« Hommage » de Béziers au Cdt Hélie Denoix de Saint-Marc

Quand Ménard met un grand Patriote au service de ses lubies.

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    A partir du moment où le maire de Béziers avait fait adopter par son conseil municipal le projet de donner le nom du Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc à une rue de sa ville, il pouvait fort bien, pour honorer pleinement un de derniers défenseurs de l’honneur de la France en Algérie, décider de choisir une des plus belles artères de la ville. Il fallait, pour cela, que ses intentions soient de servir la gloire de l’ancien chef du 1er REP. Or, de toute évidence, c’est sa propre position d’icône des Piénoirs qu’il a voulu renforcer en instrumentalisant un héros national.

    L’objet central de la cérémonie de ce 14 mars n’était pas un homme mais une date : le 19 mars 1962. En enfermant, non sans doute pour l’éternité mais, au moins pour un très long bail, le nom du Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc dans une triste et anonyme ruelle de lotissement du quartier de la Devêze jusqu’alors dénommée « rue du 29 mars 1962 », ce sont les Piénoirs qu’il a cherché à flatter dans son propre intérêt, et non l’homme qu’il a voulu honorer.

    Donner le nom d’une rue de Béziers à Hélie de Saint-Marc et débaptiser la rue du 19 mars 1962 sont deux initiatives qui m’agréent parfaitement, comme à beaucoup de Patriotes français. Mais pourquoi rendre caduc la première en l’associant à la seconde ? Etait-il si difficile de distinguer les deux projets ? Par exemple, Robert Ménard aurait pu, le 19 mars prochain, et puisqu’il y a déjà une « rue des Spahis » et une « rue des Zouaves », remplacer la « rue du 19 mars 1962 » par une « rue des Harkis ». Ou, s’il craignait d’être trop provoquant (simple hypothèse d’école), l’appeler « rue de l’Aubade », ou « rue de la Sérénade », ou « rue de la Ritournelle », puisque, curieusement, la rue traversante est la « rue de la Pastourelle ».

    Plus tard – par exemple, s’il tenait absolument à em… les constipés de gauche héritiers des porteurs de valises qui sont venus ce samedi le conspuer, le 21 avril prochain, date anniversaire du Putsch des Généraux – il pouvait s’offrir un deuxième triomphe en donnant le nom du Commandant Hélie de Saint-Marc à l’une des nombreuses, belles et anonymes rues de Béziers. Je suis sûr, par exemple, que le président du Conseil national de la Résistance française aurait volontiers cédé un bout de sa très longue avenue Jean Moulin au jeune disciple qui paya de l’internement au camp de Buchenwald son engagement à l’âge de 19 ans. Ménard a préféré ce truc ni fait ni à faire (pourquoi le 14 mars, à une semaine du sinistre 19 ?).

    Je me suis souvent posé la question en cherchant quel machiavélique dessein motivait cette aberration. J’ai compris à la lumière des autres initiatives du maire de Béziers qu’il n’y avait là derrière qu’une explication : la bêtise humaine. Et quand la bêtise fait escorte à l’orgueil… La chance de Robert Ménard est d’avoir trouvé chez les Piénoirs des gens absolument dénués de sens politique et affamés de reconnaissance et d’amour. « Je vous ai compris ! » est, pour l’imposteur sans scrupules désireux de s’ouvrir leur cœur, un sésame infaillible. Ménard l’a bien compris ; il y a gagné – grâce à la bêtise des adversaires, il faut bien le dire – la ville de Béziers. Il aurait pu s’estimer heureux et choisir d’agir en maire de tous les Biterrois, soucieux de réussir, ne serait-ce que pour avoir une chance d’être réélu. Il aurait même pu chercher à se faire aimer de ses administrés. Non, il préfère donner libre cours à ses lubies.

