Pour un mouvement souverainiste rassemblé (suite)

Le mouvement souverainiste et nationiste est éclaté mais pas isolé

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    « Aujourd’hui, l’Europe n’est pas indépendante. » « Les États-Unis nous embarquent dans une croisade contre la Russie qui est contre les intérêts de l’Europe. » « Les États-Unis mènent une politique au Proche-Orient extraordinairement dangereuse pour nous » Et qui pose cette question ? « Comment faire que l’Europe soit indépendante ? » Qui a déclaré cela ? Réponse : François Fillon. (Écoutez, c’est en toute fin d’interview, à la 18ème minute)  

    « La conquête de la Crimée […] ne s’est pas faite au détriment de l’Ukraine, qui n’existait pas [….]. Quand Nikita Khrouchtchev a voulu accroître le poids de l’URSS au sein des Nations unies qui venaient de naître, il a “inventé” l’Ukraine et la Biélorussie pour donner deux voix de plus à l’URSS. » C’est de Valéry Giscard-d’Estaing, dans une longue interview dans le n°146 de la revue Politique internationale. Mais l’ancien Président de la République ne s’arrête pas là. « Il faut se demander ce qui s’est réellement passé il y a un an dans la capitale ukrainienne. », dit-il. Suit une rafale de questions : « Quel rôle la CIA a-t-elle joué dans la révolution du Maïdan ? Quel est le sens de la politique systématiquement antirusse menée par Barack Obama ? Pourquoi les États-Unis ont-ils voulu avancer leurs pions en Ukraine ? »

    Je laisse au lecteur le soin – et la jubilation – de découvrir une interview où l’ancien Président de la République française se montre beaucoup moins atlantiste que je le croyais. Sa définition de l’Europe comme Fédération de nations souveraines, par exemple, est réjouissante. Pour combattre les dérives de l’union européenne et revenir aux origines du projet, M. Giscard d’Estaing et son ami l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, appellent à « la construction urgente d’un ensemble fort et fédéré, comprenant, dans un premier temps, douze nations de l’Union européenne ». Un projet baptisé Europa.

    Qu’est-ce-que cela signifie ? Qu’il y dans le spectre politique national – y compris au sein de partis qui, par leurs politiques, envoient la France dans le mur, beaucoup de gens attachés non seulement à sa survie mais aussi à sa pleine souveraineté. Je pourrais multiplier les exemples mais je me contenterai de raconter cette anecdote. Il y a quelques années, je fus reçu par plusieurs des 52 députés UMP qui avaient refusé l’abolition de l’article 4 de la loi du 25 février 2005 dans lequel il était question du rôle positif de la France dans les pays de son ancien empire, caricaturé par l’anti-France sous la formule « rôle positif de la colonisation ». Cinquante-deux députés UMP avaient refusé de servir de godillots à Chirac en le votant. Cela avait obligé celui-ci à en passer par une entourloupe du Conseil constitutionnel présidé par son ami Jean-Louis Debré pour donner satisfaction aux droits-de-l’hommistes sélectifs qui avaient exigé la suppression de cet article 4. L’un d’eux me dit d’emblée : « Avant que vous vous asseyiez, M. Hamiche, sachez que je suis lepéniste ! » « Pourquoi l’UMP, alors ? » « Parce que là, au moins, on peut travailler ! » Sous-entendu, pas au FN ni, à plus forte raison, ailleurs.

    Il y a à l’UMP des gens qui n’ont pas varié depuis le RPR que j’ai connu et que j’ai quitté en 1996 à cause de sa dérive cosmopolitiste et européiste, son abandon de la souveraineté nationale, son renoncement à la grandeur de la France et son penchant intéressé pour la repentance permanente. Certains, tels Séguin, Pasqua, Villiers, Dupont-Aignan, ont tenté de constituer une alternative ; d’autres ont préféré rester dans le giron de l’UMP quitte à avaler de plus en plus de couleuvres.[1] Derrière ces gens, il y a des électeurs, nationistes[2], patriotes, souverainistes, attachés aux valeurs de cette civilisation à laquelle la plupart des Français sont attachés et pour laquelle beaucoup de gens venus d’autres horizons ont versé leur sang. Un grand nombre de ces électeurs ont rallié le FN, moins par conviction que par désir de botter le c… de ceux qui les ont trahis. Plus nombreux encore sont ceux qui se « réfugient » dans l’abstention. Mais l’abstention n’est pas un refuge ; c’est pour beaucoup un dernier bras d’honneur lancé en direction de la classe politique, TOUTE la classe politique, y compris le FN, pour lui signifier son impéritie. Est-ce pour autant que ces Français se désintéressent de la politique, qu’ils ne sont pas en attente d’une réponse à leur questionnement ? Le croire serait faire preuve – une fois de plus – de mépris à l’égard de concitoyens auxquels on dénie la capacité de discernement politique. Je prétends, moi, que ce n’est pas le Peuple qui a tort ; ce sont les élites, incapables de PROPOSER une offre correspondant à ses attentes.

