La cuisine politique à un an de la présidentielle

Allo, la gauche !
Hollande a encore toutes ses chances

Hollande_cuistot    Le pré-meeting électoral organisé par Stéphane Le Foll avec la moitié du gouvernement d’un Emmanuel Valls aux abonnés absents a été reçu par les professionnels de la profession politico-médiatique avec quelques sourires. Surtout quand Marisol Touraine a bravé le ridicule en paraphrasant le candidat Hollande et sa désormais fameuse anaphore « Moi, président ! » pour égrener la liste des réformes accomplies depuis 2012.
  N’empêche, tard dans la soirée d’avant-hier, les commentaires étaient déjà moins cancaniers ; on a pu entendre sur toutes les chaînes de télévision désormais squattées par les éditorialistes de la presse écrite (dont certains doués d’un réel talent d’ubiquité) quelques développements sur le thème « Et si Le Foll avait raison ? » De fait, la question se pose sérieusement.

    Objectivement, tout d’abord. Selon le dernier sondage Odoxa, 17% des Français considèrent encore François Hollande comme un bon Président de la République. C’est peu en apparence mais c’est un socle ; 17% quand on a autant de casseroles à traîner, ce n’est pas rien. Evidemment, ce n’est vraiment pas beaucoup comparé aux 38% d’Emmanuel Macron, aux 40% d’Alain Juppé ou aux 42% de… Nicolas Hulot. (Oui, parce que les sondeurs et leurs commanditaires de la presse ont besoin d’introduire tous les quinze jours un nouvel hypothétique impétrant présidentiel pour continuer d’intéresser les lecteurs ou, plus sûrement, avoir une chance d’être le plus largement repris par les autres médias. Cette semaine, donc, c’est Hulot !) Mais, pour eux, ce sont des taux d’estime, pas des intentions de vote. Et ça change tout.

    La politique n’est pas tout-à-fait une science exacte mais elle a tout d’une cuisine, et même d’un plat bien précis : le ragoût.  Dans un ragoût, il y a les ingrédients de base et leurs modalités de préparation et de cuisson ; ce sont les éléments constitutifs de l’essence même du plat, de sa nature, ceux qui font qu’un ragoût n’est pas, par exemple, un couscous (et réciproquement) ; il y a ensuite les condiments, l’assaisonnement, les épices ; il y a enfin le cuistot. Je pose la question pour la forme parce que je suis sûr que 95% de mes lecteurs connaissent la réponse : qu’est-ce qui fait la différence ? Réponse : le choix des ingrédients et leur agencement. Et, ça, c’est le talent du chef.

    Le chef, on le connaît : c’est Hollande, qui, en matière de cuisine électorale, mérite ses cinq toques. Les ingrédients et leurs modalités d’agencement, on les connaît aussi : ce sont les candidats, les vrais, ceux qu’on verra encore l’an prochain, les Hollande, Sarkozy, Fillon, Juppé (ou Bayrou), pas ceux qui feront un tour de piste aux primaires histoire de se faire connaître ou de négocier un poste ministériel, les Alliot-Marie, Le Maire et autres NKM ; ni ceux qui iront à la présidentielle pour se placer en vue de 2022 et/ou prendre un peu d’oseille publique : Dupont-Aignan, Cheminade[1]. Les modalités d’agencement, ce sont les règles institutionnelles qui régissent les élections, en premier lieu le mode de scrutin majoritaire à deux tours ; ce sont aussi les équations personnelles et partisanes qui déterminent, côté candidats et partis, les stratégies politiques, et, côté citoyens, le comportement électoral ; et ce sont encore le calendrier et le tempo. C’est évidemment là le cœur de la politique ; j’y reviendrai.

    Les condiments, l’assaisonnement, les épices sont au ragoût ce que les deuxièmes rôles sont au cinéma. De même qu’un bon film devient un grand film par la prestation de ses seconds rôles, ce sont les condiments qui, en cuisine, font les bons plats. C’est tout aussi vrai en politique. Là, on les appelle « petits candidats ». Sans contexte, le meilleur dans ce rôle est Jean-Luc Mélenchon (une prestation à 9,5 m€, tout de même !). Dans le genre, le candidat du FN se surpasse (sauf en 2002 où Jean-Marie Le Pen est sorti de son rôle). Car, dussent les groupies de MLP et les adeptes du FN en général en souffrir, leur candidat, comme celui du Front de gauche, fait partie du casting officiel et son rôle est parfaitement cadré : geler l’électorat national tenté par une véritable révolte contre le système de confiscation du pays par une coalition de lobbies prédateurs. Mais ce n’est pas le sujet !