    Car le journaliste devenu maire de Béziers continue de faire ce qu’il sait faire : de la communication, de préférence sur le mode de la provocation. Elu par un tiers des électeurs inscrits, il a perdu de vue que c’est 100% de ces administrés qu’il doit servir. Au lieu de quoi, il ne rate pas une occasion de régler des comptes, y compris quand ils n’existent que dans son imagination de despote paranoïaque. Car partout où il est passé, il a écœuré ceux avec qui il travaillait, par exemple, Jean-Claude Guillebaud (né à Alger) et Rony Brauman, qui lui ont permis de créer Reporters sans frontières (RSF) avec le soutien du pouvoir socialiste et l’argent des contribuables. Car Ménard peut se montrer odieux et ingrat. De ce point de vue, son discours d’inauguration fut un modèle[1]. Certes, il rendit un vibrant hommage au Commandant Hélie de Saint-Marc ; certes, il dit fort bien en quoi le 19 mars comme date officielle de la Guerre d’Algérie est inacceptable pour un Patriote digne de ce nom. Mais son propos fut constellé d’attaques à l’endroit des citoyens de Béziers venus dire leur mécontentement, et la troisième partie de son discours fut à la limite du racisme le plus haineux.

    Mais il était, pensait-il, en terrain conquis. Il croyait sans doute qu’il lui suffisait de solliciter les bas instincts supposés de son auditoire pour le subjuguer. Or j’ai bien senti que l’assistance n’était pas prête à entendre n’importe quoi. S’en prendre aux musulmans (même les moins prudents ont soin de dénigrer l’islamisme sans fustiger « les musulmans ») trente secondes après avoir chargé les Harkis de mamours relève du grand écart. C’est pourtant ce que Ménard a fait.  Ceci étant, ce fut la seule fausse note ; de mon point de vue, en tout cas, car je ne doute pas que lui-même soit très content de sa performance. Par exemple, les choses avaient été organisées de telle sorte que la ruelle qui portera dorénavant et pour très longtemps le nom glorieux du Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc ne soit pas accessible, bouchée qu’elle était par la tribune officielle. Ainsi, les réserves que j’ai émises dans ma « lettre ouverte à Robert Ménard » à propos du choix de cette ruelle n’ont pas été vérifiées, sauf par ceux qui s’étaient attardés. Par exemple, Robert Ménard s’était assuré l’aide et le soutien – ou la complicité – de son ami Thierry Rolando, le président du Cercle Algérianiste. Le Cercle avait largement mobilisé, au point que, d’après le Monde, quelque deux-mille personnes assistaient à cette inauguration. Si on fait la part des très nombreux Biterrois présents, ce sont tout de même plusieurs centaines de Piénoirs qui étaient venus de toute la France.

    Mais je me demande comment le président du Cercle algérianiste national et sa vice-présidente, Madame (« la Reine-Mère ») Suzy Simon-Nicaise, adjointe au maire UMP d’une ville, Perpignan, qui s’est jumelée avec Mostaganem – ce qui a provoqué la démission de nombreux cadres du Cercle – je me demande comment ces deux personnages qui serrent volontiers des mains de fellaghas pleines du sang de nos martyrs s’arrangent avec leur conscience et parviennent à concilier cela avec leur présence enthousiaste à Béziers ce samedi. D’une manière générale, d’ailleurs, je me demande si on reproche à ces deux grands gourous PN d’être aujourd’hui proches de l’UMP avec la même virulence que celle que je subis pour avoir été adjoint au maire RPR de Dreux en 1989… c’est-à-dire, il y a 26 ans et à une époque ou les PN votaient massivement pour Chirac !

    Je me demande aussi comment des PN qui acceptent sans sourciller des rues ou des ponts du 19 mars dans leur propre commune viennent sans rougir se réjouir que soit fait à Béziers ce qu’ils sont incapables d’obtenir chez eux, y compris quand ils sont membres de leur municipalité. Je pense par exemple à ceux de Toulouse qui ont fait voter Moudenc sur la promesse de débaptiser le Pont du 19 mars 1962, ex-Pont Bayard, et qui tolèrent sans moufter que, une fois élu, il se soit assis – comme je l’ai prédit avant les municipales de 2014 – sur sa promesse.

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[1] Un discours trop bien écrit pour être de Robert Ménard. Je me demande s’il n’y a pas là derrière un certain Renaud Camus, que Ménard a chargé d’écrire un livre sur Béziers.

