Hollande aux Îliens : « Je vous ai compris ! »

DOM-TOM : mettre en valeur au lieu d’exploiter

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    Ce texte est destiné à illustrer mon propos sur la façon dont Peuple et Nation (nom provisoire) traitera l’information. Le voyage de François Hollande aux Antilles a montré comment nos chers médias nous disent tout… sauf l’essentiel. Les Français ne peuvent plus (c’était déjà le cas après les émeutes de 2009) ignorer le malaise des Îliens et leur sentiment d’être laissés pour compte. Mais ils ne savent toujours rien sur ses origines profondes. Les publications gauchisantes comme Médiapart en ont fait des tonnes (moins que d’habitude, néanmoins) pour justifier la repentance et l’absurde revendication de « réparation » des préjudices subis du fait de l’esclavage. Autrement dit, elles « informent » mais toujours dans le but de salir la France. Celles de droite se sont contentés de rendre compte de la tournée électorale de Hollande. Aucune ne s’est attardée sur le fond du problème antillais.

    Voici, à peine actualisé ce que j’en ai écrit, dans mon livre La France confisquée.

    Au moment d’aborder la question des DOM-TOM, on se demande s’il faut la traiter au paragraphe « territoires » ou ouvrir un chapitre « colonies ». Que les esprits chagrins ne s’offusquent pas : à y regarder de près, il saute aux yeux que les départements et territoires d’outremer sont non pas administrés mais exploités au sens économique le plus primaire de ce terme, c’est-à-dire non pas mis en valeur comme une exploitation agricole ou forestière dans laquelle on sème ou on plante pour récolter plus tard mais pillée comme d’aucuns pillent et rasent les forêts primaires d’Amazonie ou d’Afrique. Et ils le sont avec la complicité de leurs propres élites (lire). Mais exploités par qui ? La France ? Non ! Comme toujours, les bénéficiaires de cette politique irresponsable qui a entretenu voire provoqué des distorsions économiques néfastes[1] et précipité les Martiniquais dans la révolte en février 2009 se retrouvent parmi les profiteurs du système, ceux qui disposent d’un monopole exorbitant comme Total pour les carburants, la CGMA-CGM[2] pour le transport maritime, les quelques familles d’anciens planteurs recyclées dans l’import-export et la distribution, et les contribuables bien informés qui profitent des formidables avantages fiscaux attachés aux investissements outremer. Les victimes sont les Îliens non fonctionnaires, trop pauvres pour se loger convenablement car les niches fiscales liées à l’investissement immobilier détournent les investissements du logement social et enchérissent les loyers, frappés par la cherté de la vie car tout ce qu’ils consomment vient d’Europe, et durement touchés par la précarité et le chômage : 25% en moyenne, 55% pour les jeunes.

    Le système a un coût exorbitant. Nonobstant les 3,3 Mds€ consacrés à l’exercice de ses fonctions régaliennes, l’État, ou, pour mieux dire, la Nation, a, en 2011, consacré près de 24 Mds€ à l’Outremer en plus des 40% de salaires supplémentaires payés aux fonctionnaires locaux pour leur permettre de faire face à la cherté de la vie. En plus des 5,5 Mds€ de fonds européens dont il vaut mieux, pour certains, ne pas savoir à quoi ils sont employés, un milliard et demi d’€uros est dépensé en réductions de charges sociales et, surtout, trois et demi en « dépenses fiscales », dont le fameux « dispositif Girardin » durement épinglé par la Cour des Comptes dans son rapport de février 2012 (à télécharger et lire in extenso). En voici un florilège. « Des coûts élevés au regard de l’aide apportée aux investissements outre-mer » « Une forte exposition à la fraude » « Une efficacité incertaine » « Des effets négatifs : l’éviction du logement social ; l’excès d’investissement dans certains secteurs » « Des distorsions économiques et sociales » « Des effets d’aubaine pour certaines entreprises » « Des situations inéquitables en matière de logement », etc.[3]

    A bien y réfléchir, nous n’aurions pas dû écrire des territoires d’outremer qu’ils sont « exploités » mais qu’ils sont « instrumentés ». En effet, comme dans une partie de billard à trois bandes, les DOM-TOM sont utilisés pour extorquer des fonds à la Nation en vue d’enrichir les habituels profiteurs du système[4]. A l’exception de la Réunion et de la Nouvelle Calédonie, riches en matières premières et en minerais, leur économie est celle des comptoirs commerciaux du temps jadis à ceci près qu’alors on ne se souciait pas des populations locales. La France y est comme de passage ; elle paraît prête à partir au moindre coup de vent, laissant là les populations démunies se débrouiller entre elles. Mais, malgré les velléités de quelques indépendantistes effrayés, au fond, par leur propre audace, les Caribéens ne veulent pas quitter le giron national car, quoi qu’il arrive, ils se sentent français à deux cents pour cent. Ils sont comme ces Français des colonies qui, ayant été fidèles à leur mère patrie, lui en veulent de ne leur donner en retour qu’une affection comptée et distante. Ils menacent de quitter le foyer en espérant qu’on les retienne. Et rien ne vient : la Métropole ne se précipite pas pour les garder près d’elle. Seulement, à force de jouer avec le feu, il se peut bien que le pire arrive un jour. Tel qu’il est parti, de dérive en dérive, d’abandon en abandon, le modèle d’administration en vigueur dans les territoires d’outremer a tout pour les précipiter dans une indépendance lourde de menaces pour ses populations.