    Mais alors, me direz-vous, quel rôle joue un Macron ou un Nicolas Hulot, dans cette, pour changer, ratatouille ? Eh, bien, eux, ce sont les amuse-gueule. Macron et Hulot sont là pour amuser la galerie, occuper le bon peuple et donner matière à gloser à des médias beaucoup trop nombreux sur le coup mais abondamment subventionnés[2]. Les choses sérieuses commenceront à l’automne. Alors, ces deux-là, comme leurs homologues des Reps en moins glamour, disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus. Le premier est déjà moins visible car il a très vite exaspéré y compris ceux qui à grand renfort de manchettes, d’éditos et de débats télévisés, lui ont fait une publicité éhontée et trompeuse[3].

    Surtout, par ses provocations de jeune homme complètement hors sol (fait millionnaire par Rothschild), qui ne comprend pas que son escapade à Londres, à l’invitation d’un patron de la Goldman Sachs (« pour lever des fonds pour son parti », dit la presse qui ne s’en émeut même pas), il a gravement choqué les Français qui savent de quoi il retourne. Macron, ex de la French American Foundation, apparaît pour ce qu’il est : un technocrate déconnecté des réalités et chargé d’une mission d’inféodation de la France à l’Amérique. Ce faisant, il a commis deux erreurs : la première est de rompre avec la discrétion affichée jusqu’à présent par ses pairs ; la seconde et d’avoir joué perso. Il est en train d’apprendre que les Socialistes, plus encore que les Gaullistes, chassent en meute. Ce jeune homme pressé croit qu’avoir été choisi par une puissance étrangère vaut élection. Il va comprendre qu’il est plus difficile de se faire élire en France qu’être désigné par le surpuissant lobby atlantiste comme chef du parti de l’étranger. Ce, d’autant plus qu’il y a déjà au PS un gros paquet d’anciens de la FAF, dont Hollande et quelques-uns de ses ministres.

    Le flop Macron a remis Nicolas Hulot en scène, un leurre comme Macron mais beaucoup plus sérieux. Cela tient à son caractère. Hulot a déjà refusé un ministère et il a démontré qu’il était désintéressé[4] alors que je suis prêt à mettre ma main au feu que Macron est toujours grassement payé par son ancien employeur et mentor Rothschild. Par ailleurs, il est hautement utile à Hollande sur le plan politique. En effet, les écologistes ne referont pas comme en 2012 l’erreur de lui préférer un(e) idéologue comme Eva Joly. Il est même probable qu’il parviendra à faire revenir dans le giron hollandais les EELV qui ont parié sur Duflot. En quelque sorte, grâce à lui, Hollande parachèvera son œuvre, déjà bien engagée avec trois ministres au Gouvernement Valls, de cannibalisation des Verts par les Socialistes. Comme son modèle Mitterrand fit des Communistes.

    Peut-être la politique n’est-elle pas tout-à-fait une science exacte mais elle relève bien de la cuisine. Mais, me direz-vous, quel est ce plat qu’on nous prépare pour 2017 ? Eh, bien, je répondrai : rien que de la bonne vieille cuisine (politique) à la française. Et, ça, j’aime ! En effet, j’ai beau me dire que tout ça nous conduit à la catastrophe (je me répète mais l’UMPS est en train de faire de la France une sous-préfecture de l’Amérique), j’assiste au naufrage comme un passager de Première classe sur le Titanic : en appréciant à leur juste valeur la science, la dextérité, le zèle et la constance avec lesquelles Hollande, Juppé, Sarkozy et consorts assassinent notre belle et chère France.