    Mais, me dit-on, l’offre existe ! Elle est même variée, profuse. Justement : trop diverse, trop dispersée. Il y a pléthore de partis, de penseurs et de leaders souverainistes. Il en est, parmi eux, beaucoup de très intéressants et j’en crois certains capables de diriger dignement la France. Mais je maintiens qu’aucun d’entre eux n’en aura jamais l’occasion compte tenu de la configuration politique qui permet à l’UMPS de tout régenter de la vie des Français avec le soutien de seulement 31,8% des électeurs inscrits. Mais un projet n’est pas fait que d’un contenu ; encore faut-il un contenant capable de le porter.

    Le rassemblement de la mouvance souverainiste aurait, et, j’espère, aura, deux types d’impact ; le premier est arithmétique : cinq partis dotés d’un potentiel de 2%, à supposer qu’ils aient tous les moyens de présenter des candidats, ne font pas un total de 10%. Mais les mêmes s’unissant pour présenter ensemble des candidats peuvent faire 10%. Cela seul suffit à changer la donne politique. Plusieurs micro-partis dispersés ne présentent aucun intérêt au deuxième tour d’une élection au scrutin majoritaire à deux tours, quand bien même leur potentiel total serait de 20%. Sans possibilité de se maintenir, ils n’ont même pas celle de s’allier avec d’autres. A l’inverse, un rassemblement de petits partis souverainistes allant ensemble aux élections est assuré d’obtenir, si ce n’est le droit d’être présent au second tour, au moins celui de négocier leur soutien. Voire beaucoup mieux.

    Car la perspective change du tout au tout si, en plus de cette donnée objective, on considère la portée subjective d’un rassemblement de la mouvance souverainiste. En effet, ce simple fait de jeu politique constitue en lui-même un événement majeur à effet immédiat.[3] En quoi ? D’abord, beaucoup de Patriotes ne vont plus aux urnes parce que, à part le FN dont ils ne veulent pas, les partis souverainistes n’offrent aucune perspective de victoire du fait de leur dispersion. Leur rassemblement – outre que ce mot a des vertus magiques – les crédibiliserait. Ensuite, parce que, rassemblé, le mouvement souverainiste, en rendant possible une victoire du camp nationiste, deviendrait attractif pour les électeurs de l’UMP et certains de ses élus restés fidèles faute de mieux. Enfin, un événement de ce type aurait immédiatement une résonance en termes médiatiques et, donc, en termes de notoriété pour les personnalités qui le constitueraient. Or, on sait que, bien souvent, la perception que les électeurs ont de la compétence du personnel politique se confond avec celle de sa notoriété.

    En termes de perspectives électorales, le champ est vaste et toutes les espérances sont permises. Une mouvance souverainiste rassemblée peut espérer – c’est son but premier – faire venir à elle les abstentionnistes que j’appelle « surnuméraires » parce qu’ils aimeraient bien voter (le plus souvent à droite) mais ne trouvent pas d’offre correspondant à leur demande. Ils représentent probablement entre 25 à 35% des électeurs inscrits, ce qui est absolument énorme. Mais il peut aussi séduire dès le premier tour des scrutins des électeurs de l’UMP et du FN pas totalement convaincus par eux.

    Maintenant, faisons un peu de politique-fiction. Imaginons un parti politique de droite qui, depuis une vingtaine d’années, a vendu son âme et s’est soumis à l’imperium de la doxa dominante humaniste, tiers-mondiste, droits-de-l’hommiste (à géométrie variable), bien pensante, anticolonialiste (rétrospective), adepte de la repentance, honteuse de la grandeur passée de la France et de sa civilisation ; un parti nationaliste qui a soudain tourné sa veste et s’est fait européiste, qui a livré la défense du pays à l’Amérique et s’apprête à brader le reste. Au sein de ce parti, il y a des gens encore fidèles à leur chapelle d’antan qui ont caché leurs foi nationaliste et patriotique pour pouvoir faire carrière et qui, tels les premiers Chrétiens des catacombes, se cachent pour pratiquer leur rites. Certains d’entre eux s’apprêtent à participer à la primaire organisée au sein de leur parti en vue de la présidentielle de 2017.

