Et si c’était Fillon ? (1/2)

Nicolas préfère le socialiste François à la souverainiste Marine. Les Sarkozystes pas contents !

juppe_sarko_fillonEn ce moment circule sur les réseaux sociaux un rappel historique concernant les dernières Présidentielles : Giscard en 1981, Barre en 1988, Balladur en 1995, Jospin en 2002, Royal en 2007 et DSK en 2012 ont échoué alors qu’ils avaient les larges faveurs des sondages. Du coup se pose la question de 2017 et on se dit qu’Alain Juppé doit se faire non pas des cheveux car il n’en a plus guère mais du souci. Cette question peut paraître purement spéculative mais elle est très sérieuse. En effet, la semaine qui vient de s’achever fut riche d’éléments politiques propices au questionnement. Au point que les éditorialistes les plus convaincus de l’issue de la primaire « de la droite et du centre » eux-mêmes se posent des questions.

Je ne retiendrai que deux de ces événements politiques susceptibles de changer les perspectives. Le premier est l’élimination, définitive à mes yeux, de François Hollande. Il paraît en effet quasi impossible que celui-ci puisse se représenter après le cataclysme de ses déclarations irresponsables à deux journalistes du Monde. Irresponsables parce qu’elles montrent un Président vraiment pas à la hauteur de sa fonction et parce qu’elle lui mettent à dos nombre de ses soutiens parmi les plus fidèles.

En quoi cette élimination intéresse-t-elle la primaire à « droite », me dira-t-on ? La réponse est simple: elle ouvre des perspectives à l’électorat de gauche et, donc, le détournera de jouer un rôle dans le choix du candidat de la droite. Débarrassés de l’hypothèse ou, plutôt, de l’hypothèque Hollande, les électeurs de gauche  pourront de nouveau se livrer à l’exercice le plus propice à satisfaire leur goût pour la prospective politique.  C’est ainsi que ceux qui étaient prêts à se porter sur Alain Juppé par dégoût de Hollande pourront tout à loisir revenir à leurs fondamentaux grâce à l’ouverture des possibles. A qui cette nouvelle donne profitera-t-elle à droite ? Nous l’examinerons demain, dans la deuxième partie de cet article, au regard de l’autre élément nouveau de la campagne électorale : la déclaration de Nicolas Sarkozy selon laquelle il ne voterait pas pour Marine Le Pen contre François Hollande s’il était éliminé dès le premier tour de la Présidentielle de mai prochain.

Mais, d’abord, qu’en est-il pour la gauche ? En l’absence quasi certaine de François Hollande dans la course à l’Elysée, il y a de fortes chances que la primaire socialiste s’enrichisse de nouveaux candidats. Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche et les candidats des « partis associés » Jean-Luc Bennahmias et François de Rugy devraient être rejoints par Emmanuel Macron et, immanquablement, Manuel Valls.

S’agissant d’Emmanuel Macron, la question de son positionnement dans le paysage politique français se pose en deux temps. La candidature Macron est portée par une politico-médiasphère main street aux mains de onze milliardaires[1] français qui rêvent d’une Europe ultra-libérale vouée au commerce et à la consommation, atlantiste, cosmopolitiste, immigrationniste et communautariste. Ces gens, les mêmes qui mettent aujourd’hui Alain Juppé au pinacle, font tout pour redessiner le paysage politique français de telle sorte qu’à la fin, leur projet aboutisse quel que soit celui qui préside aux destinées d’une France vidée de sa substance. Leur rêve est que deux formations politiques centristes européistes, atlantistes, libérales, etc. flanquées de deux oppositions souverainistes irréconciliables, l’une à l’extrême-gauche, l’autre à l’extrême-droite, alternent au pouvoir sans risque d’en être jamais délogées.

hollande_valls_macronMacron, qui fut parrainé par Attali et promu à la vitesse grand V associé de la banque Rothschild[2], en est l’instrument depuis son apparition dans le champ politique après un passage, comme Juppé et comme beaucoup de nos « élites », à la French american foundation. Cette médiasphère qui a pour lui les yeux de Chimène ne cesse, à force d’articles dithyrambiques et de reportages glamour, de faire sa promotion tout en lui dissimulant les obstacles. C’est donc dans une bulle qu’Emmanuel Macron évolue aujourd’hui et apparaît aux yeux du monde comme prédestiné à occuper très vite la plus haute magistrature de l’État. Qu’en sera-t-il quand il devra se confronter aux réalités de la vie politique et à celles, particulières, de la concurrence interne au PS et à l’ensemble de la gauche ?

Maintenant que les choses sérieuses se profilent, Emmanuel Macron a, en théorie, le choix entre participer à la primaire ou se présenter en franc-tireur. Tant que le combat n’est pas engagé, il fait l’objet de toutes les attentions et des meilleurs pronostics, un peu comme un boxeur qui serait jugé sur ses seules performances à l’entraînement. Mais il lui faudra bien, au moment décisif, monter sur le ring. Et là, les coups pleuvront ! En pratique, Emmanuel Macron ne peut pas se passer de l’investiture socialiste, même si c’est dans une perspective de démarche personnelle. Or, cette investiture ne lui sera acquise que s’il passe par la primaire. En effet, les électeurs de gauche ne lui pardonneraient pas d’être le moteur de l’explosion du PS. Et il ne pourra pas se passer de leurs suffrages faute d’électorat de rechange. En effet, le créneau centriste est déjà occupé… par Juppé !

