Hollande s’en va-t-en guerre !

Qu’allions-nous faire dans cette galère  ?

 Manif Gourdel

    Avec l’assassinat d’Hervé Gourdel par un groupuscule islamiste algérien, les Français sont entrés de plain-pied dans la problématique de l’intervention de nos forces armées en Irak. Et de s’indigner sur la barbarie et la folie des islamistes de Daech sans se poser la question de fond. C’est, en tout cas, la tonalité très largement dominante dans nos chers médias. La vraie question, que beaucoup de gens sensés comme Jacques Myard ou Alain Marsaud posent sans être entendus, est : de quoi nous mêlons-nous ?

La barbarie se nourrit de la barbarie.

    La France et l’occident en général, n’ont rien à faire au Moyen Orient. Il n’y a, dans l’absolu, strictement aucune raison pour que les Européens et les Américains s’immiscent dans les affaires des pays dits « arabes » plus que dans celles des pays des zones Europe ou Amérique du Sud, par exemple. Les Occidentaux n’interviennent pas dans l’affaire ukrainienne. Là, et c’est heureux, ils se contentent de gesticulations verbales. En Irak, ils bombardent. Pourquoi ? Parce que les djihadistes de Daech sont des barbares ? Quand a-t-on vu la barbarie céder face à la violence ? Au contraire, la barbarie appelle la violence, elle s’en délecte, elle en vit ; c’est à la fois son moteur et son carburant.

    Mais, surtout, la barbarie se nourrit de la barbarie. L’émergence et le succès du mouvement Daech – dont l’assassinat d’Hervé Gourdel n’est qu’un sinistre dégât collatéral – ne sont rien de plus qu’une des multiples conséquences de la ratonnade de Gaza par les Israéliens et, plus loin dans le temps, de l’intervention américaine en Irak, celle-ci étant présentée comme une réplique aux crimes d’Al Qaïda, laquelle est née de la première guerre américaine en Irak, etc. Tirez la pelote de la succession de causes et d’effets et vous tomberez inexorablement sur la question palestinienne[1]. En effet, l’intervention américaine en Irak n’avait qu’un but : supprimer le plus puissant soutien de la cause palestinienne en la personne de Saddam Hussein[2]. Or, ce qui a caractérisé et caractérise, comme on a pu le voir récemment, la politique israélienne en Palestine, c’est la barbarie. Une barbarie dans laquelle, jusqu’à présent, les Européens n’ont pas trempé malgré leur servilité à l’égard des Américains et des Israéliens. Ce qui est nouveau, c’est que, cette fois-ci, la France est entraînée dans un bourbier où elle n’a pas sa place, au risque, dramatiquement illustré par l’assassinat d’Hervé Gourdel, de la mettre dans la ligne de mire des djihadistes de tous poils.

Une guerre pour convenance personnelle.

    La guerre anti-Daech est présentée comme une nécessité de faire face à une organisation qui menacerait rien moins que la civilisation toute entière. Pour cela, on n’hésite pas à lui prêter des moyens incommensurables en hommes et en logistique. On la dote maintenant de quatre-vingt mille hommes (Elie Barnavi parle de quinze à vingt-mille) et d’armes lourdes. Personne ne s’étonne que ces illuminés adeptes d’Internet n’aient trouvé à y exhiber que des pick-up surmontés de mitrailleuses et un char, pas un de plus[3]. Quant à l’argent, on fait mine de s’effrayer du présumé « trésor » de huit cents millions à un milliard de dollars de Daech. C’est à peu près ce que la grève des pilotes aura fait perdre à Air-France en quinze jours ! Ainsi, la France est entraînée à coup de mensonges complaisamment  colportés par des médias sans conscience dans une guerre dont seuls des gens comme, encore une fois, Jacques Myard ou Alain Marsaud, dissèquent les tenants et les aboutissants. De fait, dans ses motivations, la campagne de Hollande contre Daech est l’exacte réplique de celle de Sarkozy contre Kadhafi en son temps. Comme lui, il a, au mépris des risques qu’il lui fait prendre, engagé la France et les Français dans une guerre qu’il a décidée pour arranger ses bobos. Décidément, tout rapproche ces deux personnages[4] sous la présidence desquels la France ne cesse de sombrer.

