Hollande exfiltré, le paysage politique s’éclaircit

Tout est en place pour un duel Fillon/Valls

fillon_vallsCe matin sur France Inter, Thomas Piketty a dit DEUX choses intéressantes et justes : la première est qu’Emmanuel Macron se fiche du monde à se poser en censeur d’une politique à laquelle il a participé et qu’il a même, d’une certaine manière, inspirée. (Pour ceux qui ne le sauraient pas, la « loi El Khomri » aurait dû s’appeler « loi Macron ») ; la seconde est que, sans François Hollande, la primaire redevient pertinente. Hollande out, les candidats hors primaire n’ont plus aucune raison – ou prétexte – à s’en dispenser.

Piketty appelle donc Jean-Luc Mélenchon à y participer avec cet argument imparable : si Mélenchon ne se sent pas capable de battre Valls, Montebourg, Hamon, Lienemann et autres Filoche à la primaire, on ne voit pas comment il peut prétendre terrasser François Fillon et Marine Le Pen. Et il rappelle que, pour échapper à la primaire, Mélenchon avait argué de son refus à rallier François Hollande si celui-ci l’emportait. Le problème est que cet argument vaut pour Manuel Valls ; on ne voit donc pas Jean-Luc Mélenchon renoncer à son cavalier seul. La vérité est qu’il ne se présente pas à la Présidentielle pour la gagner – il n’y croit pas une seconde – mais pour organiser une alternative à un PS devenu social-libéral susceptible de rallier les « frondeurs ». Accessoirement, il pourra ainsi prolonger d’une bonne dizaine d’années une carrière de bateleur de foire (ou de one man shower, si on préfère) à la fois lucrative et flatteuse pour son ego surdimensionné.

Jean-Luc Mélenchon a d’autant moins de raisons de renoncer à cette stratégie qu’elle vient d’être validée par les militants de base du Parti Communiste. Du coup, s’il parvient à ses fins (ses fins véritables, pas celles qu’il affiche) en obtenant plus de 12% au premier tour de la Présidentielle, les dirigeants du PC n’auront aucun mal à négocier avec un PS affaibli des circonscriptions pour ce qui reste leur principale préoccupation et leur objectif : les législatives de juin 2017.

Les préoccupations d’Emmanuel Macron sont ailleurs et pour d’autres échéances. Lui ne travaille pas pour devenir Président de la République en 2017 ni pour se tailler un fief dans le champ politique actuel ; s’il n’était pas assez raisonnable pour le comprendre de lui-même, ses mentors sauraient le lui rappeler. Son projet est celui de la haute finance internationale : dessiner un paysage politique où les euro-mondialistes adeptes d’une économie financiarisée, des ultra-libéraux faussement de « droite » et « de gauche » mais en vérité jumeaux, alterneraient au pouvoir sans jamais remettre en cause le système ainsi gelé (voir mes articles précédents). Avec François Fillon comme candidat de la droite conservatrice gestionnaire et non révolutionnaire, Emmanuel Macron sait parfaitement qu’il n’a aucune chance de l’emporter en 2017 et que lui et ses mentors auront dix ans (deux mandats de présidence Fillon) pour faire avancer leur projet. En attendant, sa seule préoccupation sera de disputer le terrain de l’opposition aux Valls et aux Montebourg en marquant le plus possible sa différence avec eux. A commencer par le rejet de la primaire de gauche.

Contrairement à beaucoup d’observateurs, je ne vois plus aucun suspense pour 2017. François Fillon sera élu, c’est entendu ; mais qu’en sera-t-il de son opposition ? Comme je l’ai déjà écrit, je crois que Marine Le Pen sera la grande perdante de cette élection, non pas au regard de la raison politique mais par razpport à des pronostics unanimes qui la voient au second tour, ce qui arrange bien les télés et les sondeurs. En effet, la doxa voudrait nous convaincre que MLP réalisera en mai 2017 un score vertigineux. La raison politique me convainc qu’elle ne dépassera pas son score de 2012 (17,9%) ; dans mon for intérieur, une petite voix me souffle qu’elle aura du mal à dépasser 15%. Mais nous y reviendrons car cela mérite évidemment des explications.