    Le ragoût qu’on nous prépare pour 2017, c’est celui-ci. Hollande sera le candidat de la gauche réconciliée dans la perspective toujours possible d’une victoire. Pourquoi ? Tout simplement parce que toute autre option serait le résultat d’une désertion politique et d’une acceptation anticipée de la défaite. Or, en politique comme en rugby, « c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ». Il est IMPOSSIBLE aujourd’hui, et il le sera de moins en moins au fur et à mesure qu’approche l’échéance, de pronostiquer l’échec à coup sûr de la gauche en 2017. La raison est que la pseudo-droite LR-UDI est au moins aussi discréditée que la « gauche ». Et les Régionales ont montré aux Français que tout ce beau monde était prêt à pactiser pour garder la main.

    Il suffira donc à Hollande d’empêcher Mélenchon de se présenter pour s’assurer, au minimum, l’une des deux premières places au premier tour. Pour cela, il disposera du soutien des Communistes, lesquels n’ont plus qu’une raison d’être : gérer la SARL qui leur assure des positions sociales et financières très au-dessus de leur mérite et de leur représentativité politique. Ceux qui ont lu La France confisquée savent tout ce que nous coûtent ce parti, son journal et ses satellites. Même si Hollande perd la présidentielle, le PS pourra tenir cet engagement-là grâce aux collectivités territoriales où ils sont alliés et, surtout, aux investitures pour les législatives. Sans doute Mélenchon sera-t-il rétif à ce retournement mais il risque de se voir privé de parrainages. Il fut un temps où cet obstacle aurait été contourné par LR et l’UDI qui lui auraient fourni les signatures ad hoc mais, compte tenu de la réforme qui prévoit la publication des parrainages, la manœuvre sera délicate, à commencer pour Mélenchon lui-même. D’ailleurs, j’ai dans l’idée que le PS a, compte tenu des sommes astronomiques reçues de l’État ces dernières années (40 millions d’€uros par an), les moyens de « désintéresser » Mélenchon et le PC.

    Du reste, on peut compter sur LR-UDI pour donner un coup de main à la gauche. En effet, bien malin qui peut dire aujourd’hui qui sera le candidat de la fausse droite à la présidentielle de 2017. Et, surtout, qui peut dire combien elle présentera de candidats ? D’ores-et-déjà, on sait que François Bayrou se présentera si Nicolas Sarkozy gagne la primaire (hypothétique) LR-UDI. Selon certains, cela garantirait la présence de François Hollande au second tour. Mais d’autres pensent que Bayrou lui prendrait autant de voix qu’à Sarkozy, ce que je ne crois pas. Dans cette hypothèse – mais seulement dans celle-là – Marine Le Pen pourrait à l’extrême limite se voir opposée à Hollande au second tour. Et ce serait le boulevard pour Hollande avec une participation faible, certes, mais ce sera le cadet de ses soucis (voir plus loin).

(A suivre)

[1] Le simple fait d’être présent au 1er tour donne droit à un remboursement des frais de campagne plafonné à 808 300 € dont 153 000 € d’avance. Le système ouvre la voie à toutes les embrouilles. Par exemple Jacques Cheminade a chiffré 400€ par jour de location d’une 407 Peugeot qui se loue normalement dix fois moins cher. Sur un mois de campagne, ce sont 10 800 € de grattés indûment. Et tout est à l’avenant ; la commission des comptes de campagne n’y regarde pas de trop près pourvu que le plafond de dépenses ne soit pas dépassé. Pour 2012, Cheminade a déclaré 498 674 € de dépenses intégralement remboursées (1 237 636 € pour NDA et 9 554 748 € pour Mélenchon). Là-dessus, l’Etat a retenu 170 000 € indûment versés pour celle de …1995 et qu’il n’avait jamais rendus ! Un crédit gratuit de 17 ans : pas mal, non ?

[2] 50% du salaire moyen des journalistes, lequel, pur hasard, est le double du salaire moyen de l’ensemble des Français, provient des caisses publiques. Certains d’entre eux touchent des fortunes ; on connaît celui de Delahousse (1m€/an, soit 83 000 €/mois), de Pujadas et d’Apathie (50 000 €) mais tous deux sont très loin des stars comme Christophe Barbier chez Drahi ou, plus encore, Denisot, en son temps, à Canal+.

[3] Lire ou relire « Macron-Juppé : tous ensemble, tous ensemble ! » et articles suivants.

[4] Il a abandonné une émission à 2 m€ par an sur TF1 et il agit bénévolement pour l’écologie via sa fondation NH pour la Nature et l’Homme.

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