    Quant à la démocratie, notion purement occidentale sans cesse rebachée par nos élites et dont nous-mêmes, Français, savons qu’elle n’est que fiction, n’a pas cours dans les pays faussement dits « arabes ». D’ailleurs, elle n’est, dans cette affaire, qu’un alibi. C’est un travers de nos idéologues contaminés par les lubies droits-de-l’hommistes des Américains[5] que de vouloir imposer des principes qu’ils piétinent allègrement dans leur propre pays à des peuples moins hypocrites qui préfèrent s’en remettre à la force. La plupart des Européens en prennent acte et se gardent de s’en mêler : pas notre Président socialiste. La démocratie est l’argument-alibi avancé pour nous mêler – sans nous consulter – de ce qui nous regarde pas. En réalité, l’intervention en Irak a été décidée pour convenance personnelle.

Chacun tient ses chiens !

    Ce qui se passe en Syrie-Irak ne nous regarde pas. Les « Arabes » ne veulent pas de la démocratie. Pas plus que les Occidentaux, d’ailleurs mais eux sont moins hypocrites. De ce point de vue, remarquons que les peuples du Moyen Orient sont les dignes héritiers des Romains. Ceux-ci choisissaient d’être dirigés par le représentant de la famille la plus riche et la plus puissante. Cette prospérité que le peuple attribuait à la faveur des dieux leur valait une légitimité à le diriger sous le titre de Princeps. C’est l’origine du principe de monarchie de droit divin. Cette primauté pouvait, d’ailleurs, être remise en question à tout moment. Combien d’imperatores  romains vaincus furent liquidés par leurs troupes car ils avaient perdu la faveur divine ? Et combien d’entre eux sont morts dans leur lit ? De ce point de vue, les descendants des peuples conquis en son temps par Alexandre puis soumis à Rome pendant huit cents ans ne font que perpétuer une tradition avec laquelle Daech est en parfaite adéquation.

    Depuis la mort d’Alexandre en 323 av. JC, le moyen Orient est le théâtre d’une guerre des Diadoques sans fin. Comme les Européens aux XVIème et XVIIème siècles, ces peuples se battent entre eux depuis mille-cinq cents ans pour des raisons nationales sous couvert de religion[6]. Mais là où les uns s’en sont sortis par l’anglicanisme (Cujus regio, ejus religio, « tel roi, telle religion ») parce que leurs société ont mis la raison au-dessus de leurs croyances, les autres sont bloqués par les leurs. Mais ils sont d’accord sur une chose : leur rejet de l’influence occidentale. Et un Daech vaincu fera place à un autre tout aussi déterminé et tout aussi « barbare » selon nos codes. Prenons-les au mot : il revient aux peuples et aux États du Moyen Orient menacés de  combattre ou de se soumettre, pas aux Occidentaux. Chacun tient ses chiens ! (Précepte kabyle)

    Un précepte que, curieusement, nos fauteurs de guerre ne s’appliquent pas à eux-mêmes ni aux islamistes de Syrie-Irak mais recommandent aux Musulmans d’ici ! Etonnant, non ? C’est ainsi que « les » Musulmans de France ont été sommés de manifester leur opposition à des « barbares » dont je serais curieux de savoir combien la sauvagerie flatte leur propre haine de la France et des Roumis. Le résultat a été édifiant. Des centaines de milliers de Musulmans vivant en Île-de-France, seuls quelques centaines étaient ce vendredi au rassemblement organisé par un CNFM qui ne les représente aucunement.[7] Embarrassés, les médias se sont bien gardés de risquer un chiffrage de la participation et les télés ont pris soin de filmer au ras des têtes. D’ailleurs, à l’heure où j’écris ces lignes, ils ont tous mis l’accent sur le discours de Dalil Boubakeur, oubliant de parler de l’intervention du dirigeant d’une association concurrente de la sienne qui a profité du rassemblement pour dire tout le mal que la France ferait, selon lui, aux Musulmans.

