Et maintenant, que vont-ils fèèèreu ?…

    A la veille du discours de politique générale du Premier ministre Valls à l’Assemblée, le champ politique se fige. Quoique prétexte à une masturbation intellectuelle intense, au fond, le caractère politicien de la constitution du gouvernement n’est plus contesté (Lire). Qu’est-ce que les acteurs politiques français peuvent, dans ces conditions, prévoir, craindre ou espérer ? Et les Français, dans tout ça ?

Putain ! Trois ans !

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    Jamais les institutions de la cinquième République n’ont à ce point montré leur caractère néfaste. Alors qu’on s’attendait à une traditionnelle sanction du pouvoir en place habituelle à mi-mandat, on a assisté dimanche dernier à une véritable punition. Les Socialistes en ont été, naturellement, les victimes, mais c’est, en vérité, l’ensemble du système politique qui a dérouillé. Avec moins de 60% de suffrages exprimés, les Français ont clairement dit, plus encore qu’en 2008, qu’ils n’étaient pas satisfaits par l’offre. Ce sont les Institutions qui ont permis de cacher cette réalité. La fausse Droite UMP et ses satellites peuvent bien se satisfaire d’avoir fait perdre 155 villes de plus de 9 000 habitants à la Gauche, le FN se réjouir d’en avoir gagné 14 (je ne compte pas Béziers), c’est, de fait, le discrédit de la politique qui l’a emporté.  

    Les perspectives sont gelées pour trois ans. En effet, pas plus que le résultat des Municipales, celui, cette année, des Européennes et des Sénatoriales – mathématiquement acquises à l’opposition parlementaire – et celui des Régionales de 2015, ne changeront quoi que ce soit à l’avenir politique de la France. L’État est paralysé par les marges de manœuvre financières hyper-rikiki et le corset européen ; il faudra donc attendre 2017 pour que quelque chose bouge. D’ici là, l’important pour les Socialistes est de garder le pouvoir. C’est cela que la composition du gouvernement Valls entérine. Quand le nouveau Premier ministre parle d’un « gouvernement de combat », il ne pense pas à l’avenir de la France mais à celui du PS. Machiavéliens en diable, Hollande et Valls n’oublient jamais la règle de conduite du prince. Objectif n°1 : prendre le pouvoir ; objectif n°2 : le garder ; moyen : tous, y compris gouverner avec le Centre. Mélenchon et les Verts le savent et s’y préparent. Les « politologues » aussi mais préfèrent continuer de broder autour de supputations tirées par les cheveux car dire la vérité serait manger le fonds de commerce, tuer la poule aux œufs d’or.

Copé rêve d’une dissolution.

    Le proscrit chef de l’UMP a, on peut le dire, le c… bordé de nouilles. Alors qu’on ne donnait pas cher de sa peau compte tenu des embrouilles internes à son parti, le voilà quasi intouchable. Provisoirement, et il le sait. Alors, il se démène et exhorte le Président à dissoudre l’Assemblée nationale. Car il se voit déjà à Matignon. Chose improbable en apparence mais parfaitement possible compte tenu, toujours, de ces foutues institutions de la Vème qui autorise le Président à se débarrasser d’une « majorité » turbulente sans démissionner lui-même.

    Il se trouve que, en 2012, le PS a envoyé à l’Assemblée pas moins de cent-quarante-six jeunes apparatchiks auxquels la fonction de Député a pu monter à la tête. Combien d’entre eux pousseront-ils l’initiative – téléguidée par Martine Aubry – des 88 qui ont, dans le « Journal du Dimanche », publié une tribune réclamant un « contrat de majorité » et un « pacte national d’investissement négocié jusqu’au niveau des entreprises », et qui ont qualifié de « régressions sociale » les 50 milliards d’euros d’économies promises d’ici à 2017 sur les budgets de l’État, de la Sécurité sociale et des collectivités locales ? François Hollande pourrait en prendre prétexte pour dissoudre.

    Cette option était sans doute tenue en réserve pour, plus tard, s’offrir une nouvelle majorité socialo-centriste. Mais, avec l’annonce aujourd’hui par Jean-Louis Borloo de son renoncement à toute activité politique, la donne est changée. La manœuvre pourrait être avancée pour refiler le mistigri à une « Droite » minée par les rivalités internes avec, en vue, deux objectifs : confronter l’UMP à la gestion d’une France au bord de la ruine et lui faire endosser la responsabilité de l’échec. Accessoirement, ressouder la Gauche en vue de 2017. Au passage, François Hollande, qui est au four et au moulin depuis un moment, pourrait bien trouver là matière à se payer du bon temps.

