Manifestations d’agriculteurs contre la directive « nitrates ».

Les agriculteurs dénoncent une politique agricole dont ils sont responsables.

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    Quand des écolos manifestent contre un projet de barrage douteux, ils s’en prennent plein la gueule au point que l’un d’eux y laisse la peau.  Quand les agriculteurs foutent un bordel sans nom à Toulouse et ailleurs, on les plaint. Alors qu’ils sont directement, en conscience ou par complaisance coupable, responsables de leur propre situation. Alors, oui, les agriculteurs sont à plaindre ; je suis personnellement scandalisé de ce que  80% d’entre eux soient au RSA et que  des retraités de l’agriculture touchent le minimum vieillesse. Je suis scandalisé de ce que, en 2011, seulement 1,1 md€[1] des 9,7 mds€ de la PAC, moins que les sommes captées par les banques et beaucoup moins que celles dévolues aux industries agro-chimiques et… sucrières, leur soit revenu ! Je suis scandalisé de ce que l’agriculture soit devenue un simple débouché pour une industrie chimique polluante. Mais que ne balaient-ils devant leurs portes !

    Les agriculteurs français ont fait le choix, volontaire ou forcé, c’est selon, d’une agriculture intensive dopée aux intrants et, accessoirement, responsable indirecte mais avérée de la deuxième cause de mortalité des français, les maladies cardio-vasculaires, lesquelles coûtent 19 mds€ à la Sécu. Et la lubie des agro carburants (et non pas des bio-carburants) sur-subventionnés a détourné une partie de l’agriculture française de sa vocation nourricière. Au profit exclusif d’une entreprise qui en a le monopole en France, Sofiproteol, présidée par… Xavier Beulin, qui préside aussi la FNSEA, le syndicat agricole productiviste français.[2] Ce, alors que l’INRA, le schizophrénique organisme public de recherche sur l’agronomie truffé d’agents du lobby ogm, a démontré à la suite d’une expérience in situ effectuée sur vingt hectares pendant dix ans en Côte d’Or que, à performances comparables, l’agriculture sans artifices rivalise en compétitivité avec l’agriculture intensive. Et, accessoirement, crée plus d’emplois !

    Enfin, cette agriculture polluante et subventionnée pour laquelle on déverse des hectolitres de purin sur nos préfectures est corresponsable de la misère des masses paysannes d’Afrique et d’un monstrueux exode rural à l’échelle planétaire, dont l’immigration n’est en vérité que la queue de comète.

les_activite_de_sofiproteol                                                                                               Que voilà de la belle agriculture !

    Le tout, en pure perte car, dans un système d’échange où les prix des céréales sont fixés par une bourse à l’échelle mondiale, les flux de richesses sont à somme nulle. Quand les récoltes sont importantes, les cours baissent ; quand elles sont moindres, les cours montent. Le produit de l’activité est donc à peu près toujours le même, sauf quand il y a une catastrophe quelque part dans le monde. C’est ainsi que la grande année de l’agriculture française a été 2011, grâce à l’envolée des prix des céréales (de 41% en un an) du fait de la sécheresse en Ukraine et en Russie. Le reste du temps, ce sont les subventions qui font la différence, en faveur, évidemment, des gros céréaliers, car elles sont proportionnelles à la taille des exploitations. Alors, plutôt que de gueuler contre la directive européenne sur les nitrates, nos paysans devraient se demander s’il ne faut pas revenir à une agriculture de proximité focalisée sur le marché intérieur et la stricte satisfaction des besoins des Français ; une agriculture propre, adepte des systèmes naturels de défense et très largement déconnectée de l’industrie chimique.

    Cette agriculture saine, pour se développer, dispose en réalité d’un levier que les agriculteurs ont les moyens d’activer : c’est la restauration collective. Ce secteur a réalisé un chiffre d’affaire de 17 mds€ en 2012, en augmentation constante de 4% par an. Le fait majeur est que 80% de ce chiffre d’affaire (13,5 mds€) est réalisé en secteur public. Avec un gaspillage monstrueux dû à la mauvaise qualité de ce qu’on y sert, non seulement du point de vue du goût mais de sa valeur nutritionnelle. Objectivement, il y a toutes les raisons du monde pour que, au moins dans la restauration collective de secteur public : cantines scolaires et administratives, hôpitaux, entreprises publiques, on passe radicalement à autre chose. Or, moins de 3% du chiffre d’affaire du secteur (400 m€) concerne des produits bio. Prétexte : trop cher et pas assez de production ! C’est le serpent qui se mord la queue. Donnons des débouchés à l’agriculture naturelle et elle se développera tout en baissant ses prix. Réserver le marché de la restauration collective publique au bio y amènera tout naturellement celui du secteur privé. Ce sera ensuite tout le marché de l’alimentation, y compris dans les supermarchés, qui l’adoptera.

    Il y a là une alternative évidente, une mission, une vocation, même, pour nos agriculteurs et nos « paysans », comme dit Bové. Je leur suggère d’user utilement de leurs forces de persuasion (y compris, dans ce cas, le purin) pour « convaincre » les pouvoirs publics de décréter d’urgence l’obligation pour toutes les cantines de servir des produits bio.



[1] Soit 2 245 € par exploitant ! A comparer aux 60,1 m€ suivis de 55,5 m€ en 2012 versées au volailler Doux…

[2] Bénéficiaire de 70% des 2,65 Mds€ dépensés par l’État en cadeaux fiscaux, soit 1,8 md€, Sofiproteol n’a pas intérêt à voir tuer la poule aux œufs d’or.

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