Pendant ce temps, le pillage généralisé…

    Les Français croient que la corruption des moeurs politiques qui ruine notre pays est le fait de cas isolés, nombreux mais isolés. Même le nez dedans, ils refusent l’évidence : la corruption est non seulement généralisée mais institutionnalisée. Les infos qui suivent sont presque toutes puisées dans le Canard enchaîné de cette semaine.

 

La rigueur pour les Français, pas pour les élus.

TO GO WITH AFPO STORY BY BEATRIX BACONNIER MARTINThis photo taken on February 19, 2014 at the Varinard manufacturing company shows a three-coloured mayor scarf, in Vaison-La-Romaine, southern France. In France, there are five or six remaining companies that manufacture 100 percent made in France three-coloured scarves for mayors and their deputies, and they are doubling efforts to fulfill demand for the upcoming mayoral elections of March 2014. AFP PHOTO / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

    Lorsque j’ai commencé à écrire ce qui est devenu la France Confisquée, je pensais rédiger une sorte d’essai, modeste mais documenté, pour m’aider à comprendre l’état de la France. J’ai donc fait le nécessaire pour ne rien avancer qui ne soit vérifiable. Résultat, alors que je pensais m’en tirer avec quelques mois de recherches et moins de deux-cents pages de texte, j’ai finalement passé trente mois à consulter quelque dix-mille pages de documents dont beaucoup étrangers, débouchant sur une livre de plus de trois-cents pages serrées. 

    Ce que j’ai découvert m’a fait douter de mes sens. Alors, plus que jamais j’ai compris la formule d’Ernest Renan « La démocratie, c’est la porte ouverte au charlatanisme ! » et celle de Clémenceau « La démocratie, c’est le moyen pour les poux de manger les lions ! » Ce qu’ils ne savaient peut-être pas, c’est que le cynisme et le sans-gêne des charlatans et des poux en question atteindraient de tels niveaux et qu’ils étaient capables de ruiner un pays aussi puissant que la France. 

Quand des élus s’augmentent de 15 à 100%…

    A peine assis sur le fauteuil de maire, beaucoup d’élus, pas tous, des dernières Municipales ont commencé par augmenter leurs émoluments et ceux de leurs adjoints. Par exemple :

. à Clichy-la garenne, Hauts-de-Seine (59 000 habitants), Gilles Catoire (PS) a procédé à des augmentations de 25 à 50%, portant sa propre indemnité à 5 845 €/mois (vous avez bien lu : cinq mille huit -cent-quarante-cinq €uros par mois !), celle de ses adjoints à  1 986 € et celle des conseillers délégués à 973 € ;

. à Savigny-sur-Orge, Essonne (59 000 h.), le maire UMP Eric Mehlhorn a augmenté ses adjoints (mais pas lui-même) de 75% (2 100 € au lieu de 1 200 €);

. à Orly, Val-de-Marne (21 000 h.), Mme Christine Janodet (proche du PC) a accordé 15% d’augmentation à tous les élus « indemnisés » ;

. le Maire UMP de Villeneuve-lès-Avignon, Jean-Marc Roubaud, par ailleurs pharmacien (une des corporations les mieux payées de France) a été élu président de Communauté d’agglomération « Grand Avignon », s’est accordé 20% de mieux que son prédécesseur, soit 5 512 €.

    Ceci étant, eu égard à leurs responsabilités, notamment juridiques, les élus des petites communes sont scandaleusement sous-indemnisés et il serait temps de mettre en place le statut des élus qui permettrait de les rémunérer convenablement. Les élus FN de Cogolin et du Luc, dans le Var, n’ont pas attendu pour corriger cette situation en s’augmentant de 15%. Le premier s’est par ailleurs octroyé une « indemnité d’élu » de 1 250 € par mois : comme quoi, ils apprennent vite ! Quant au second, il fait justement remarquer que ses adjoints toucheront moins qu’un étranger prenant sa retraite en France sans y avoir jamais travaillé. Pour information, à Lille, Martine Aubry touche 6 890 € par mois.