Mais cette obligation ne vaut que pour 2017. Les parrains d’Emmanuel Macron, je le répète, ont deux fers au feu ; l’un d’eux a, selon les sondages, de très fortes chances de l’emporter en 2017 : c’est Alain Juppé. Du coup, Macron serait leur champion pour 2022, échéance pour laquelle il aurait tout le temps de se préparer. Certes, il vaudrait mieux pour le camp euro-atlanto-mondialiste que ses deux poulains soient confrontés dès 2017 car, dans ce cas, il gagnerait à tous les coups (aux dépens de la France et des Français). Mais, faute de grive, il se contenterait de merle, avec un risque pour l’instant minime d’échec.

Manuel Valls, lui, n’a pas à se poser ces questions ; il est vraiment socialiste et il sait que son avenir est à gauche. Mais il est lui aussi tributaire du contexte politique et il n’a pas vraiment le choix. La fable selon laquelle il est plus prudent pour lui de « ménager ses chances » pour 2022 n’intéresse que les amateurs de faux suspense. Cette thèse méconnaît deux données : la première est que le vainqueur de la primaire socialiste, même défait à la Présidentielle, même éliminé dès le Premier tour de ladite Présidentielle, aura un avantage sur ses concurrents pour le contrôle du PS, fût-ce par l’intermédiaire d’un affidé. Or, le PS est une redoutable machine de guerre et un pourvoyeur de moyens dont le candidat de 2022 aura besoin. La seconde, qui en découle, est la nécessité de faire obstacle à ses concurrents naturels, Montebourg et Macron si celui-ci opte finalement pour la primaire socialiste. De ce point de vue, le vainqueur prendra une avance sur les autres. Or, quoiqu’en disent les experts politico-médiatiques, le mieux placé pour l’emporter est Manuel Valls.

La présence de Manuel Valls à la primaire socialiste avec de bonnes chances de l’emporter aura un autre avantage, celui de dissiper définitivement la menace Mélenchon. En effet, celui-ci ne peut se présenter en indépendant qu’avec le soutien des Communistes, seuls possibles fournisseurs de signatures d’élus. Or, Pierre Laurent et les siens se soucient de la Présidentielle comme d’une guigne; seule les intéresse la préservation de leur petite entreprise pourvoyeuse de fonctions électorales, d’emplois plus ou moins fictifs et de prébendes. Autrement dit, les Communistes ont besoin de soutiens du PS aux Législatives de Juin prochain et ne voient pas l’intérêt d’une candidature Mélenchon. Il serait fâcheux qu’ils restent à l’écart d’une réconciliation presque générale des Socialistes sur l’autel de la primaire. Il y a donc fort à parier que Jean-Luc Mélenchon ne pourra pas se présenter à la Présidentielle. Sauf à passer, lui aussi, par la primaire…

Ainsi, l’élimination quasi certaine de François Hollande aura des conséquences à droite au même titre qu’un autre événement survenu cette semaine : la profession de foi de Nicolas Sarkozy selon laquelle, en cas d’élimination du premier tour de la Présidentielle, il ne voterait pas pour Marine Le Pen. Cette déclaration va définitivement le couper de cet électorat qui lui a permis de gagner en 2007 et qui a failli lui permettre de l’emporter en 2012. Pour l’électorat le plus droitier des Reps déjà choqué par le renoncement de l’ancien Président de la République à abolir les lois Taubira, ce sera rédhibitoire.

A qui profitera cette nouvelle donne ? (A suivre) 

Et si c’était Fillon ? (2/2) Pour les Patriotes, la primaire de la « droite et du centre » est le 1er tour de la Présidentielle.
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[1] Martin Bouygues : Groupe TF1 (TF1, LCI, Eurosport, NT1, HD1, Histoire, TMC, TV Breizh, Ushuaïa TV, Série Club) ; Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse : Groupe Le Monde (Le Monde, Le Monde interactif, Télérama, La Vie, Le Huffington Post, Courrier international), L’Obs, Rue89, Le Plus) ; Famille Dassault : Groupe le Figaro et, sur le net, Copains d’avant, le Journal du Net, l’Internaute ou encore Comment ça marche ; Bernard Arnault :  Vincent Bolloré : Groupe Canal + (C+, Télé, D8, D17) ; Patrick Drahi : Groupe Express – Expansion (L’Express, L’Expansion, Mieux vivre votre argent, Point de vue, Lire, Studio Cinélive), Libération, L’Etudiant, Groupe NextRadioTV : BFM TV, BFM Business et RMC ; François Pinault : le Point, l’Agéfi ; Bernard Arnault (LVMH) : Groupe Les Échos (Les ÉchosInvestir MagazineRadio ClassiqueConnaissance des arts), Le Parisien Arnaud Lagardère : Lagardère Activ (Magazines : Paris Match, Le Journal du dimanche, France Dimanche, Ici Paris, Télé 7 Jours, etc. ; Radios : Europe 1, Virgin Radio, RFM, TV : MCM, Mezzo, Canal J, Gulli, RFM TV, etc.).

