseille ? Me reposer ! Je ne vous l’ai pas dit mais, depuis l’ouverture de ce blog, une bonne fée s’est penchée sur moi et se préoccupe de mon bien-être et de ma santé au point de me téléphoner plusieurs fois par semaine. Depuis que, l’une des premières, elle a signé la pétition « Taisez-vous, Elkabbach ! » (dont, au passage, les destinataires n’ont même pas daigné accuser réception !), Francine Perez, la blidéenne Piénoire de Marseille, n’a de cesse de me rencontrer et de me voir passer quelques jours avec elle et son ami Bernard dans leur maison de ce véritable nid d’aigle qu’est Courbons, au-dessus de Digne-les-Bains. Pendant mon transfert par train de Valence à Bollène, je me suis rendu à l’évidence :  le rythme que je m’étais fixé n’était pas tenable. Les premières étapes de Condom, Mourenx et Villeneuve-sur-Lot sous la canicule avaient très tôt entamé mes capacités physiques. Là-dessus, les lâchages successifs, les aléas du parcours et l’accident de Valence avaient affaibli mon moral. De plus, personne ne m’attendait ni à Aix-en-Provence, ni à Toulon, deux fiefs PN, pourtant. J’avais donc décidé de chambouler mon itinéraire et d’accepter l’offre de Francine en allant goûter à son hospitalité. De fait, elle était avec Bernard sur l’ïle de Frioul, où ils disposent d’un cabanon pieds-dans-l’eau. C’est là qu’il était d’abord question de les rejoindre. (A suivre)

 

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