    Il existe aussi des contre-exemples salutaires mais qui ne rachètent pas les autres. Ainsi, le nouveau maire UMP de Roubaix, Pierre Delbar, a fixé son indemnité à 4 000 €, soit 1 500 de moins que son prédécesseur PS Pierre Dubois. Celui de Grenoble, le Vert Eric Piolle a réduit les indemnités d’élus de 25%.

    Robert Ménard, nouveau maire de Béziers, a baissé les indemnités des élus de 30%, ce qui touchera surtout ses adjoints (1 174 €) et les conseillers délégués (782 €) et lui laisse tout de même 5 176 € par mois. Pour mémoire, Raymond Couderc cumulait avec ses copieuses indemnités de sénateur et de président de l’agglo. Certes, on vous dira que ces indemnités sont plafonnées (à 8 272 € par mois, ce qui est déjà pas mal) sauf que les élus ont eux-même inventé le concept d’écrêtement grâce auquel ils peuvent disposer librement des indemnités surnuméraires. Et ils ne se privent pas de les donner à qui ils veulent, de préférence à des proches.

…d’autres préfèrent servir leurs obligés.

    A Nice, Christian Estrosi n’a pas fait procéder à des augmentations d’indemnité (mais il n’est pas trop tard) ; mais il sert bien les copains. L’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon et patron du châteu de Versailles est chargé de présenter, moyennant des émoluments dont on ne sait rien encore mais on ne s’inquiète pas pour lui, la candidature de la promenade des Alglais au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un conseiller au cabinet d’Estrosi s’est vu augmenter de 7 300 à 8 055 € mensuels. Une artiste locale présente en fin de liste sur celle d’Estrosi a encaissé 30 460 € pour une chaise bleue haute de 3 m 20.

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Pour mieux servir Lundbeck, Aquilino Morelle enfonçait Servier.

téléchargement                                                                                                            Aquilino Morelle (à gauche), avec Faouzi Lamdaoui (bras croisés), « conseiller à la diversité » (!) de F. Hollande, lobbyste algérien au sein de l’association « culturelle » Coup de soleil, dont il est membre fondateur en compagnie de Georges Morin, mi du FLN et citoyen d’honneur de Constantine, comme Benjamin Stora.

    La sphère médiatico-politique a abondamment commenté les turpitudes d’Aquilino Morelle, ci-devant conseiller du Président Hollande mais elle s’est surtout attardée sur l’affaire du cireur de chaussures à 30 € la paire exerçant directement dans les salons de l’Élysée. Sur l’aspect le plus important et le plus scandaleux, de sa collaboration dissimulée et très lucrative avec des laboratoires pharmaceutiques qu’il était censé contrôler es qualité d’inspecteur des affaires sociales, on s’en est étonné de la part de quelqu’un qui s’était montré si sévère avec le Laboratoire Servier.

    Chargé du dossier Médiator, Aquilino Morelle avait, dans son rapport très à charge, accusé Servier d’avoir « anesthésié » et « roulé dans la farine» certains des experts de l’Agence du médicament. Compte tenu des révélations de « Médiapart », on pouvait s’attendre à un questionnement sur les motivations de l’intéressé. Est-ce par vertu et souci de la santé publique que le censeur s’est ainsi exprimé ou pour servir son employeur danois en enfonçant un concurrent ? A ce jour, je n’ai rien lu ni entendu de ce genre.

    Cela rappelle le rôle de Henry Paulson, promu secrétaire au trésor par Bush de 2006 à 2009, dans l’affaire de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers[1] en septembre 2008. Au plus haut sommet de l’Etat, Paulson veillait en fait sur les intérêts de Goldman Sachs, son ancien employeur et concurrent direct de Lehman Bros. Ce que son successeur fit aussi en mars 2009 en renflouant la compagnie d’assurance AIG dans laquelle Goldman Sachs risquait de perdre 20 mds$.


[1] La banque aurait pu être sauvée si le Gouvernement fédéral, qui au même moment rachetait Merryl Lynch pour 50 mds€, avait accordé au repreneur (la Barclay’s) la même garantie qu’à JP Morgan Chase pour la reprise de la Bear Stearns quelques mois plus tôt. Paulson, promoteur d’un plan de sauvetage des banques de 700 mds$, n’en fit pas profiter le principal concurrent de Goldman Sachs.

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