L’Amérique trumpisée !

Et maintenant, que va-t-il faiiireuuu ?

president-trumpDepuis ce matin, il n’y a plus place sur les rézosocios que pour la victoire de Donald Trump sur Hillary Clinton. Le concours est évidemment gagné par ceux que les bien-pensants appellent la « fachosphère » qui ont inondé le web de messages enthousiastes à un point tel qu’on aurait cru qu’il s’agissait de la victoire de Marine Le Pen. Tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont dit du mal de Trump ont eu droit au rappel de leurs insultes ou à celui de leur connivence avec la (mauvaise) perdante. Les photos de Juppé, Sarkozy, Hollande et autres « démocrates » serrant dans leurs bras Hillary Clinton continuent à l’heure où j’écris ces mots à inonder la toile.

Le programme de Trump à la moulinette de la mauvaise foi

Mais, au fait, que va faire Trump, maintenant qu’il est élu ? Je n’entends, depuis le milieu de matinée que des spéculations toutes plus alarmistes les unes que les autres. Résumé : imprévisible, inquiétant, Trump n’a ni expérience, ni programme, ni équipe (« Vous vous rendez compte, il doit nommer 1200 personnes en janvier ; IL NE LES A PAS ! »). Quelqu’un a même dit qu’il n’avait autour de lui que sa famille alors même qu’on venait de le voir à la tribune  avec son équipe et les élus qui l’avaient soutenu.

Autrement dit, Donald Trump devrait gouverner sans le Sénat où les Républicains sont majoritaires ? Sous prétexte que certains d’entre eux l’ont snobé – avant de revenir à lui à l’annonce de son possible succès – Trump serait condamné à négocier (le mot est abondamment prononcé) avec SA majorité sénatoriale la moindre de ses décisions. En quelque sorte, on assisterait à une cohabitation à l’intérieur d’une même famille politique. C’est méconnaître la soif d’agir d’un Sénat républicain enfin débarrassé d’un Président Obama avec lequel il était en conflit. Le Sénat républicain bloquait des initiatives du Président mais il se voyait en retour opposer une réponse institutionnelle qui s’appelle le veto. Du coup, l’Amérique fut paralysée pendant tout le second mandat d’Obama.

Trump et le Sénat républicain n’ont pas d’opposition idéologique ; ils sont a priori d’accord sur la plupart des sujets. Ce sont deux véritables pouvoirs au sens donné à ce mot par Montesquieu. Chacun des deux a une marge de manœuvre mais les deux peuvent s’empêcher sans s’éliminer car la Constitution américaine ne prévoit ni dissolution du Parlement, ni motion de censure, ni 49.3. Mais ils ne le feront pas parce qu’ils sont de la même chapelle politique. Par conséquent ils gouverneront ensemble, en coopération et non en cohabitation. Non seulement Donald Trump trouvera au sein du Sénat et, sans doute, parmi les Gouverneurs des États fédérés, les cerveaux capables d’alimenter sa politique mais il aura une majorité naturelle qui votera et l’aidera à mettre en œuvre son programme. N’en déplaise aux doux rêveurs français qui pronostiquent entre Trump et le Sénat le même conflit qui a paralysé l’Amérique pendant quatre ans, il n’y aura donc pas de blocage des institutions. Conclusion : l’essentiel du programme de Trump sera mis en œuvre.

Quel programme ? Sur ce thème, les commentaires unanimement négatifs vont bon train. L’Obs de ce jour, sous le titre « Ce que contient le très inquiétant programme de Donald Trump », le résume ainsi : « isolationniste, ultra-conservateur, anti-immigration… (avec les trois points suspensifs qui laissent à penser), le programme de Donald Trump, parfois flou, souvent non-chiffré, donne des sueurs froides. » A qui ? Aux Américains qui ont voté pour lui ? Non, aux Français ! Et pas à n’importe quels Français, à ceux des rédactions et des plateaux de télé. Les Français, ceux qui votent Sarkozy ou Marine Le Pen, en tout cas, s’en satisferaient parfaitement. Mais ceux-là sont, selon nos élites médiatiques, comme les électeurs de Donald Trump, des ploucs, des imbéciles et des mal pensants.

On nous refait le coup du Brexit

Une simple lecture de la liste des projets énoncés par Donald Trump (ou qui lui sont prêtés) indique que l’opposition des anti-Trump français (on ne connaît pas la position détaillée des anti-Trump américains) est purement idéologique. En effet, quel que soit le domaine, rien n’interdit au prochain Président des États-Unis  d’Amérique d’opter pour ces projets plutôt que pour le statu quo. Les détracteurs de Trump en sont conscients ; c’est pourquoi ils mettent l’accent sur la supposée infaisabilité d’une telle politique. D’où l’argument, qui revient systématiquement, du coût faramineux des investissements, notamment, et du gouffre budgétaire que leur financement et les baisses d’impôts généreront. C’est l’utilisation d’un argument de mauvaise foi jouant sur l’importance des chiffres. Avec les 1 000 milliards d’investissements structurels, il y a de quoi impressionner nos pauvres concitoyens auxquels on parle depuis des années de caisses vides. Dans quel but ? La réponse est, comme pour le brexit, simple : pour nous dissuader de suivre l’exemple des Américains et des Anglais.

