Mon blog-notes du mardi 21 octobre 2014.

    J’interromps ma série sur les guerres de civilisation pour une petite respiration consacrée au… pillage de l’État.  Je reviendrai dessus demain pour une synthèse.

Frigide Barjot expulsée de son logement HLM parisien de 173 m². Vite, un mouchoir !

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    Condamnée le 15 octobre 2013 à quitter l’appartement HLM de 173 m² qu’elle occupait à Paris en contravention avec les conditions légales (en fait, deux appartements reliés où ils avaient domicilié leur société), Frigide Barjot et son mari avaient obtenu des délais car, a-t-elle dit à l’AFP en avril dernier, le couple « ne gagnait pas assez d’argent pour retrouver un appartement à Paris » et qu’elle était « obligée de vendre des biens de son héritage ». Pauvre chou ! Versons une larme sur le sort de la pauvre petite fille riche héritière de son papa patron et propriétaire d’une clinique à Lyon. Elle et son éditeur/animateur de radio Basile de Koch (frère de Karl Zéro) ne manquent pas de culot. Mais rien ne nous étonne de nos fantaisistes bobos parisiens.

    Ancien collaborateur de Raymond Barre, Simone Veil et de Charles Pasqua, Monsieur Barjot avait déjà été condamné pour avoir bénéficié d’un emploi fictif de la Ville de Paris sous Tibéri. Mais ce couple médiatique n’est pas le seul à profiter de ses relations pour obtenir des logements dits sociaux à des prix d’ami. La moitié des élus de Paris sont dans ce cas. Et des personnages bien plus considérables y ont eu droit. Le dernier exemple nous en a été donné par Delphine Batho, dont on a découvert au moment de sa nomination qu’elle occupait depuis 2001 un 108 m², loué 1 524 €, soit plus de 30% en-dessous des prix du marché. Député des Deux-Sèvres de 2007 à 2012, Delphine Batho est une ancienne de SOS Racisme, ex-présidente de la FIDL, syndicat lycéen pouponnière du PS. Christian Estrosi, lui, s’est contenté, alors qu’il logeait à Bercy, d’installer sa fille dans l’appartement de 60 m² dont il disposait dans un hôtel particulier de 2 900 m² avec personnel de service, maîtres d’hôtel et cuistots.

    Avant eux, il y eut quelques cas pas piqués des vers. Les deux plus célèbres sont ceux d’Alain Juppé et d’Hervé Gaymard. Le premier était logé par les HLM de Paris, dont son fils Laurent occupait pour pas cher un luxueux appartement de 89 m² dans le VIe arrondissement. C’est à cause d’une lettre demandant au maire Jean Tibéri une remise supplémentaire qu’il s’est fait repérer. L’autre cas emblématique à droite est celui d’Hervé Gaymard. L’alors ministre des Finances et son épouse Clara, propriétaires à Paris d’un appartement de 200 m², occupaient un luxueux duplex de 600 m² dont le loyer de 14 400 € était réglé par l’État. Une affaire qui lui valut de démissionner de son ministère. Pour ceux qui ne le savent pas Clara Gaymard, née Lejeune (fille du généticien Jérôme Lejeune) grand commis de l’État, était alors présidente de l’AFII (Agence française pour les investissements internationaux). Un an plus tard, elle prenait celle de General Electric France. Ceci, juste pour dire que le couple n’est pas spécialement démuni.

    Jean-Pierre Chevènement, dans le genre, s’est distingué. Sénateur, multi-cumulard en fonctions et en retraites de ministre et de parlementaire, a toujours refusé de quitter le logement de 5 pièces qu’il occupait à Paris où il possédait pourtant un appartement de 120 m². Fadela Amara, elle, occupait un HLM de 50 m² dans le XIIème arrondissement pour 700 € mais elle disposait aussi d’un logement de fonction de quatre pièces de 120 m² avec vue sur la tour Eiffel où elle logeait ses frères ; Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de Christine Boutin et ex-directeur adjoint de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris payait quant à lui 1200 € un logement de 192 m² dont le loyer mensuel était estimé à 4 800 €.

    Pourquoi je vous raconte tout ça ? il manque 1 200 000 logements sociaux ; le délai d’attente à Paris est de 10 à 25 ans ; dans le même temps, 53 000 foyers logés en HLM disposeraient d’un revenu de plus de 11 200 euros par mois (pour un couple avec un enfant) ou 13 500 euros (pour quatre personnes). Pour les besoins de mon livre, La France confisquée, j’ai calculé que, si les société d’HLM faisaient respecter les règles d’occupation des logements sociaux, elles pourraient reloger la totalité du million deux-cent mille demandeurs en attente. Idem, si elles récupéraient et vendaient les milliers de logements sous-loués, elles dégageraient suffisamment de cash (150 mds€) pour construire de quoi satisfaire la demande… et, accessoirement, relancer les entreprises du bâtiment.

    Ceci n’intéresse pas les médias. Aucun d’eux ne s’est jamais risqué à ce genre d’hypothèse. Pour cause ! Une grand partie des journalistes de la presse parisienne en croque. A commencer par leurs patrons. Souvenez-vous de Jean-François Kahn et de Serge July, par exemple.