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14 réponses à « Hommage » de Béziers au Cdt Hélie Denoix de Saint-Marc

  1. Je crois comprendre les réactions de Kader. Je ne connais pas tous ces gens qu’il a nommés car je me suis désengagé totalement de toutes ces associations PN pour plusieurs raisons qui ne seraient pas très appréciées si je les disais mais que je porte au fond de mon coeur. Une seule remarque : de 1965, jour de ma libération, à 1978, il me semble, le discours PN/Harkis n’existait pas comme maintenant. Les harkis, nous les avons découverts à l’anniversaire de la 25ème année de notre exode qui eu lieu à Nice. Quand à certains PN qui ont choisi la voie de l’ambition politique UMPS, libre à eux de le faire c’est leur déshonneur propre.

  2. Roger dit :

    Desolé Kader, impossible de vous suivre (comprendre) un tel acharnement contre Mr Menard. La rue du 19 Mars n’existe plus et un grand nom la remplace. Basta !
    Je suis donc juste un Pieds Noirs qui ne comprend rien à la politique

  3. Jany dit :

    Bonjour Kader, je suis d’accord avec l’ensemble des réponses. Même si à mes yeux Mr Menard est plus ou moins un opportuniste, cela vaut mieux que rien et a le mérite de relancer le débat sur l’imposture de la date du 19 Mars 1962. Trop de gens comme Mohamed ont souffert, nous devons nous soutenir.
    Cordialement

  4. ZERAOUNE (SAÏDA) et (MASCARA) dit :

    Alors KADER qu’est ce qui t’arrive tu as bu trop de petit lait pour t’en prendre avec autant de haine au maire de Bézier….Quand à ceux alliés à l’UMP je suis entièrement d’accord avec toi ils n’avaient pas leur place à cette cérémonie comme ceux ralliés au FN…car ils voient le vent tourné et ensuite ils nous trahirons comme la grande Zora l’a fait en son temps ….
    Amitié
    un papé de 76 ans…..

  5. dfr dit :

    Mon cher Kader, en tant que fils de Harki 2° génération, comme toi, à la différence que j’ai été abandonné et livré aux « loups » avec ma famille en 62, je suis fier de rencontrer enfin quelqu’un qui nous rend un petit peu notre dignité, en supprimant cette maudite date qui nous ronge de l’intérieur. Je suis allé soutenir cette initiative avec 8 adhérents de mon association, dont 3 de la première génération. Sur ces trois, 2 Harkis prisonniers du FLN, évadés en 1968. L’un de ces papys pourtant très fatigué est venu de Paris pour soutenir cette action. Ces deux papys portaient le drapeau de l’association et étaient fier de serrer la main de Mr Ménard. Moi-même avec une adhérente je portait la banderole sur laquelle j’ai marqué « 19 mars début du calvaire des Harkis ». Enfin….. un début de soulagement de notre souffrance ?…
    Je ne te cache pas que je suis déçu de ta position que je n’arrive pas à comprendre ! Mais je ne t’en veux pas! j’essaye de te comprendre ! essaye à ton tour de me comprendre : j’ai été battu quotidiennement durant six ans, dès le lendemain de la « rafle » de mon père le 22 juillet 62. Évadé avec ma famille le 5 mars 68 après avoir échappé à 3 embuscades dans lesquelles ils avaient prévu nous égorger. J’ai commencé à travailler à l’âge de 8 ans. Notre arrivée en France, tu connais…. des milliers d’hommes et de femmes de ma génération n’ont pas été scolarisés (moi, 2 ans d’école). Nous avons besoin de soutien de la part des nôtres, surtout comme toi, que je qualifie d’intellectuel, car contrairement à nous, tu as la chance d’avoir été scolarisé, même si les conditions n’étaient pas favorables.
    Mohamed (nous nous sommes vus hier sur site et nous avons convenu de nous rencontrer).

  6. MIANE dit :

    La mariée sera plus belle quand tous les élus patriotes seront capables de faire de même !
    Le symbole valant toujours mieux que ses moyens d’expression.
    Les pieds-noirs et les harkis devraient tout faire par éviter que leurs ennemis communs ne glissent entre eux le fer de la discorde.
    Désolé Kader en matière de stratégie politique tout le monde peut se tromper ou persister dans ses erreurs.

