Mon blog-notes du mardi 10 décembre 2013

Nelson « Madiba » Mandela : santo subito !

  Mandela_avec_des_combattants_algériens_de_l'ALN                                                                          Nelson Mandela entouré de cadres algériens de l’ALN à la frontière marocaine en mars 1962

    S’il est un homme auquel cette locution doit s’appliquer, c’est bien Nelson Mandela. Les autorités pontificales ont là une formidable occasion de redorer de blason d’une Eglise catholique chancelante. Si nous en étions encore aux temps où elle était une institution autant temporelle que spirituelle, nul doute que l’opération eût été lancée dès l’annonce de sa mort. D’ailleurs rien ne dit que le projet ne soit pas déjà dans les tuyaux. Le Pape jésuite François, ne peut pas faire moins que la société laïque qui, via l’ONU, a fait Mandela « patrimoine commun de l’humanité ».

    En tout cas, tout ce qui a droit à la parole publique, à part Amnesty International (laquelle, en l’occurrence, ne respecte pas sa vocation), rend un hommage unanime à un homme qui le mérite malgré sa période terroriste.

    Sur le fond, Mandela me rappelle Bourguiba dans sa grande période, celle d’avant la sénescence qui lui fit choisir de s’incruster au pouvoir. Mandela, en ne faisant qu’un mandat, a marché sur les traces de Sylla et de Charles Quint qui ont rendu leur sceptre une fois accomplie leur mission, qui était de mettre fin aux guerres civiles pour le premier et, pour le second, d’organiser un empire « sur lequel le soleil ne se couchait jamais ».

    Nous avons parlé de l’influence de l’Algérie comme contre exemple. C’est vrai, nous l’avons vu, pour le pouvoir sud-africain qui a tout fait pour conserver l’Afrique du Sud. Ce le fut également pour ses adversaires. Contrairement au FLN algérien, l’ANC (National african congress) de Mandela ne s’est jamais résigné au terrorisme aveugle. Ce fut plutôt, semble-t-il, mais je ne suis pas un spécialiste de l’Afrique du Sud, le projet de son concurrent, le Pananfrican Congress (PAC) de Robert Sobukwe. Mais, en Algérie, c’est le parti le plus radical qui l’a emporté sur son concurrent (relativement) modéré, le MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj, après une guerre qui a fait quinze fois plus de victimes musulmanes qu’européennes, de terribles représailles sur les populations fidèles à la France et une politique de nettoyage ethnique qui a provoqué l’exode de la quasi totalité des Européens. A l’inverse, en Afrique du Sud, face à des Afrikaners résolus à se donner les moyens d’y rester, un leader non raciste (Mandela) a, grâce à son charisme, pu engager son pays sur un chemin totalement opposé d’une société authentiquement multiculturelle. Ceci écrit sans aucun angélisme et nonobstant les difficultés qui résultent naturellement de soixante ans d’Histoire.

    Cela a été possible parce que, face à lui, Pieter Botha puis Frederik De Klerk, appliquant le vieux dicton kabyle : « Chacun tient ses chiens ! », ont eux aussi eu assez de charisme pour convaincre les Sud-Africains blancs de s’engager sur cette voie. Alors, oui, rendons grâce à Mandela mais aussi à Botha et à De Klerk, mais aussi à Albert Lutuli, le président de l’ANC, qui obtint un prix Nobel de la Paix mérité en 1960.

    Et pleurons l’Algérie, les Harkis et les Piénoirs qui, eux, ont eu Ben Bella, Boumediène et les Communistes égyptiens d’un côté, et, de l’autre, De Gaulle et les porteurs de valises français.

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Hollande, fils lointain de Machiavel ?

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    En invitant Nicolas Sarkozy au voyage en Afrique du Sud[1], François Hollande n’a pas seulement témoigné d’un esprit républicain que, d’ailleurs, personne ne lui conteste. Il a également exercé ses talents de manœuvrier. En effet, il n’est nullement nécessaire de gamberger longtemps pour saisir la machination.