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Pour les emplois aussi, « ils » sont prioritaires…

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    Les amis et les rejetons du pouvoir ont décidément toutes les chances. Non seulement, l’État veille à les loger confortablement pour pas cher mais également à leur fournir des emplois bien payés. Certes, il ne les embauche pas directement mais toutes les entreprises où il a des parts se disputent le droit de lui faire plaisir. La société Veolia (ex-Vivendi, ex-Générale des Eaux, l’arroseuse…) a fait l’objet d’un article dans Marianne titré Henri Proglio, le Pôle emploi des fils à papa, dans lequel il est question des nombreux proches de ministres qui y travaillent. Mais l’article n’extrapole pas assez à mon goût. Normal : le but de Marianne n’est pas d’édifier le Peuple mais d’aider à pousser dehors le président de Veolia. Ceux qui ne le savaient pas encore y apprennent que cette société qui distribue l’eau courante à des dizaines de millions de foyers compte dans ses rangs des gens aussi bien nés sinon méritants que la fille de Jean-Louis Borloo (qui y a également casé son ancien conseiller Jean-Christian le Meur ainsi que son ex) et Arthur de Villepin, fils de son père. Rachida Dati, elle, y a placé pas moins d’une douzaine de personnes de son entourage dont toute sa fratrie (et, pour ne pas me faire engueuler par les féministes, sa sorerie) : Jamal, Jamila, Noura, Najat, …et cetera. Christian Estrosi, déjà cité plus haut, n’est pas , pour sa part, malheureux de voir sa fille Laetitia bien traitée à EDF. Pour mémoire, quand Proglio revendiqua de cumuler non seulement les fonctions de Veolia et d’EDF mais aussi les rémunérations correspondantes, Estrosi, alors ministre de l’industrie, le soutint.

    Citons encore la secrétaire de l’ex-patronne du PCF Marie-George Buffet ; Jérôme Cahuzac, le frère de l’autre, nommé PDG d’EDF énergies nouvelles ; Julien Bartolone, fils de Claude. Mais Henri Proglio est aussi un amateur d’art, pas seulement plastique puisque, non content d’avoir épousé la jolie Rachida Khalil, beurette de 24 ans sa cadette, il n’hésite pas à donner un coup de main à sa carrière d’humoriste… avec de l’argent public. Après Veolia environnement, qui lui a versé 60 000 € en 2012, c’est EDF (les deux sous présidence Proglio), qui a gratifié Rachida de 135 000 € en 2009.[1] Quand on aime, on ne compte pas !

    On se souvient d’Air France salariant un ministre en exercice. Mais c’était avant « la moralisation de la vie politique ». Aujourd’hui, les ministres attendent d’être débarqués pour occuper une sinécure rentable. Comme Fadela Amara, bombardée, avec son BEP de repasseuse, Inspectrice des Affaires Sociales (à 9 000 €). Ou comme l’ancien ministre des Finances de Dominique de Villepin, Thierry Breton, qui avait, curieusement, quitté la présidence de France Télécom où il avait touchait déjà en 2003 un salaire de 1,347 m€ pour devenir ministre des finances à 12 000 €/mois (!). En novembre 2008, il devenait président d’Atos, une société de services numériques qui n’a rien à refuser à l’État car elle bénéficie de très nombreux marchés publics, avec un salaire annuel de 2 millions d’€. Fondée en 2000, Atos se développe à la vitesse grand V grâce à la multiplication de commandes publiques. Les 700 000 stock-options que Thierry Breton a reçues à son arrivée à la présidence de la société ont été converties en actions pour une valeur de 21 millions d’€uros. En 2013, Thierry Breton a empoché 4,9 m€ en salaires, soit un bond de 74,5% par rapport à 2012.

    La grande mode est à la création d’un cabinet de conseil (en stratégie, en lobbying, ou quelque chose de bien ronflant et de bien abscons dans le même genre). Ensuite, il y a juste à attendre les commandes de l’État (comme Eric Besson) ou de sociétés dont les patrons sont nommés par lui, et de gouvernements amis (comme le Qatar avec Villepin). A l’étage en dessous, et si on aime les médias, la présidence d’un think-tank bidon assure quelques commandes publiques et des invitations à C dans l’air, par exemple. Mais les besoins sont immenses. Entre les élus et leurs rejetons, les anciens membres de cabinets ministériels et les proches de collaborateurs, ça fait beaucoup de monde à caser. L’encadrement supérieur de toutes les entreprises publiques n’y suffisent pas. Il y faut aussi celui des entreprises liées à l’État ou tributaires de ses décisions politiques. C’est ainsi que les étages supérieurs des banques, par exemple, sont devenues la chasse gardée des élus en exercice ou des fils et filles de. Grâce à quoi, l’État ferme les yeux sur le racket qu’elles exercent de concert (à prendre au premier sens du terme) sur leur clients. Et sur les bénéfices nets d’impôts de 15 à 25% qu’elles réalisent sans même avoir à prendre de risques avec les entreprises.[2] A propos, avez-vous remarqué que les médias ne soufflent mot de ces rendements exorbitants des banques alors qu’ils se sont tous indignés, cette semaine sur ceux des sociétés d’autoroute ? Normal : ils « en » croquent ![3]



[1] Ce ne sont là que les chiffres des deux affaires qui font l’objet d’une enquête préliminaire. Tracfin parle de versement suspects (de l’ordre de 1,8 m€) qui auraient transité par la Suisse et le Luxembourg. Lire.

[2] Le mois dernier, la Banque Européenne d’Investissement a mis 400 mds€ à la disposition des banques en vue de prêts aux entreprises. Seulement 80 mds€ ont trouvé preneurs.

[3] Les médias coûtent 2,4 mds€ par an aux contribuables.

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