  7. Jean-Pierre O'regan dit :

    Pourquoi chercher tant de critiques à cette magnifique journée. Je suis désolé de lire ces reproches qui pour moi restent stériles. Ancien sous officier d’un régiment para dissous pour avoir refusé de trahir notre engagement, j’ai voulu rendre hommage à ce grand soldat qui est un exemple comparable à celui de ces héros de légende qui nous faisaient rever dans notre jeunesse. Merci mille fois à Ménard pour nous avoir permis de participer à cette communion d’anciens camarades de combats mélés à ces pieds noirs déracinés que nous avons essayé de proteger jusqu’au bout. Tout le reste n’est que blabla. J’ai vécu hier un trés rare moment qui restera longtemps dans ma mémoire. Quand j’ai vu autant d’émotion dans la voix de Robert Ménard, je ne peux accepter que l’on dise qu’il n’était pas sincére. …et puis m… j’en redemande des messes comme celle-ci. Merci Monsieur le Maire. Je ne vous comprend plus Kader. C’est trop compliqué pour ma petite cervelle que de vous suivre dans cette démonstration. Le sentimental passe pour moi largement devant le politique.

  8. Toniolo dit :

    La critique est aisée, cher Kader, pourquoi démolir ce qui est beau, même si éphémère ! Nous n’avons pas beaucoup de politique qui ont les c…… de le faire.
    et vous même qu’avez-vous fait et qu’avez-vous obtenu, face à tous ces falsificateurs ! RIEN ! Alors encouragé ce genre d’initiative, même si maladroite, nos pauvre cœur en ont besoin….

  9. André Soriano dit :

    Il n’y a pas que Perpignan et Béziers. On se demande aussi pourquoi la présidente du Cercle de Condom ne fait pas débaptiser la place du 19 mars de cette commune, commune où elle est tout de même 1ère adjointe. Il est plus facile d’affréter un bus pour aller saluer l’initiative de Ménard à 300 kms de là que de prendre un risque politique dans la ville où elle est élue… Mais il est vrai qu’elle est 1ère adjointe d’un ancien député UMP ayant dès 2006, contre l’avis de son groupe, fait une proposition de loi (n° 2907) avec quelques comparses pour… officialiser la date du 19 mars ! Cela va bien au-delà du grand écart…

  10. LOPEZ Germain dit :

    Je vous l’avais déjà écrit Kader: dans cette affaire c’est une « querelle d’allemand » que vous faites à MENARD. L’essentiel, par les temps qui courent, n’est-il pas que ce maire ait eu le courage, dans une même opération, d’effacer une date infamante du paysage urbain de Béziers et de donner à une rue le nom d’un grand soldat? Même si, et c’est vrai, qu’Hélie DENOIX de SAINT-MARC méritait mieux comme parrainage. Quand je pense à Monsieur MOUDENC, nouveau maire UMP de Toulouse, qui ne fait rien pour tenir sa promesse de rebaptiser le Pont Bayard qui fut débaptisé « 19 mars… » six mois avant les élections municipales de 2014, par Monsieur COHEN, maire « piednoir » et socialiste précédent !

    Quant à votre appréciation sur les « piedsnoirs » que vous semblez qualifier, pour le moins, de naïfs en faisant référence au « je vous ai compris! », de grâce, arrêtez! Cà n’a rien à voir avec le sujet d’aujourd’hui et vous nous aviez habitué à plus de pertinence dans vos jugements.

    • zeller alain michel dit :

      reçu 5/5
      je suis sur la même fréquence comme lorsque nous « dropions » la piste dans le djebel!
      salut camarade.

  11. Alain F. dit :

    Je pense, Kader, que vous n’avez pas compris que si Ménard avait choisi un autre emplacement la rue du 19 mars n’aurait pas disparu. Personnellement je trouve que l’impact est de cette manière plus important.

  12. Missud dit :

    Pas du tout d’accord avec vos attaques contre Robert Menard; Ce dernier a plutôt besoin qu on le soutienne face a tous ces loups qui vont essayer de le descendre comme bien d’autres ont ete descendus. Je souhaite que vous fassiez un rectificatif a propos de Robert Menard et de Monsieur Rolando. A defaut je ne vous lirai plus.
    Bonne journée

  13. Jean GOTTVALLES dit :

    J’apprécie beaucoup en règle générale vos prises de position. Mais cet acharnement a critiquer le maire de Béziers, et également le président du cercle algérianiste dont je fais partie, est incompréhensible et même suspect. Incompréhensible certainement parce que je fais partie de ces Pieds Noirs « absolument dénués de sens politique »

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