    Quoi qu’il en soit, l’UMP victorieuse de législatives anticipées, c’est son patron que logiquement, le Président, appellerait à Matignon. Ce serait, pour Jean-François Copé, un sacré retour de fortune.

Pour le FN, entretenir et développer le fonds de commerce.

    Le Front National est incapable de convaincre de sa capacité à gouverner. Le vote FN est un vote d’expression d’un ras-le-bol et d’une désespérance des Français, non un vote d’adhésion et il le sait. S’il en était autrement, il aurait depuis un moment déjà rattrapé le PS et l’UMP en nombre d’adhérents et il n’aurait pas tant de peine à trouver des candidats. Et rien n’indique qu’il soit prêt à changer pour corriger cela. Le FN fonctionne comme une secte qui recherche et attire les groupies plus que les militants.

    Certes, pour peu qu’on soit patriote et inquiet de la préservation de la Nation française et de sa civilisation, on adhère à son discours mais on ne le croit pas capable d’une politique alternative crédible et viable. En réalité, comme l’extrême-gauche, le FN est un bon praticien du diagnostic mais pas du remède.

    Je ne crois pas que le FN se désintéresse de l’avenir de la France et de sa civilisation : je pense au contraire que le Rassemblement bleu marine est le seul parti politique français que cela préoccupe vraiment. Mais, compte tenu de la manière dont Marine Le Pen et ses amis mènent leurs affaires politiques, je suis convaincu que leur objectif n’est pas le pouvoir mais le développement de leurs petites affaires.

Et les Français, dans tout ça ?

    Pour les Français, la purge continue. François Hollande a annoncé des baisses d’impôt en prenant bien soin de ne pas détailler. C’est évidemment une fumisterie car, s’il était honnête, pourquoi ne renoncerait-il pas tout simplement aux 12 mds€ d’augmentations qui vont tomber cet automne ? Quarante-huit heures plus tard, Manuel Valls parlait d’un « pacte de responsabilité » basé sur 50 mds€ d’économies en trois ans.

    L’essentiel de ces économies, soit 23 mds, sera supporté par la Sécurité sociale et se traduira, quoi qu’en dise Marisol Touraine, par une réduction drastique des remboursements. Pour tous les Français ? Non, puisque le principe de la couverture maladie universelle (CMU), laquelle profite aux foyers non-imposables, n’est pas remis en cause. Compte tenu de la politique d’immigration qui nous fait admettre onze personnes inactives pour un travailleur, le nombre d’ayants-droits augmente chaque année de plusieurs dizaines de milliers d’unités. Et, là comme en matière de prestations familiales, l’effet de seuil jouera à plein. Or, le drame français est la faiblesse de son assiette fiscale qui fait que l’essentiel des impôts est payé par les classes moyennes ; c’est donc encore sur elles que pèseront les économies. Moyennant quoi, les ménages imposables subiront la double peine : plus d’impôts, moins de prestations. Ils ont l’habitude !

    L’État et les Collectivités territoriales pourraient faire d’autres économies. Réduira-t-on, par exemple, les salaires des conseillers de ministres (11 000 € mensuels) ; ceux des commissaires français à la Commission européenne (20 000 € + 1 000 € d’allocations familiales forfaitaires !) ; ceux des huissiers du Sénat (7 000 €) ? Taillera-t-on dans les subventions versées aux copains et aux complices (16 mds€ dont 700 000 € par an de Matignon, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers d’autres €uros des Collectivités locales, à Ni putes ni soumises, et autant à SOS racisme, par exemple) ? Fera-t-on cesser la confiscation de la radiotélévision publique, qui, chaque année, coûte 2,5 mds€ aux Français, par Lagardère communication et les anciens de France Télévisions ? Etc.

    Mais c’était juste pour illustrer l’acharnement du pouvoir sur les Français. Il y a bien longtemps que ceux-ci n’en peuvent plus, et du fond et de la forme. Comment ne pas être humilié quand, par exemple, on entend les ministres parler d’aller « demander à l’Europe d’être indulgente » ou, pire, quand les ministres français des finances et de l’économie vont présenter en priorité leurs projets à leurs homologues allemands ? Ils l’exprimeront, évidemment, aux prochaines échéances électorales. Mais ça ne changera rien car (voir plus haut) seules la Présidentielle et les Législatives qui s’en suivent peuvent changer quelque chose…

    A condition que l’offre politique s’améliore !

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