Le pilote jordanien otage de Daech brûlé vif (2).

Parler aux tripes plutôt qu’à la raison ou comment cacher le caca du chat.

Hollande-ConfPR-AFP-1280

    La « barbarie » est une appréciation subjective. C’est un concept qui relève des registres passionnel et émotionnel. Or, l’exploitation de l’émotion, dont Hollande, dans son discours de ce matin, vient de confirmer dans son style et sa syntaxe toujours aussi approximatives, qu’il veut en user jusqu’à la corde (« L’esprit de janvier 2015, je dois le prolonger ! »), est la meilleure façon de taire les vraies questions. Surtout en recourant à des injonctions péremptoires du genre « qui n’est pas Charlie n’est pas Français ! », autrement dit, en culpabilisant ceux qui prétendent réfléchir au fond des choses. Et qui, du coup, seraient tentés d’exiger des explications voire plus. 

    L’autre manière de détourner l’attention est de proposer de faux débats. Par exemple, faire l’exégèse de l’Islam : violent, pas violent ? Une discussion sans fin car, dans les textes « sacrés », il y a forcément des deux.  Par exemple, convoquer « les » Musulmans au tribunal médiatique avec injonction de condamner les attentats, les tueries, le djihadisme, etc. Moyennant quoi, des imams hier inconnus et dont seuls les non-musulmans croient qu’ils ont charge d’âme défilent sur les plateaux de télé et en profitent pour dire combien « les premières victimes sont d’abord les Musulmans eux-mêmes » et déplorer l’horreur de leurs conditions de vie, les « ghettos » dans lesquels « on » (la société, la France) les aurait confinés, etc. Et les bons samaritains médiatiques amateurs de repentance de hocher gravement la tête en signe d’approbation, de sympathie et de commisération. Par exemple, parler de l’école où on fait tout un plat d’enfants qui refusent – très dans l’esprit « Charlie », pour le coup – d’obéir à l’injonction de proclamer « Je suis Charlie » et répondent « Je suis Mohamed ! » Et on multiplie les reportages dans les écoles où sont mis en scène des débats au cours desquels des enseignants sans aucun sens de la pédagogie se heurtent frontalement à des enfants qui veulent bien condamner les attentats à condition que les victimes le soient aussi. Autrement dit, que les dessinateurs et les tueurs soient renvoyés dos à dos.

    Et de se récrier parce que « les » Musulmans « ne pensent pas comme nous ». Se dit-on une seconde que, de leurs côté, « les » Musulmans déplorent que nous ne pensions pas comme eux ? Non ! Car, le drame de cette affaire est que plus personne ne pratique cette vertu supérieure qu’est l’empathie ou la compassion au sens étymologique de ces termes, c’est-à-dire de la capacité à penser et ressentir les choses comme l’autre les ressent. Ou encore, à se mettre à sa place. Cette vertu n’est plus de mise car tout, aujourd’hui, dès la sortie du ventre de nos mères, nous est dicté par des gens qui prétendent penser pour nous et régenter nos vies jusqu’à la mort. Nous en avons un lot particulièrement gratiné au gouvernement.

    Dans le même temps, on est accablé d’informations sidérantes sur le parcours des tueurs et leur « traitement » par les services de sécurité sans jamais s’attarder sur la responsabilité de ceux qui en étaient chargés, de leurs supérieurs et donneurs d’ordre et, surtout, de ceux qui, par un laxisme idéologique suicidaire, les empêche de faire vraiment leur travail. Ainsi, tous les protagonistes des tueries du 7 et du 9 janvier ont fait de la prison pour cause de dérive terroriste ou de préparation d’actes de terrorisme. Tous ont été pris en charge socialement et ont pu vivre de l’argent public après leur incarcération. L’un d’eux, Coulibaly, a pu, quelques mois après sa sortie de prison, bénéficier d’un prêt de 6 000 € de sa banque pour financer ses crimes alors qu’un honnête chef d’entreprise en cessation de paiement est INTERDIT BANCAIRE PENDANT 5 ANS (!!!). Leur inspirateur, leur gourou, lui-même condamné à six ans d’emprisonnement en 2008 pour participation à une filière d’envoi de djihadistes en Irak, a pu bénéficier d’une aide publique pour devenir infirmier et se « réinsérer » dans une société française qu’il honnit jusqu’à être admis à travailler dans un hôpital public. Mais les bras vous en tombent lorsque vous découvrez que la petite amie d’un complice du tueur de Vincennes est une sous-off de gendarmerie travaillant pour le renseignement, convertie à un islam assez rigoureux et obscurantiste du point de vue des standards de la civilisation française pour l’obliger à troquer son chapeau de gendarme contre un voile lorsqu’elle quittait son travail. Or, cette femme amenait régulièrement son apprenti djihadiste au sein du sein du PC de la gendarmerie nationale, le Fort de Rosny, qui abrite le Service central des réseaux et technologies avancées, le Service technique de recherches judiciaires et de documentation, et le Système des opérations et du renseignement – excusez du peu ! – de la Gendarmerie nationale. Mieux encore, son tourtereau, QUI FAIT L’OBJET D’UN MANDAT D’ARRÊT EUROPÉEN, accédait librement, sans être contrôlé, aux lieux… A en perdre la voix ou, plutôt, la plume ! Alors, no comment !

