Coupe du Monde : la France éliminée en quart de finale.

L’Allemagne en 1/2 : « Merci, Deschamps ! »

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    « Qui rit vendredi, dimanche pleurera ! » Hier, je tressais des lauriers à Didier Deschamps, aujourd’hui, je le fustige. Ainsi va la vie sportive assis sur son fauteuil. Mais c’est comme ça : il y a en France 65 millions de sélectionneurs et j’en suis ! Bref ! Tout en critiquant le sélectionneur national, je me moque un peu de moi-même. Mais reconnaissez qu’il y a des raisons objectives de ne pas être content de la manière dont le match France-Allemagne a été engagé. J’en vois au moins deux principales : 1. on ne change pas une équipe qui gagne ; 2. on ne fait pas jouer un joueur blessé. Deux principes fondamentaux que Didier Deschamps n’a pas respectés.

    Depuis la qualification de l’équipe de France contre le Nigéria, on entendait bien la doxa médiatique faire pression pour que Griezmann soit titularisé en lieu et place de Giroud. Pas forcément parce que celui-ci est jugé moins bon que celui-là mais, plus probablement, pour permettre à Benzema de jouer dans l’axe au lieu du côté gauche. Ce, en dépit des enseignements des précédents matches. Pas une seconde je n’ai cru que Deschamps allait se laisser prendre à ce lobbying : première erreur ! Je me suis trompé. Ce qui prouve bien que, en sport comme en politique, l’homme providentiel n’existe pas.

    L’association Benzema-Giroud a fait ses preuves lors des matches France-Suisse et France-Nigéria. Dans le premier, Giroud a marqué et donné deux balles de buts. Dans le second, il a fait le travail de sape de la défense nigériane qui a permis à l’équipe de France de se montrer à son avantage et, à Griezmann, entré à la 62ème minute, de faire valoir sa fraîcheur. L’avantage d’un Giroud est triple : 1. il fixe la défense adverse, ce qui libère Benzema ; 2. avec Giroud dans l’axe et Benzema à gauche, Valbuena, théoriquement positionné à droite mais en réalité libéré par un Debuchy très offensif, peut pleinement jouer son rôle de meneur de jeu ; 3. Giroud est un très bon joueur de tête, ce qui lui permet soit de marquer lui-même, soit de remiser pour Benzema et Valbuena et, souvent, pour Pogba, Matuidi ou Cabaye. C’est ainsi que, contre le Nigéria et la Suisse, l’équipe de France a récupéré un maximum de « deuxièmes ballons ».

    Au lieu de quoi, vendredi, Deschamps a titularisé Griezmann sur le côté gauche de l’attaque, positionné Benzema dans l’axe et laissé Giroud sur le banc. Total : Griezmann a été transparent et Benzema, parfaitement contrôlé par Mats Hummels, a souvent dû se déporter à gauche pour se montrer dangereux. Si ledit Hummels avait eu un Giroud à marquer, Benzema eût eu beaucoup plus de libertés pour agir. Vendredi, il n’a pu échapper que deux fois à Hummels, une fois sur un service de Valbuena et une fois sur un une-deux avec… Giroud (94ème minute). Et si Giroud avait été présent sur le coup franc qui a permis aux Allemands de marquer, c’est lui qui aurait été au marquage du buteur, et je ne pense pas qu’il se fût laissé balader comme le jeune Varanne l’a été parce que lui se serait occupé du ballon, pas du joueur. Faute d’un remiseur capable de profiter des longs ballons envoyés par-dessus une défense allemande très proche de son gardien, Benzema et Griezmann en ont été le plus souvent privés et l’équipe a fini par renoncer à cette option. Quant aux combinaisons dans la surface de réparation, elles ont été rares et Griezmann n’y a pas participé. La plus spectaculaire fut, pendant les arrêts de jeu, un une-deux entre Benzema et… Giroud rentré à la 85ème minute, conclue par un ultime tir du premier malheureusement contré par le gardien allemand Neuer. Combien d’actions de ce type auraient été possibles si Giroud avait joué une heure au lieu de dix minutes ?

