Au FN, combat politique ou guerre des Atrides ? (2/2)

Et si on parlait du fond ?MLP_JMLP

    Je relevais dans mon article précédent Au FN, combat politique ou guerre des Atrides ? (1/2) Jusqu’où Marine Le Pen peut-elle aller dans la « dédiabolisation » ? que, pour justifier sa brutale offensive contre son père, la patronne du FN n’a à aucun moment commenté le contenu de son interview à Rivarol. C’est pourtant celle-ci, qui fait suite de sa déclaration tonitruante mais sans surprise à BFM-TV (JMLP sur BFM-TV) sur les chambres à gaz, « détail de l’Histoire », qui sert de justification à ce véritable pronunciamiento interne contre le fondateur du FN. Une interview que les médias, qui se régalent de cette opération, se gardent bien d’analyser sérieusement et pour cause : ça pourrait faire retomber le soufflet et ruiner l’entreprise. C’est pourquoi les lecteurs de ce blog ont droit à la publication in extenso de l’interview de JMLP à Rivarol.

    J’ai parlé, à chaud, de « nuit des longs couteaux » en y mettant quelques bémols. Avec le recul, je pense que la métaphore s’impose car c’est, en réalité, exactement à cela l’on assiste. Les morts en moins, nonobstant celle prématurément annoncée mais de toute façon symbolique du père. A revoir et à réentendre les protagonistes de cet événement, je suis convaincu qu’il ne s’agit pas simplement de se débarrasser d’un trublion mais, en réalité, d’une offensive des « aliens » du FN contre ceux qui les empêchent de prendre définitivement le contrôle du vaisseau amiral du mouvement patriotique français. Leur but ? En faire une machine de guerre électorale, non pas pour sortir le pays de l’ornière dans laquelle leurs anciens amis l’ont plongé mais pour participer au pillage, au festin, à la curée.

    Dans cette affaire, finalement, tous les protagonistes ou presque y trouveront leur compte : les « chevènementistes » et autres « gaullistes de gauche souverainistes » qui croient leur heure venue ; les historiques qui se morfondaient en regardant leur œuvre sombrer entre les griffes de leurs ennemis. Pour ces gens qui ont construit le FN sous l’opprobre et les insultes de tout ce que ce pays compte d’hypocrites, rien de mieux qu’une bonne – et peut-être dernière – bataille pour reprendre un coup de jeune. En définitive, le pire qui puisse leur arriver est une scission du FN et un retour aux catacombes. Mais, pour des apôtres et des missionnaires de cette religion qu’est le patriotisme, est-ce pire que d’assister sans pouvoir intervenir au suicide (selon les termes de Jean-Marie Le Pen) de leur créature ?

    Au fond, seule Marine Le Pen prend des risques. Mais elle a déjà tout perdu en perdant l’estime de son père.

JMLP sur RTL

    Qu’a dit Jean-Marie Le Pen à Rivarol ? Nos chers médias, pour étayer leur campagne de dénigrement, n’ont repris aucune des déclarations réellement sorties de la bouche de l’accusé, excepté celle du « détail » dont même Jérôme Bourbon, l’éditorialiste de Rivarol, écrit qu’il « n’est sans doute pas le plus approprié  car, de quelque façon qu’on la prenne, la question des chambres à gaz est bien loin d’être un détail ». Toutes les autres accusations sont des copier-coller des sous-titres du journal lui-même. Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, elles seraient comprises comme des positions politiques, des opinions. Dans la bouche de Jean-Marie le Pen, elle deviennent des crimes. Ainsi : « les pétainistes sont des Français comme les autres », « le chevènementisme est malfaisant », « Valls est français depuis trente ans, moi, depuis mille ans », « il faut sauver le monde blanc ». Quand aux analyses censées justifier cette nième chasse aux sorcières, elles résultent toutes d’extrapolations à JMLP de l’éditorial très personnel et très « Rivarol » de son interviewer.[1] Autrement dit, les idées développées par Rivarol servent à crucifier Jean-Marie Le Pen. Procès stalinien très conforme aux méthodes de la caste politico-médiatique française.