    En réalité, ce modèle d’administration a été instauré pour satisfaire les velléités d’émancipation de leurs élites politico-économiques plus promptes à exercer des pouvoirs qu’à assumer des responsabilités, si possible en se gavant au passage, sans jamais prendre en comptes les aspirations de leurs populations. Or, ces territoires privés d’industrie sont riches d’atouts. Les Antilles ont pour elles le domaine maritime, la beauté des paysages, le climat : le tourisme devrait être leur « or bleu », comme il l’est pour les cousines Caraïbes. Il en est de même pour la Polynésie française. Avec ses quatre-vingts mille kilomètres carrés de forêt équatoriale, sans doute la mieux préservée du monde, la Guyane est un trésor pour l’humanité entière. Elle mérite à ce seul titre tous les sacrifices que la France consent pour elle. Mais elle a d’autres atouts susceptibles de la faire sortir de l’assistanat. Elle les exploite de mieux en mieux, d’ailleurs ; en cinq ans, le chômage des Guyanais a baissé d’un cinquième, passant de 26 à 21%. La Réunion aussi est sur une bonne voie. Certes, pour assurer à sa population nombreuse et très défavorisée une vie décente en attendant que l’île soit autosuffisante, elle reçoit encore trois milliards d’€uros de subventions chaque année, mais, dans le même temps, son PIB s’accroît de 5% en moyenne. Quant à la Nouvelle Calédonie, elle n’a rien à envier aux Régions de métropole. Elle échappe au fléau du chômage grâce à de formidables richesses minières dont les bénéfices profitent largement et de plus en plus aux Calédoniens.

    Il faut donc corriger les erreurs en mettant fin à la politique décrite plus haut. 1° Pour créer des emplois et réorienter l’immobilier vers le logement social, réserver les crédits aux industries locales et les verser directement aux entreprises plutôt qu’aux investisseurs ; 2° sortir l’Outremer du régime de préférence communautaire qui l’oblige à se fournir en Europe à grands frais au lieu de commercer avec les états voisins, ce qui en fait un marché captif pour la CGMA-CGM ; 3° mettre fin au monopole de cette compagnie de transport maritime et à celui de Total (voir note[1]) ; 4° interdire aux collectivités locales de mettre en place une fiscalité discriminatoire et opaque : taxes aéroportuaires exorbitantes, taxe sur les carburants et octroi de mer. Ces trois mesures à elles seules suffiraient à ramener le coût de la vie à un niveau normal ; 5° faire respecter la loi anti-concentration par les enseignes de grande distribution dont la plus importante détient plus de 40% des implantations alors que le maximum autorisé est de 25%.

    Faites cela et vous n’entendrez plus parler de revendications imbéciles d’indemnisation des descendants d’esclaves. Ubi bene, ibi patria : vivant dignement dans une France qu’ils vénèrent, les Antillais n’auraient plus le coeur à la fustiger. Et ils seraient les premiers à rire du CRAN et de son absurde prétention à assigner Ernest-Antoine Sellières, l’héritier des aciéries Wendel, pour « crime contre l’Humanité et recel de crime contre l’Humanité » sous prétexte que sa fortune doit beaucoup à la traite négrière (lire).

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[1] En Guadeloupe, 1780 entreprises privées fournissent 30 000 emplois pour 440 000 habitants, contre, par exemple, 17 000 entreprises et 115 000 emplois pour 390 000 habitants en Dordogne. Un secteur public hypertrophique (37% de l’activité contre 20% en moyenne nationale) laisse d’autant moins de place au privé qu’il sert à acheter, relativement, la paix sociale. Rapportés à la population, les titulaires du RSA sont 4 fois plus nombreux outre-mer qu’en métropole.

[2] Cette société fondée par l’ami libanais de Chirac Jacques Saadé, bénéficie – comme Total pour les carburants – d’un monopole qui s’apparente à un véritable racket. En effet, il suffirait que les Antilles françaises soient autorisées (de quel droit ne le sont-elles pas ?) à faire du commerce avec leurs voisins pour que tous leurs problèmes s’évanouissent tout en épargant aux Français 24 mds€ par an de dépenses. Tous les Iliens – mais pas leurs élus – le réclament : la population, les syndicats et les chefs d’entreprises, notamment les propriétaires d’enseignes de distribution qui ne demandent qu’à baisser leurs prix.

[3] Par exemple : développement subventionné de l’hôtellerie de luxe au détriment de l’hôtellerie ancienne, de surcroît, dans des zones où le tourisme baisse considérablement ; multiplication de la flotte de plaisance …sans équipages ; etc.

[4] Rien que de très classique : une partie des sommes astronomiques dépensées dans les DOM-TOM est captée sur place par le système politique, l’autre revient en Métropole sous forme de prébendes et d’emplois fictifs. C’est un modèle de captation (de confiscation) du bien public qui fonctionne avec toutes les corporations bénéficiaires d’avantages de toute nature payés par le contribuable : la banque, la téléphonie, les labos pharmaceutiques, les travaux publics, le secteur de l’énergie et de l’eau, les syndicats, les médias, l’édition, le monde associatif, etc.

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Une réponse à Hollande aux Îliens : « Je vous ai compris ! »

  1. ORSERO dit :

    Bonsoir,
    Toujours et encore une très belle analyse!
    Merci beaucoup !
    Cordialement

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