Daech est à trois mille kilomètres ; le danger islamiste, lui, est parmi nous.

    En réalité, et c’est ce que l’échec de cette opération démontre, les Musulmans de France sont très majoritairement solidaires de leurs coreligionnaires du monde entier ; la réalité est que les Musulmans de France se sentent, en très grande majorité, d’abord musulmans et ne sont Français qu’à titre alimentaire ; la réalité est que, si la citoyenneté française impliquait autant de devoirs que de droits, il y aurait infiniment moins de Musulmans à la demander ; la réalité est que, si d’aventure ils arrivent, comme c’est de plus en plus possible, à prendre une part du pouvoir politique, la majorité des Musulmans de France se ralliera massivement et d’un seul mouvement à leurs coreligionnaires, fussent-ils les plus radicaux et les plus extrémistes des islamistes. C’est en cela que le danger islamiste est à nos portes et non en Irak.

    Un danger d’autant plus certain qu’il trouve dans nos élites antinationales le cheval de Troie idéal pour faciliter son entrisme. Nos élites mondialisées sont des alliés objectifs – et des complices intéressés – des islamistes de tout poil. Car les menées des uns s’inscrivent parfaitement dans le dessein de moins en moins secret des autres : faire de la société occidentale – celle-là même qui pendant des siècles a servi de modèle à une multitude de peuples épris de progrès et de raison – non plus une société mais un espace communautaire multiculturel ouvert où chacun apporterait et vivrait selon sa « culture », c’est-à-dire ses mœurs, sa religion, ses cultes, ses pratiques, ses codes, etc., fussent-ils les plus arriérés, les plus rétrogrades et les plus menaçants. Un espace où la culture initiale, la culture d’accueil, c’est-à-dire la civilisation occidentale, la civilisation gréco-romaine-chrétienne, c’est-à-dire LA civilisation, se ferait toute petite pour, impératif suprême, ne pas « stigmatiser » l’Autre.

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[1] Il n’y a une semaine, sur France Culture, Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France membre du mouvement « La paix, maintenant ! » a clairement lié la guerre civile en cours en Irak-Syrie à la question palestinienne. Comme de juste, ce point de vue n’a pas cours dans le traitement politico-médiatique de cette affaire.

[2] Les milieux politiques français opposés à l’intervention actuelle soupçonnent les Américains et leurs affidés atlantistes d’en user comme d’un prétexte pour s’attaquer à Assad pour les mêmes raisons.

[3] J’ai entendu vendredi soir Samah Soula, la correspondante de France2 en Irak s’alarmer de ce que les djihadistes aient trouvé une super-parade aux bombardements : la fuite en moto. Elle n’a pas précisé s’ils emmenaient leurs « armes lourdes » sur leurs porte-bagages.

[4] Atlantistes et communautaristes, Hollande et Sarkozy font tout pour que la France soit le caniche des Américains.

[5] Qui, en la matière, sont croyants mais peu pratiquants (Voir Bougraïb ou Guantanamo).

[6] Il y a au bas mot, dans l’Islam, quelque soixante-dix tendances et bien plus encore de sectes différentes et souvent antagonistes qui se disputent la prééminence sur l’oumma à partir de querelles d’interprétation. Songez que certains Ismaéliens (une variante de Chiites), par exemple, que nous connaissons (mal) au travers de l’Agha Khan, en sont à penser que c’est par erreur que la parole divine est tombée sur le prophète Mohamed et que, en réalité, il avait choisi Ali, son gendre et cousin.

[7] Le comble du ridicule est atteint avec l’élévation par les médias d’un Hassen Chalghoumi au rang d’interlocuteur et de représentant des Musulmans auprès des institutions française. Lisez sa fiche sur Wikipédia: c’est édifiant et consternant !

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