    S’agissant de celle qui sert le plus l’indignation des bien-pensants : « les pétainistes sont des Français comme les autres », d’autres avant lui l’ont dit et pratiqué. A commencer par le Général de Gaulle lui-même qui n’a pas voulu que le Maréchal Pétain soit fusillé et qui, surtout, a pris à son service nombre de ses fidèles. Sans même parler du Général Giraud et de bien d’autres personnalités qui furent pétainistes puis résistantes par rejet de la politique de collaboration avec les nazis, beaucoup de Français firent une très belle carrière au service de la France après avoir vécu une « occupation allemande pas particulièrement inhumaine ». Ce fut le cas de  Maurice Couve de Murville, haut fonctionnaire zélé du régime de Vichy devenu le ministre historique des Affaires étrangères de De Gaulle puis Premier Ministre de son successeur Georges Pompidou. Ce fut le cas également de ce dernier, qui coula des jours tranquilles comme professeur au lycée Henri IV (en zone occupée) avant d’entrer au cabinet de Charles De Gaulle en 1944.

    Citons aussi le plus célèbre d’entre eux, François Mitterrand lui-même, ancien cagoulard décoré de la Francisque et pourtant un des chefs de la résistance intérieure, devenu recordman de longévité comme Président de la République française, sans jamais renier ses engagements. A aucun moment Couve de Murville et Pompidou n’ont été mis en cause par les tenants de la « pensée juste ». Ce ne fut pas le cas des Touvier, Bousquet et autres Papon, qui furent aussi de grands commis pétainistes puis gaullistes ou socialistes de l’Etat. La différence tient dans le fait que ces derniers ont été pris pour cible par le lobby mémoriel juif français qui a fait de la shoah le critère absolu, l’alpha et l’oméga de la légitimité politique et, même, du droit à l’existence. A ce titre, François Mitterrand fit lui aussi partie de leurs cibles. Mais il est mort sans avoir jamais cédé à aucune injonction de repentance après avoir chaque année fleuri la tombe du Maréchal Pétain. Moralité : le pétainisme a bon dos. Sous couvert de réhabilitation du régime de Vichy, c’est le soupçon d’antisémitisme qui fait de Jean-Marie Le Pen la cible privilégiée de la bien-pensance droits-de-l’hommiste rétrospective et à géométrie variable.

    « J’ai toujours œuvré à la réconci­liation des Français. Comme le disait avec une grande dignité le président Georges Pompidou, interrogé en conférence de presse sur la grâce partielle qu’il avait accordée à Paul Touvier : « Allons-nous éternellement entretenir sai­gnantes les plaies de nos désaccords nationaux, le moment n’est-il pas venu de jeter le voile, d’oublier ses temps où les Français ne s’ai­maient pas, s’entredéchiraient et même s’en­tretuaient ? » Pour ma part, comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître. L’on a été très sévère avec lui à la Libé­ration. Et je n’ai jamais considéré comme de mauvais Français ou des gens infréquentables, ceux qui ont conservé de l’estime pour le Maréchal. Ils ont, selon moi, leur place au Front national comme l’ont les défenseurs de l’Algérie française, mais aussi les gaullistes, les anciens communistes et tous les patriotes qui ont la France au cœur. » Voilà ce que Jean-Marie Le Pen a dit dans son interview à Rivarol. Reprendre ces mots, les citer, c’eût été rendre à l’ennemi son humanité. Ces gens qui cultivent et orchestrent la haine du patriotisme ne pouvaient s’y résigner et c’est d’un même élan qu’ils ont tous, sans exception, repris exactement les mêmes accusations et usé des mêmes mots pour fustiger et accabler JMLP. Pourquoi sa file Marine les a-t-elle suivis dans cette opération de destruction sans même essayer, au moins au journal de 20h de TF1 de jeudi soir, de rétablir au moins un peu de la vérité ?

Marine Le Pen à TF1

    Quant aux autres motifs d’indignation, elles relèvent aussi de la liberté d’opinion. Mais, pour la clique qui veut imposer la dictature de la pensée unique, seules sont « républicaines » les opinions bénéficiant de son label. Or, oui, « le chevènementisme est malfaisant », oui, le vernis « français » de Valls est trop récent et, de toute façon, de trop médiocre qualité pour qu’il se permette de donner des leçons de patriotisme à des Français de souche. Si Manuel Valls avait gagné sa francité en servant la France au lieu d’avoir bénéficié de ses vertus intégrationnistes au point d’en être devenu le Premier Ministre sans avoir jamais travaillé, alors, il aurait le droit de parler. Et encore ! Sans vitupérer et sans insulter ceux qui, sur les bancs de l’Assemblée nationale, servent la France. Et oui, « il faut sauver le monde blanc ». Car l’Europe de Brest à Vladivostok, qui ne faisait ricaner personne quand c’était De Gaulle qui en parlait, est en danger et, avec elle, tous les citoyens du monde qui aiment, admirent et servent sa civilisation ou rêvent de la voir triompher chez eux contre la barbarie et l’obscurantisme. Mais la doxa dominante préfère une humanité métissée plutôt que diverse, étant bien entendu que, dans l’omelette, le blanc disparaît toujours au profit du jaune. Et, parce que Poutine est le dernier rempart en Occident contre la cosmopolitisation de l’Europe, il est interdit à quiconque de prôner un rapprochement avec la Russie et, encore moins, de proclamer son admiration pour son chef.