[2] Ce qui lui permet d’encaisser de très beaux dividendes tout en travaillant, dans l’intérêt de la banque, à sa carrière politique.

 

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5 réponses à Et si c’était Fillon ? (1/2)

  1. domichel dit :

    Bonjour ,

    je vous rejoins Kader dans une partie de cette analyse , une fois n’est pas coutume, au vu des interventions et des prises de position de F Fiillon et je m’en étonne moi- même..sans pour autant juger de sa pleine victoire . Mais je reste convaincue de l’omni présence de MLP au deuxième tour des élections présidentielles ,, c’est inévitable . Par contre MLP doit redouter
    ce 2 ème tou; , le fameux front républicain (LR PS ET AUTRES) contre elle…….où certains électeurs de droite voteront à gauche sans état d’âme et vice versa comme certains voteront « contre » au lieu de « pour ».

    Pour moi, seuls les Français doivent avoir leur destin en mains et il faut leur laisser cette « RESPONSABILITE » loin de sondages et autres pré supposés.. (Utopie quand tu nous tiens.)

    Par contre, si les candidats écartés de ces élections primaires, décident de se maintenir, je ne le verrais que comme le « grand carnaval » instauré par tous ces politiques dont l’égo passe avant les intérêts des Français et du pays.. …….car dans les backstages, on distribue déjà les futurs maroquins, il n’y a qu’à voir tous les jours , toutes ces petites phrases à l’envi relatées par nos médias.

    Nous sommes tombés bien bas hélas ………

  2. Sophie dit :

    Vous oubliez le seul candidat qui répond totalement à vos conditions et souhaits: Jean Frédéric Poisson !
    Fillon à un passif qui semble bien louche… et ne répond pas complètement aux aspirations des français. Et il n’a jamais vraiment brillé de courage sur nos sujets. Les français patriotes ne sont pas idiots.

    Pourquoi choisir une fois de plus les compromis quand on peut vraiment changer avec celui qui ressemble le plus aux français de la vraie vie? Loin des loges dont on ne veut plus!…
    En feriez vous partie de ces loges?

    • Kader Hamiche dit :

      Poisson est européiste. Et il n’a aucune chance. Quarante ans d’existence n’ont pas permis au FN d’accéder au pouvoir ; croyez-vous que Poisson y parviendra en six mois ? Quant à moi, je n’ai aucun rapport avec les francs-maçons.

  3. André Bianchi dit :

    Je rejoins l’ensemble de ton analyse et y souscris quasiment totalement. Une seule réserve: on admet Marine Le Pen au deuxième tour ; compte tenu du nombre de postulants, le deuxième candidat sera crédité de 18/19% au premier tour ce qui ouvre en grand toutes les hypothèses quant à la désignation du deuxième. 1% en plus ou en moins aux environs de 35% est insignifiant. Mais 1% à 18/19 peut tout faire basculer. Et ce 1% peut être le résultat de bien de causes ou d’événements de dernière minute. La bataille va être rude pour gagner ce point.
    Et pourquoi pas une autre hypothèse? Qu’un candidat éliminé à une primaire maintienne quand même sa candidature que ce soit à droite, à gauche ou au centre! La politique est devenue tellement pourrie, la moralité des hommes et des femmes politiques tellement dégradée qu’un éliminé d’une primaire peut passer outre et se maintenir.

    • Kader Hamiche dit :

      J’anticipe un peu sur la deuxième partie de mon article pour te répondre. Marine le Pen au second tour me paraît dorénavant acquis même si je persiste à penser que son score ne sera pas aussi spectaculaire qu’annoncé. La question n’est pas là. Il s’agit pour moi de dire aux Patriotes de tous bords qui veulent sauver la France qu’ils ont tout intérêt à tenir deux fers au feu.
      Pour cela, je les invite à aller voter à la primaire « de la droite et du centre » pour essayer d’empêcher l’anti-France de figurer au deuxième tour de la Présidentielle de mai 2017. Ensuite, il sera temps pour chacun de voter pour le/la candidat(e) de son choix.
      A la primaire « de la droite et du centre », un seul candidat est susceptible de satisfaire TOUTES les aspirations des Patriotes français : François Fillon. Non seulement ils est le seul souverainiste anti-européen, non atlantiste, non immigrationniste et non communautariste mais il est aussi le seul à REVENDIQUER et à défendre la civilisation et les valeurs romaines-chrétiennes auxquelles les Français sont attachés. Il est le seul, notamment, à vouloir revenir sur les lois Taubira.
      Mais je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer l’ensemble de l’article à venir.

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