Mon blog-notes du mardi 24 juin 2014.

L’éolienne Montebourg brasse du vent pour Alstom.

images                                                                                      Montebourg made in France : malheureusement !

    J’ai souvent parlé de l’affaire ALSTOM sur ce blog pour dire, en gros, que la solution General Electric était la bonne et que les efforts d’Arnaud Montebourg pour susciter une proposition concurrente de l’allemand Siemens n’étaient que de la gesticulation. Le ministre de l’économie, après avoir fait des pieds et des mains pour convaincre les Allemands de faire semblant de s’intéresser à une entreprise qui fait double emploi avec la leur, s’est finalement rallié au projet initial à ceci près qu’Alstom ne reste pas seul sur le créneau très encombré et très concurrentiel des transports urbains. 

    Et il ne s’agit plus d’un rachat pur et simple mais d’une association avec la création de trois entités qui permettent de cacher la réalité de la perte du contrôle de l’activité énergie d’Alstom. En échange, General Electric apporte en dot son secteur signalisation. Mais ces concessions lui permettent d’économiser 5,65 mds€ (6,7 mds€ au lieu de 12,35), dont une part est supportée par l’État qui entre au capital du groupe ainsi constitué. Ce, sans que la souveraineté française sur la société soit garantie  à moyen et long terme…

    Le ministre de l’économie (mais pas des économies !)  a présenté comme une victoire l’entrée de l’État dans le capital de la nouvelle entité née de l’association Alstom-General Electric à hauteur de 20% des actions au prix de 35€… en oubliant de rappeler que, il y a moins d’une semaine, il exigeait une transaction à 28 € ! Mieux, si j’ose dire : pour avoir l’air de veiller aux intérêts de la France, Montebourg a précisé qu’il avait imposé des conditions pour obliger General Electric à tenir sa promesse de créer 1 000 emplois dans les trois ans. En cas de manquement à sa promesse, la société américaine sera tenue de payer une pénalité de… 50 000 € par emploi non créé. Faites le compte ! 50 000 € x 1 000 = 50 millions d’€uros, c’est-à-dire moins de 0,9% du coût de la transaction. A la place de General Electric, je les paierais tout de suite juste pour ne plus avoir à y penser !

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Écotaxe : la méthode Montebourg inspire Ségolène.

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    S’agiter, s’agiter pour, finalement, admettre ce qu’on avait refusé et venir claironner au Journal de 20h qu’on a « fait bouger les lignes » : c’est la méthode Montebourg. Ce que le ministre de l’économie avait inauguré avec la vente de SFR à Numericable et réitéré avec celle d’Alstom à General Electric a apparemment inspiré le reste du Gouvernement Valls. A peine Arnaud Montebourg avait-il présenté (le 22  juin) comme une formidable victoire de lui-même la vente d’Alstom à General Electric, Ségolène Royal venait (le 23) dire qu’elle renonçait à l’écotaxe en faveur d’une « taxe poids lourds ». Or, il n’était pas nécessaire d’éplucher le nouveau projet pour constater que c’était, autrement dénommé, exactement le même que le précédent en moins rentable.

    L’écotaxe de 13 cts du km devait s’appliquer aux poids-lourds sur 15 000 km de routes françaises ; les bretons bénéficiaient d’une réduction de 50% sous prétexte d’enclavement ; certains secteurs comme le transport de lait étaient dispensés de son paiement. Elle devait rapporter 1d€ dont 800 millions pour l’État et 200 pour Écomouv, la société exploitante. La taxe poids lourds, elle, s’élève aussi à 13 cts du km ; elle s’applique aussi aux poids-lourds (de plus de 3,5 tonnes) mais sur 4 000 km seulement ; les exemptions sont les mêmes ainsi que le gestionnaire Écomouv (pour éviter de payer le dédit de 0,8 md€ consécutif à l’abandon du projet initial). Mais elle ne rapporte plus que 500 millions€.

    Pour mémoire, l’Écotaxe était destinée, selon le principe qui consiste à faire payer l’usager, de faire contribuer les poids-lourds, dont on sait qu’ils usent six fois plus les routes que les voitures particulières, à la réfection et à l’amélioration du réseau routier français.[1] C’était un excellent principe unanimement reconnu comme tel. C’est sans doute pour ça que le gouvernement socialiste y renonce aussi facilement. Mais il ne peut pas se passer des rentrées fiscales attendues. Alors, le gouvernement envisage de surtaxer les bénéfices sociétés d’autoroute. En faisant semblant de croire que ce ne sera pas reporté sur leurs tarifs. Et qu’est-ce qui permet de penser que ces société d’autoroute vont accepter sans moufter ? Dans le même ordre d’idée, qu’est-ce qui fait penser qu’Écomouv acceptera que l’État français entre dans son capital ? Sans doute les mêmes raison que celles qui animent les sociétés d’autoroute.  On ne nous les dit pas mais j’ai ma petite idée que je vous exposerai dans un prochain article.

    On admirera la similitude de la démarche avec celle qui a prévalu pour Alstom : on renonce à un bon projet, puis on y revient en l’amendant de telle sorte qu’il soit moins bon et moins intéressant. Enfin, on bouche les trous en prenant des parts dans l’affaire. Mais, comme on n’est pas riche et qu’on ne peut pas se permettre de taxer les Français pour acheter des actions, on vend les bijoux de famille. C’est ainsi que l’économiste en chef de France 2 a dit au Journal de 20h du lundi 23 que ça ne coûterait rien aux Français puisque c’est l’État qui paierait en vendant son patrimoine.

    Moi qui croyais que c’était le nôtre !

 


[1] Pour mémoire, le réseau routier français fait près de 950 000 km dont routes nationales : 11 800 km ; autoroutes non concédées : 1 100 km ; routes départementales : 377 000 km : voiries communales : 550 000 km : autoroutes à péage : 7 850 km. Si je puis me permettre une modeste contribution à la réflexion générale sur ce sujet, pourquoi ne taxe-t-on pas très faiblement la totalité du réseau plutôt que de faire des choix sans objectivité aucune (cf. le régime favorable aux Bretons) ? Après tout, les camions usent autant les départementales que les autoroutes !

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