Disons tout de go qu’un investissement structurel de 1 000 mds$ en dix ans (100 mds$/an) pour la rénovation des infrastructures des États-Unis, de notoriété publique très dégradées, doit être estimé au regard du gigantisme américain. Les États-Unis, c’est 9,8 millions de km², soit la superficie de l’Europe + deux fois la Russie d’Europe. Leur population est équivalente à celles cumulées des cinq pays les plus peuplés de l’UE : Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne. Pour bien se le figurer, savoir que l’investissement public en France tourne autour de 90 mds$ par an. Plus parlant encore est le plan Juncker (du nom du président de la Commission européenne) qui vise à relancer l’industrie en Europe à hauteur de 315 mds€ (410 mds$) d’investissements de 2015 à 2017, soit 136 mds$ par an. Autrement dit, les 100 mds$ de Trump sont à l’échelle du pays.

Le seul argument des anti-Trump est que ces dépenses (qui sont aussi, nul ne le dit, des investissements) creuseraient la dette déjà abyssale (19 000 mds$) des États-Unis. Ce qui est sûr, c’est que l’argent ainsi injecté dans l’économie se traduit en activité, en bénéfices, en consommation et, donc en emplois, en cotisations sociales, en taxes et en impôts qui contribuent à l’amortissement de cet investissement massif.

D’ailleurs, il s’articule parfaitement avec une autre mesure qui soulève des critiques virulentes de ce côté-ci de l’Atlantique : c’est la baisse de l’impôt sur les sociétés de 35 à 15%. Cette disposition est très peu commentée si ce n’est pour ajouter au doute quant à la faisabilité de ces réformes et pour stigmatiser un peu plus leur auteur sur le thème : « Voyez comme il sert les riches ! » Rien sur leur impact direct et indirect sur l’économie américaine. Et pour cause ! L’impact ne peut être que positif.

En effet, les États-Unis  – beaucoup s’en étonneront – ont un des taux d’imposition du bénéfice des entreprises les plus élevés : 35% en moyenne, soit à peu près le même qu’en France (34%) auxquels il faut ajouter 5 à 10% d’impôts dûs aux États fédérés, dont il génère les mêmes travers que l’IS français : la fuite des capitaux et l’optimisation fiscale. Une disposition fiscale permet aux sociétés américaines de ne pas payer d’impôts sur les bénéfices réalisés à l’étranger tant qu’ils ne sont pas rapatriés aux États-Unis. C’est ainsi qu’on estime ces bénéfices à 1 700 mds$ et l’IS économisé par leurs titulaires à 600 mds$ au taux actuel. Il est évident que le passage de l’IS américain de 35 à 15% (seulement 3 pts de plus qu’en Irlande) les ferait immédiatement revenir au pays. Au gain immédiat pour le Trésor américain (257 mds$ au taux réduit) s’ajouteraient les impôts qui seraient dus par leurs actionnaires et, surtout, la relocalisation d’énormes capitaux qui pourraient s’investir dans l’économie nationale. Cette mesure représente à elle seule près d’un million d’emplois plein temps.

Mais on comprendra que nos médias inféodées aux forces de l’argent ne s’attardent pas trop sur ces baisses d’impôts quand on saura qu’elles auront un formidable impact sur l’économie européenne. En effet, la plus grande partie des capitaux qui seront rapatriés aux États-Unis partiront d’Europe. Fin 2013, les États-Unis  étaient, de loin, le principal investisseur dans l’UE : 1 652 milliards d’€uros, soit 44% des stocks totaux d’Ivestissements Directs à l’Étranger (IDE) détenus par le reste du monde dans l’UE. Quelle part quittera l’Europe pour s’investir aux States ? Mais aussi, combien d’investisseurs européens et non-européens quitteront l’UE pour une Amérique rendue plus attractive par la réduction du taux d’imposition ?

Enfin, cette mesure fiscale aura des conséquences sur la balance commerciale des États-Unis, actuellement très défavorable. D’après les spécialistes, leur déficit commercial devrait s’établir en 2016 à 600 mds$, soit 35% de plus qu’en 2015. La moitié au profit de la Chine, 1/4 de l’UE (dont 98 mds$ à l’Allemagne contre -3 mds$ à la France).  Il est évident qu’avec la baisse de la fiscalité des sociétés et le regain de compétitivité qui s’en suivra pour les entreprises siégeant aux États-Unis, c’en sera fini des soldes commerciaux faramineux pour la Chine et pour l’Allemagne. Quant à la France, son déficit se creusera encore.

