Le 11 mars 1963, la France perdait un héros

Dimanche à Bourg-la Reine, hommage à Jean-Marie Bastien-Thiry

IMG_0506

    Les Romains disaient que, tant qu’on prononçait le nom d’un défunt, il ne quittait jamais vraiment le monde des vivants. Selon cette croyance, Jean-Marie Bastien-Thiry ne mourra jamais parce que son nom, j’en suis sûr, restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Français. Car la France est dans l’état qu’il avait craint pour elle ; alors, l’Histoire lui rendra justice. Nous, les Patriotes, y travaillons. Chaque année depuis ce funeste 11 mars 1963, autour de cette date, partout en France, des messes sont données par les Patriotes fidèles à sa mémoire. (Voir la liste sur le site du Cercle BT)

    Dimanche 8 mars, c’est à Bourg-la Reine que je me suis rendu à l’invitation de Madame Hélène Bastien-Thiry. Elle m’avait demandé de venir dire quelques mots. Bien qu’ayant pu, lors d’une rencontre organisée la veille avec quelques membres du Cercle Jean-Bastien Thiry, constater combien les Harkis étaient au coeur des préoccupations, non seulement du Lieutenant-Colonel mais aussi de ses enfants et de ses amis, je ne m’attendais pas à en être, en quelque sorte la guest star. Tout le propos de cette cérémonie tournait autour du thème de l’abandon des Harkis. C’est ainsi que j’ai eu l’honneur et le privilège de parler du rapport entre le combat du Lieutenant-Colonel Bastien-Thiry et celui des Harkis.

    Avant cela, le petit discours d’introduction d’Hélène Bastien-Thiry avait permis à la soixantaine de personnes présentes de me situer et situer mes engagements. Elle le fit du mieux qu’il était possible en citant ce paragraphe extrait de mon Manifeste d’un fils de Harki fier de l’être, au chapitre Ce qui compte, c’est l’appartenance choisie. Le voici : « Je suis le fils d’un Harki assez sûr de ses engagements pour pouvoir dire, cinquante ans plus tard : « Si c’était à refaire, je le referais ! » Je suis fils de Harki et fier de l’être, pas seulement parce que j’ai foi en mon père, que je l’aime et l’admire, mais aussi parce que sachant ce que je sais, j’ai suffisamment d’éléments en main pour pouvoir dire, rétrospectivement et objectivement : le combat de mon père et celui d’une certaine France qui ne voulait pas voir brader l’Algérie étaient justes. Je suis encore plus fier d’être un fils de Harki quand les Harkis sont insultés par leurs ennemis ; et je suis un kabyle solidaire des Kabyles quand la Kabylie est martyrisée. Mais, par-dessus tout, je suis français, et plus encore lorsqu’on crache sur la France. »

    J’avais écrit mon discours ; je n’en lus pas une ligne. La présentation d’Hélène Bastien-Thiry avait installé un registre, une ambiance, un climat chargé d’affectivité et d’émotion. Alors, au lieu de lire les mots que, pour m’assurer de ne pas dépasser le temps prescrit, j’avais tracés au dos des deux cartons d’invitation que j’avais reçus, je les dis. Je fus assez heureux pour ne rien omettre de la thématique choisie parce qu’elle allait de soit : le combat du Colonel Bastien-Thiry et celui des harkis était le combat de l’Algérie française, c’est-à-dire celui de la France. Pour dire cela, je parlai de mon père qui, à quatre-vingt-dix ans passés, proclame à qui veut l’entendre : « En 1955, nous avons pris les armes, parce que nous ne voulions pas que la France parte ! » Et il ajoute : « Cinquante ans après (depuis 2012, il ne réactualise plus), si c’était à refaire, je le referais ! »

    Et je dis comment le supplétif, qui avait le doigt sur la gâchette et n’avait conscience que de la seule nécessité du combat pour sa survie et celle de sa famille, et l’ingénieur de l’Air, le Polytechnicien officier supérieur de la cinquième armée du monde capable d’embrasser la totalité des tenants et des aboutissants historiques, stratégiques et géo-politiques de cette guerre, je dis comment ces deux combattants que rien ne rapprochait étaient aux deux bouts d’une même pelote et deux acteurs d’un même drame : la perte de l’Algérie française, l’abandon de huit-cents mille Piénoirs, et de deux millions de Musulmans fidèles à la France.

    Puis je dis que ce combat n’était pas un combat d’arrière-garde mais, au contraire, un combat d’avant-garde. Celui de la survie d’une Nation et d’une civilisation françaises qui subissent depuis lors les assauts de leurs ennemis. Et je finis en assurant que ce combat n’était pas vain.

    Ce fut ensuite Odile Bastien-Thiry qui fit une lecture poignante de la Médiation IX du livre Vérité écrit par Madame Jean Bastien-Thiry, sa mère et celle d’Hélène. En voici les premiers mots :

Adieu, mes camarades…

Nous ne reverrons plus le regard de nos hommes

Nos harkis, nos goumiers, nos spahis héroïques

Chercher au fond du nôtre la fierté de servir

Nous savons qu’ils sont morts…

    Puis ce furent des chants militaires et religieux dont le C’est nous, les Africains ; ce fut ensuite l’appel des morts pour l’honneur de la France ; puis ce fut la messe pour Bastien-Thiry. Nous restâmes longtemps à prolonger la magie des mots prononcés là et à profiter de la sérénité qui en émanait. Je fus l’un des derniers à partir…

________________

[1] Cercle Jean Bastien-Thiry – BP 50070 – 78170 La Celle-Saint-Cloud 

[2] Je poublierai le texte intégral dans un prochain post.

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Le 11 mars 1963, la France perdait un héros

  1. tiar dit :

    La trahison de nos politiciens envers de vrais français il y a un écrivain qui a écrit un livre DE GAULLE DICTATEUR imprimé a Montréal (canada) interdit en France qu’on peux se procurer sur AMAZON A vous de juger ??? Merci Jacques

  2. Marc Blondet dit :

    Merci Kader .

  3. Agathoise dit :

    Très bien Kader , je suis émue en te lisant . La famille Bastien-Thiry est admirable dans cette fidélité a la parole donnée . Tu as un père plus qu’admirable ! Nous aurions aimé etre la

  4. Geneviève Bastien-Thiry a écrit en puisant dans les lettres reçues de son mari Méditation VIII du livre Vérités

    Mon prochain c’était toi
    Qui a trouvé pendu
    Ton fils assassiné …
    Mon prochain c’était toi
    Que des fusils français
    Ont blessé à jamais …
    Mon prochain c’était toi,
    Qui errait en sanglots
    Dans son quartier pillé.
    Mon prochain c’était toi,
    Harki mon camarade
    Abandonné sans armes …
    Mon prochain c’était toi
    La femme à l’enfant mort
    Dans ses bras …

    Comment aurions-nous pu
    Continuer à vivre
    Protégés et tranquilles
    Alors que votre cri parvenait jusqu’à nous ?
    Alors que l’Algérie nouvelle
    Élevait une croix immense
    Où le visage de douleur
    D’un peuple entier
    Ressemblait à celui du Christ

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.