    D’autres questions ne seront pas abordées. Chacun sait, par exemple, que l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux inspirateurs et pourvoyeurs de fonds des islamistes. Pourquoi la France continue-t-elle à entretenir des relations privilégiées avec ces deux pays alors qu’ils sont d’un intérêt minime pour elle ? (Lire Peut-on se passer du Qatar et de l’Arabie saoudite ?)

    Mais cela ouvrirait la porte à la question qui chapeaute toutes les autres : qu’est-ce que CES MALFAISANTS foutent chez nous ? Par extension, qu’est-ce qui fait que des populations inintégrables car profondément islamisées, wahhabisées, fanatisées au point de préférer que leurs enfants ratent l’école plutôt qu’une prière à laquelle rien ne les astreint (!), puissent être reçus et vivre en France sans renoncer en rien, non seulement à leurs modes de vie mais aussi à leurs façons de penser, à leurs valeurs ? Alors, s’ouvrirait un vaste champ d’interrogations toutes aussi délicates les unes que les autres qui peuvent se résumer à celle-ci : qu’est-ce qui justifie la politique d’immigration en vigueur en France et en Europe depuis une trentaine d’années ?

    La dernière question est celle du rôle de la France en Afghanistan, en Irak et en Syrie. C’est, en réalité, l’invasion et la dislocation de l’Irak qui ont réveillé un islamo-nationalisme assoupi ou, plutôt, réprimé par les laïcs Saddam Hussein et Hafez el-Assad. Avec la déstabilisation de son fils Bachar El-Assad,  on a, en quelque sorte, ouvert la boîte de Pandore. Ce sont les deux garants de la cohabitation entre les confessions en Orient qui ont disparu ou ont été neutralisés. Avant cela, c’était l’Empire ottoman puis la puissance tutélaire, la France, qui assuraient cette mission. Ayant pris acte de la nouvelle situation, qu’est-ce que la France fout en Irak et Afghanistan ? Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui une intervention, à laquelle on s’est refusé en d’autres temps, régulièrement invoquée par les djihadistes comme la première cause du terrorisme dans l’hexagone ?

    Les réponses sont connues de mes lecteurs : j’ai abordé cent fois ces questions en les replaçant dans le contexte général de l’orientation de notre politique nationale depuis trente ans. J’ai démontré par exemple que nos politiques étrangère, européenne, économique, sociale, de défense et de civilisation (je préfère cette formule au mot « sociétale » qui est un moyen d’endormir les citoyens) convergent pour faire aboutir un seul et même projet : la création d’un vaste ensemble euro-afro-américain supranational et arrimé, ou plutôt, à mon sens, inféodé aux États-Unis. Là-dedans, quel est l’intérêt pour la France ? Comme on a du mal à entrevoir la réponse, vient la question subsidiaire : pour qui travaille-telle ?

    La réponse est simple : comme en toute chose, elle travaille pour les États-Unis et, donc, accessoirement, pour son protégé Israël, avec des retombées pour ceux des Européens et des Africains qui œuvrent à ce grand bradage. Ce projet d’intégration dans un espace euro-afro-atlantique d’inspiration américaine est mené par les Atlantistes de la French American Foundation (FAF). Il se traduit par le contrôle de l’Europe par des atlantistes formés aux écoles américaines et, pour beaucoup, passés par les banques américaines, l’intégration dans l’OTAN, c’est-à-dire, en réalité, l’US Army (d’où le sacrifice de l’Armée française avec l’assentiment de ses chefs eux-mêmes passés par la FAF), l’adoption de l’idéologie individualiste et antinationale venue d’Amérique, le communautarisme et, donc, son corollaire, l’immigration massive, et l’intégration économique via le projet de partenariat transatlantique TAFTA[1].

    Europe + OTAN + Gender + Communautarisme + TAFTA : voilà vers quoi convergent TOUTES les politiques des dirigeants français depuis Sarkozy, même au prix du terrorisme islamiste en Europe même. Là-dedans, les dix-sept personnes tuées par les Coulibaly et autres Kouachi ne sont, à l’évidence, que des victimes collatérales au même titre que les sept victimes dont trois enfants de Mohamed Merah en mars 2012 et les centaines de Chrétiens d’Orient persécutés… En attendant d’autres !

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[1] Accord commercial transatlantique ou Trans-Atlantic Free Trade Agreement (aussi connu sous le nom de TTIP, Transatlantic Trade and Investment Partnership ou Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement) est un projet d’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis. Il concerne des domaines aussi variés que l’accès aux médicaments, la sécurité alimentaire ou le règlement des différents privés-publics. (Extrait de TAFTA dans La quadrature du Net). Ce traité prétend priver les États du pouvoir de décréter des conditions (sanitaires, éthiques, etc.) de fabrication ou de commercialisation d’un produit, et confisque à la Justice des États l’arbitrage des conflits (clause en cours de discussion en France. Le Sénat français vient de la retoquer aujourd’hui-même).

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4 réponses à Le pilote jordanien otage de Daech brûlé vif (2).

  1. caratini dit :

    Le caca du chat, tu es gentil Kader, je dirais plutôt le caca du cheval.

  2. domichel dit :

    tout est dit ! magnifique de réalités …….. mais on est pas près de nettoyer la litière du chat hélas.

  3. algeroran dit :

    Ils ont osé brûler vif dans une cage le pilote jordanien. Jusqu’où ira la barbarie ?
    Mais ce qui est effrayant c’est la crédutlité des français. C’est à se demander s’ils sont matures.
    Si ce journaliste continue son franc parler il risque d’en payer les conséquences.

  4. Orséro dit :

    Excellente analyse comme toujours! Merci

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