Conclusion : avec sa formule « Brexit puissance 10″, Donald Trump savait de quoi il parlait. Le Brexit était l’exfiltration du Royaume Uni d’une Europe sclérosée et paralysante. L’élection de Trump à la Maison Blanche lui permettra de sortir les États-Unis d’un système où leurs élites hors sol les avaient engagés sans aucune considération pour les dégâts que cela provoquait pour leur peuple.  Les deux sorties ont les mêmes conclusions positives pour ces deux pays et feront beaucoup de mal aux autres. Accessoirement, les deux sorties nous permettront sans doute d’échapper au diabolique projet de destruction des nations européennes au profit d’une entité sans foi ni loi livrée à la finance apatride et au consumérisme.

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Pour ceux qui veulent connaître les projets réel ou supposés de Donald Trump

Immigration : construction d’un mur anti-immigration à la frontière mexicaine ; expulsion de 2 millions de migrants clandestins sur les 11 estimés aux États-Unis  ; retour sur le droit du sol ; triplement du nombre d’agents de l’immigration ; peine de prison fédérale de deux ans minimum à tous les immigrants clandestins expulsés qui reviendraient aux États-Unis.

Economie : renégociation du traité de libre-échange nord-américain (Nafta) et retrait des États-Unis  des partenariats trans-Pacifique (TPP) et trans-Atlantique (TAFTA) ; taxation des produits made in China ; baisses d’impôts substantielles pour la classe moyenne et les entreprises : impôt sur les sociétés de 35% à 15%; tranche la plus élevée de l’IRPP de 39,6% à 33%) ; 1000 mds$ de dollars d’investissements dans les infrastructures en dix ans.

Politique étrangère, Otan, État islamique, Russie : faire payer + les alliés des États-Unis  au sein de l’Alliance atlantique (Otan) pour assurer leur propre sécurité; « mettre KO » l’organisation Etat islamique en coopération avec la Russie, sans donner davantage de détails (« une guerre classique, mais aussi une guerre sur internet, une guerre financière et une guerre idéologique ») ; démanteler l’accord catastrophique avec l’Iran ».

Famille, avortement : restriction sur l’avortement ; réductions d’impôts pour garde d’enfants ; congé maternité de six semaines.

Obamacare : abolition de la loi sur l’assurance maladie.

Les armes à feu : « Un droit donné par Dieu ».

Lutte contre le réchauffement climatique : annulation de l’accord de Paris sur le climat ; suppression de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) ; levée des restrictions à la production d’énergies fossiles ; relance du projet d’oléoduc Keystone ; annulation de mds$ de paiements aux Nations unies pour les programmes de lutte contre le changement climatique.

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6 réponses à L’Amérique trumpisée !

  1. Joe Hodgson dit :

    Nous ici en Arizona nous avons presque tous vote pour Trump car il n’a pas peur d’etre politiquement incorrect. Nous attendons beaucoup de lui.

  2. Robert dit :

    J’espère que Trump aura un service de protection à la hauteur… Il y a des précédents dangereux aux US…

  3. Nicole dit :

    Merci, une fois de plus, cher Kader, pour cette mise au point utile et clairvoyante : dans le flou volontaire dans lequel nous laissent en permanence nos pseudos-élites relayées par des journaleux dont nous sommes fatigués de lire les mensonges, nous perdons, parfois, le sens de l’objectivité la plus élémentaire. J’étais pressée, je l’avoue, d’avoir votre opinion sur ce sujet si controversé. Me voilà rassurée !

  4. honore dit :

    Il faudrait que les français fassent la meme chose en balayant Juppe à la primaire et tous les candidats de la pensée unique à la présidentielle c’est tout le mal que je souhaite à la France

  5. Jany dit :

    Ce n’est pas que j’aime le »bonhomme »,mais il a permis au peuple de se réveiller contre cette oligarchie qui nous prone la démocratie qui n’en a que le nom. Ce sont les mêmes qui s’extasiaient devant les « printemps arabes » qui aujourd’hui sont horrifiés par l’outrecuidance de ces « non-sachants » ! Ce n’est que colère et peur qui les font réagir mais jamais réflexion,nos élites sont là pour ça.
    Je retrouve enfin l’Amérique que j’ai toujours aimée :patriotique et non mondialiste ce qui ne veux pas dire repliée sur elle,Elle l’a prouvé par sa propre histoire.
    Que de mensonges ,de bassesses et de mépris dans tous les médias,on se croirait au temps de la grande Union Sovietique !
    « God bless America » et »God bless Kader »
    Amicalement

  6. nigette dit :

    Tout un programme! mais aboutira-t-il?….

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