    En vérité, c’est grâce à un miraculeux concours de circonstances que les deux hommes se sont vus opposés au second tout de la présidentielle de 2012. S’agissant de François Hollande, il n’aurait même pas dû être au premier. Nicolas Sarkozy, lui, le doit à la campagne ratée de Marine Le Pen. Celle-ci, obnubilée par le désir de respectabiliser le FN, avait fait une campagne de deuxième tour. Oubliant qu’il fallait d’abord mobiliser son camp, elle avait multiplié les signes pour rallier les déçus du socialisme et, conseillée par des communautaristes issus de la Gauche, voulu donner des gages à tout le monde. Ce faisant, elle avait oublié que c’est en puisant dans l’électorat du FN que Nicolas Sarkozy l’avait emporté en 2007. Au début de la campagne, celui-ci était à peu près certain de ne pas passer le premier tour. Bien conseillé par Patrick Buisson, un transfuge du FN (lire sa biographie instructive sur Wikipédia), il a droitisé sa campagne. Du coup, pendant que Marine courait en vain derrière les voix de gauche, Nicolas récupérait les ouailles UMP déçues. Moralité, un chef de parti doit d’abord bien choisir ses seconds. De ce point de vue, Marine Le Pen, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire à propos de son soutien à Robert Ménard à Béziers et du choix de l’ancien chevènementiste et toujours gaulliste Florian Philippot comme principal conseiller, a encore des leçons à prendre.

    Ce rappel pour dire que Nicolas Sarkozy a encore bien de la chance de figurer parmi les possibles présidentiables de 2017. De la chance mais aussi des moyens astronomiques (les anciens fonds secrets de Matignon qu’il a confisqués à son profit et les plantureux cadeaux reçus de ses obligé type Qatar) qui lui permettent d’entretenir le buzz médiatique. Mais, malgré le nombre incalculable de débats et d’éditoriaux intéressés qui concluent à son retour, en vérité, le contexte politique ne lui est pas franchement favorable. D’abord, François Fillon a fini par couper le cordon ombilical et se pose en candidat résolu à la présidentielle de 2017. Ensuite, parce que, derrière ce duo, un certain Alain Juppé, à l’affût et, paradoxalement, coiffé de son auréole de martyr du Chiraquisme, s’apprête à mettre tout le monde d’accord en tentant lui-même sa chance. Or, Juppé constitue pour Fillon comme pour Sarkozy, en dernier ressort et faute de pouvoir s’imposer soi-même, un moyen d’empêcher l’ennemi de le faire. Ajoutez à ceux-là tous les ambitieux quinqua de l’UMP (Chatel : 53 ans en 2017 ; Copé et Bertrand : 52 ans ; Le Maire : 48 ans), qui ont intérêt à ce que Juppé, le bientôt septuagénaire, leur tienne la place chaude en attendant qu’ils soient mûrs pour y prétendre à leur tour et vous aurez tous les ingrédients pour que, poussé de toutes parts par des gens aux vues opposées, l’ancien Premier Ministre de Chirac y aille.

    A Bordeaux, où il s’est fait oublier et presque regretter, Alain Juppé cultive une image de sagesse et de probité. Il a de très grandes chances de succès face à un François Hollande affaibli par cinq ans de présidence difficile. Lui, que rien ne peut empêcher de se représenter, le sait. Il a tout intérêt à l’éviter. Alors, aider Sarkozy à venir troubler le cours logique de l’avant présidentielle, c’est, dans cette perspective, un bon début.



[1] La presse socialiste vole décidément bien bas, dès qu’il s’agit de Nicolas Sarkozy. Serge Raffy dans L’ Obs, n’hésite pas à écrire : « L’Ex a préféré prendre le risque de faire, aux yeux des Français, des dépenses inutiles en partant en solo sur un Falcon présidentiel, grevant par là-même le budget de l’Etat. » Faux. Ayant invité l’ancien Président, l’actuel, qui ne voyage pas seul,avait le choix de l’AIRBUS Air France One + un Falcon 2000 de secours ou, ce pour quoi il a opté, deux Falcon 2000 (un officiel et un de secours) et un Falcon 900, plus petit, pour Sarkozy et son équipe. La solution retenue revient 40% moins cher que l’option Air France One. Il est donc scandaleux de prétendre qu’il y a eu des « dépenses inutiles », et plus encore, de les imputer à Nicolas Sarkozy.

« Nicolas Sarkozy aurait pu jouer la carte « grand seigneur », en déclarant qu’il préférait partir sur un avion de ligne, certes payé par l’Elysée, mais à moindre coût » Ceci est purement et simplement une énormité. D’abord, tout ancien qu’il soit, le Président Sarkozy est détenteur à vie de secrets diplomatiques et stratégiques et il constitue une cible potentielle de choix pour des terroristes désireux de faire un joli coup. D’autre part, la France n’est pas Israël, qui compte ses sous au point de ne pas envoyer son Premier Ministre participer à un événement de ce calibre, alors même qu’il fut l’un des rares états à n’avoir pas rompu ses relations diplomatiques avec l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid. Mais c’est peut-être ça la vraie raison ! Quoi qu’il en soit, M. Raffy est un charlatan.

 

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