    L’autre erreur de Deschamps est d’avoir fait jouer Sakho alors qu’il était blessé. C’est pratiquement une faute professionnelle. Sa douleur s’étant réveillée[1], le défenseur central a quitté le terrain dès la 72ème minute. Celui qui aurait dû jouer titulaire à cette place, Laurent Koscielny, est entré en cours de jeu, privant le sélectionneur d’une option de coaching. Du coup, pour jouer le tout pour l’attaque en faisant entrer Rémy à la 73ème minute et Giroud à la 85ème, le coach a fait sortir Cabaye puis Valbuena, c’est-à-dire les deux meneurs de jeu. Or, c’est bien beau d’avoir quatre attaquants sur le terrain mais s’il n’y a plus personne pour les alimenter en ballons !…

    Ces incohérences donnent matière à questions. Je remarque en effet que les deux joueurs qui sont restés sur le banc pour France-Allemagne sont deux piliers d’Arsenal très critiqués par la quasi-totalité des « spécialistes »  de football qui sévissent sur les ondes. Les mêmes font preuve d’un intense lobbying en faveur de Varanne et de Griezmann. Il faut entendre Christian Jean-Pierre en parler sur TF1 d’une voix enamourée, les accablant de compliments flatteurs ! Alors, en ces temps de corruption généralisée, je me suis demandé si Deschamps ne travaille pas au moins autant pour son agent que pour la France. En effet, malgré l’interdiction de la Fédération français de football (FFF), Deschamps a un agent, le même que Laurent Blanc, le plus connu et le plus sulfureux qui soit puisqu’il s’agit de Jean-Pierre Bernès (photo), qui fut impliqué dans toutes les embrouilles de l’OM sous l’ère Tapie. Or, des deux jeunes joueurs inexplicablement promus, l’un (Griezmann) et déjà coaché par Bernès et il se murmure que l’autre (Varanne) est très courtisé par les plus gros agents de joueurs, dont l’inévitable Bernès. De là à en conclure que le vertueux Deschamps ait pu accepter de faire quelques entorses à l’orthodoxie footballistique pour arranger les déjà fructueuses affaires de son agent, il n’y a qu’un pas que, avec ma manie de voir le mal partout, y compris là où il est, je franchis allègrement… Mais seulement à titre d’hypothèse !

    En tout cas, scrupuleux au possible, j’ai re-visionné à froid (lundi) le match France-Allemagne. Cela m’a fait changer d’idée sur un point. Lors du direct, j’ai passé deux heures à fulminer contre le sélectionneur parce qu’il ne respectait pas l’idée que je ma faisais de ce que ce match devait être, contredisant ainsi mon article du 2 juillet « Coupe du Monde : la France en pôle position ». Total : je n’avais pas vu à quel point les Français étaient passés tout près du succès. Mais, du coup, ma rancœur contre Deschamps en a été augmentée car je me disais qu’en respectant les fondamentaux (dont j’ai parlé ci-dessus), l’équipe de France n’aurait fait qu’une bouchée des Allemands. Ensuite, nous aurions humilié les Brésiliens en demi-finale et écrasé les Bataves en finale. Mais, bon ! (comme dit la marionnette de Laurent Blanc) ce n’est pas ainsi que l’histoire s’est écrite.

    Une chose est sûre, à part, très timidement, sur le Figaro.fr, je n’ai pas vu la moindre réflexion ni l’expression du moindre doute dans nos chers médias. Mais, tout comme moi, vous les connaissez : ils attendent que Deschamps soit à terre pour l’enfouir sous l’opprobre et lui écraser la tête à coups de sarcasmes rétrospectifs. Lécher, lâcher, lyncher, encore et toujours !


[1] C’est en tout cas ce qu’on a pensé en direct. Apparemment, Mahmadou Sakho aurait déclaré à Foot01 que c’est la fatigue qui l’avait poussé vers la sortie. « C’était de la fatigue. Ça faisait six jours que je ne m’entraînais pas spécialement, donc à la fin, j’ai eu des crampes. J’ai essayé de tenir pendant 10 minutes. » Ça ne change rien à l’affaire ; si le staff médical de l’équipe de France n’est pas fichu de déceler l’état de forme de son principal défenseur central, il faut qu’il aille s’occuper d’une équipe de pétanque !

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