   Qu’est-ce que tout cela signifie ? Que cette affaire n’a rien à voir avec la morale et tout avec la politique. Le recours à la morale est une recette multi-usage, un moyen de pression commode, qui ne réclame aucun effort aux jean-foutre malfaisants qui prétendent non pas nous gouverner mais nous mener comme du bétail en nous interdisant de penser par nous-mêmes. La faute de Marine Le Pen – pas de ses sbires et de leurs porte-flingues gaullo-chevènementistes, car eux sont dans leur rôle – est d’avoir cédé à l’injonction de l’anti-France sans avoir pris le temps de réfléchir à la portée de son acte. C’est cela que dit Bruno Gollnisch au micro d’Olivier Galzi sur I’Télé (la vidéo publiée hier) ; c’est cela que dit Jean-Marie Le Pen à celui de Jean-Michel Apathie. Mais lui, dans son interview à Rivarol, avait précisé : la politique est un combat. Il a parlé de combat de boxe ; moi, je vais plus loin : la politique, aujourd’hui, compte tenu des enjeux – la survie de la France, rien de moins ! – c’est une guerre. Une guerre que les patriotes mènent sans moyens et sans ressources que celles, bien maigres, qui échappent encore à la voracité de la coalition de lobbies prédateurs qui sévit à tous les échelons de la vie publique, économique et sociale, depuis quarante ans. Or, une guerre, quand on l’a déclarée, il faut la mener. Tout démunis qu’ils soient, les Patriotes y sont prêts. Je ne suis pas sûr que Marine Le Pen ait compris qu’il s’agit d’une guerre, ni même pas d’un combat de boxe : elle croit encore qu’il s’agit d’un jeu.

    Quoique ! Depuis hier, j’ai le sentiment que d’aucuns, dans son entourage, commencent à comprendre. J’ai vu, la nuit dernière, Louis Aliot sur Paris Première à l’émission Zemmour & Naulleau. Il m’a paru beaucoup moins péremptoire dans sa condamnation de Jean-Marie Le Pen. Deux indices pourraient avoir aidé Marine Le Pen à douter de ses premières réactions. La première est la jubilation avec laquelle non seulement la caste politico-médiatique mais aussi ses « amis » Philippot et consorts ont accueilli sa décision de trancher dans le vif bien au-delà de ce qu’on pouvait attendre. Le second, dont la portée est sans commune mesure, est la réaction des historiques du Front national, lesquels ont tous, y compris ceux en rupture de ban, pris la défense de son père, en mettant dans la balance. A-t-elle compris que c’est l’existence même du FN qui est en jeu ?

    Mais peut-être me fais-je un cinéma ?

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[1] Lire sur le site de Rivarol.

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2 réponses à Au FN, combat politique ou guerre des Atrides ? (2/2)

  1. Brétagnol Michel dit :

    Un texte bien écrit, et à l’encre de la conviction. Kader ne sert d’autre ambition que celle d’oeuvrer au service de la vérité. Voilà qui est rare par ces temps ..

  2. MIGLIACCIO dit :

    Comme d’habitude je partage sur facebook, l’article et bien documenté et des vérités qu’il faut dire sont dites, comme Pétain sauvé de sa condamnation à mort par De Gaulle, Mitterrand décoré de la Francisque et j’ajoute que les socialistes en 1940 ont voté les pleins pouvoir au maréchal Pétain . Ceci dit je me pose une question : Est-ce que Marine Le Pen ne veut pas lisser le FN en mettant le père à la retraite et faire d’une pierre deux coups « tuer » le père et tuer l’UMP qui craque de partout. Les départementales ne cimenteront pas l’union derrière Sako, la guerre des chefs a bien lieu et l’ump sait que beaucoup de FN au deuxième tour ont voté utile, Sarko qui n’aura pas toutes les voix de droite, celles du FN et celles de ces amis d’hier, je pense à guéant, De Villiers…. avec la dernière déclaration sur ‘l’identité Nationale ». Je ne dis pas qu’il y aura des transfuges de l’UMP vers le FN, mais comme à l’UMP ils ont tous le profil du traite, à la présidentielle de 2017 bon nombre de voix de l’UMP risquent de passer sur le FN .

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