    Imaginons maintenant que, au moment où cette primaire sera organisée, le mouvement nationiste souverainiste ait réalisé son rassemblement. Ses listes aux Régionales de décembre 2015 ont obtenu un score respectable qui leur a permis de participer à l’exécutif de plusieurs Régions (je ne vous dis pas avec qui). Depuis, le mouvement a pris de la notoriété et de l’assurance. Des dizaines de milliers d’adhérents ont afflué. Les sondages sont très prometteurs ; le rassemblement est donné incontournable en 2017. Il a enregistré le ralliement, sincère et désintéressé, ça va de soi, de nombreux cadres d’autres partis désireux de participer au sauvetage de la France. Ses chefs qui, au début, se marquaient à la culotte, collaborent maintenant avec sincérité et entrain car ils ont saisi la grandeur de l’enjeu et parce qu’ils ont compris qu’il valait mieux gagner beaucoup ensemble en faisant gagner la France, qu’un peu tout seul.

    Imaginez enfin ce qui peut passer par la tête de tous les patriotes, souverainistes et nationistes sincères qui ont supporté pendant des années la dérive atlantiste et européiste de leur parti. Imaginez ce qui peut se passer dans la tête de leurs leaders désespérés de voir leur parti sombrer dans la mélasse sociale-démocrate alors que la droite s’ouvre à tous les possibles…
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[1] D’aucuns diront que c’est par intérêt personnel ; pas seulement : les élus nationaux ont aussi des moyens politiques.
[2] Le nationisme est l’idée selon laquelle la nation est le modèle d’organisation des peuples le plus abouti. Il n’y a pas UN mais DES peuple européens. Il y a un peuple français, un peuple allemand, un peuple italien, etc. Entre les nations, il peut y avoir des échanges, des traités, des fédérations, des amitiés, une fraternité, une solidarité, etc. « Être nationiste, c’est aimer et servir sa patrie en respectant celle des autres. » Cette définition exclut les partis français dits « de gauche » qui, sauf reniement, sont tous internationalistes.
[3] En football, le sort d’un match est souvent scellé par ce qu’on appelle un fait de jeu. Une main de défenseur dans sa surface de réparation, suivie d’une penalty et assorti d’une exclusion détermine souvent le résultat final. Il arrive même qu’un tel geste ait une portée bien au-delà du résultat d’un match : je pense à la main de Thierry Henry qui a permis à l’équipe de France de football de se qualifier pour la Coupe du Monde de 2010 et qui, six ans après, a de formidables répercussions sur la FIFA.

 

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7 réponses à Pour un mouvement souverainiste rassemblé (suite)

  1. bossé frederic dit :

    Entièrement d’accord avec vous kader sur le constat. Les patriotes doivent se rassembler oui. Les souverainistes doivent se rassembler oui. Les défenseurs d’une Europe des nation doivent se rassembler oui.
    Ce rassemblement gagnera si il rassemble à droite et à gauche. Il y a des patriotes souverainistes des deux côtés.
    Sinon deux risques soit une montée encore et encore du fn. Soit une montée d’une gauche comme en Espagne. Ds les 2 cas une incapacité à gouverner.
    L’ image souverainiste de droite ne marche pas. Demandez aux personnes ds la rue se que ce dire souverainistes. Ils diront droite traditionnelle catho.
    Ce ne fera pas revenir les gens aux urnes.
    Fred

    • Kader Hamiche dit :

      Ce que vous proposez existe déjà : c’est l’UMPS. Ou, depuis peu, le FN, qui drague partout en oubliant qui il est et d’où il vient.
      La gauche française partageuse, qui se gave d’argent public extorqué aux citoyens qui ont l’esprit d’entreprise et de création, tire la société vers le bas. Qu’elle reste où elle est. Les Français qui en ont marre d’être trompés par elle sauront très bien voir où est leur intérêt et celui de leur pays. Quant à leurs leaders, ils sont irrécupérables.

  2. valentier alexandre dit :

    Trop de bon sens certainement…….la classe Politique est entrain de détruire la FRANCE,nous allons inéluctablement vers des Problèmes sérieux et Graves .
    Merci Monsieur Kader HAMICHE ……AlexandreVALENTIER Chevalier de la Légion d’Honneur …..

  3. nigette dit :

    toujours excellent, Kader! et plein de bon sens et d’espoir pour l’avenir.La France sombre et a besoin d’hommes comme vous.

    Amitiés.
    Nigette

  4. Soto Pierre dit :

    Merci Mr Kader Hamiche pour cet article encore une fois plein de pertinence et de bon sens… Continuez…
    Sincères amitiés
    Pierre

  5. BAIN dit :

    Bonjour
    On peut toujours rêver! Je constate, une fois de plus, qu’en Gaule, on est toujours divisé à l’extrême et rarement prêt à des concessions. A ce jour, le seul parti clairement souverainiste bénéficiant d’un important soutien populaire est le FN. Il a besoin de de cadres de bon ou d’excellent niveau. Alors n’hésitez pas à le rejoindre. C’est la parti le plus proche de vos idées!

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