Pour l’heure, qu’en sera-t-il de la gauche, maintenant que le retrait de François Hollande a déblayé le terrain ? Tout le monde s’accorde sur un point : les espérances électorales de la gauche toute mouillée ne dépassent pas 35%. La question est de savoir comment ils seront répartis. Si on considère que les deux candidats de l’extrême-gauche folklorique totaliseront au mieux 3%. Restent 32 points à partager entre le candidat qui sortira vainqueur de la primaire socialiste, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron.

L’Histoire a démontré que les Socialistes ne sont jamais aussi bons qu’au moment des élections. D’abord parce qu’ils excellent à faire prendre des vessies pour des lanternes à un électorat qui ne demande qu’à les croire : les fonctionnaires, les syndicalistes, les associatifs, le monde du spectacle, le monde de la presse et de l’édition, les médias télévisuels, toutes corporations et catégories socio-professionnelles qui vivent de subsides publics et qui sont par nature d’excellents agents électoraux. Ensuite parce que, depuis 2007, les Socialistes ont, grâce à leurs très nombreuses victoires électorales, accumulé des sommes astronomiques d’argent public (40 millions d’€uros par an au titre du seul financement des partis). Or, ces moyens et les relais d’opinion qu’ils financent, les fédérations, les permanents, etc., sont sous contrôle des « Hollandais » et de leurs alliés. Hollande exfiltré, c’est Manuel Valls qui hérite de la manne et des moyens. On a vu comment le contrôle du PS a permis à François Hollande de gagner la primaire de gauche pour 2012 ; les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne fait pas l’ombre d’un doute que Manuel Valls sortira vainqueur de celle de 2017

Au premier tour de la Présidentielle, fort de sa légitimité et de l’enthousiasme que suscitera la perspective d’une campagne chez des Socialistes tout heureux de sortir du marasme actuel et toujours prêts à rêver y compris à une improbable surprise, je suis convaincu que le candidat Valls rejoint par ses concurrents de la primaire dispose d’un socle électoral incompressible de 17%. Mieux, il est probable que François Hollande, grâce à sa sortie du champ politique, retrouvera une popularité dont il fera profiter le candidat désigné de son parti. Manuel Valls peut donc rêver à un score de 19% qui, certes, ne lui permettra pas de gagner la Présidentielle mais de se poser en opposant principal pour la suite.

De 19 à 32% ne restent au maximum que 13% à distribuer qui profiteront pour l’essentiel à Jean-Luc Mélenchon, Macron n’en ayant que quelques miettes. (Lire L’imposture Macron). Je ne crois pas en effet que le projet d’Emmanuel Macron puisse convaincre le « peuple de gauche » en dehors de sa sphère euro-bobo-mondialisante. En réalité, son électorat est plus centriste que socialiste. A supposer que François Fillon, malgré un recentrage probable de sa campagne, ne parvienne pas à convaincre l’électorat centriste, si Marine Le Pen, comme je le pense, ne parvient pas à dépasser 15%, et même si le score de l’ensemble de l’électorat de droite et d’extrême-droite (Fillon, Le Pen, Dupont-Aignan, Guaino et autres) ne dépasse pas 52%, il ne resterait pas plus de 13% à Macron. En réalité, je ne crois pas une seconde à cette hypothèse pleine de « si ». Mais prudence étant mère de sûreté, je gage que François Fillon, qui aura fait le même calcul, prendra ses précautions et encouragera en sous-main une candidature… Bayrou (Lire Fillon candidat, Bayrou ira-t-il ?). Histoire de tuer dans l’œuf tout à la fois les prétentions du blanc-bec Macron et les velléités d’émancipation centristes.

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6 réponses à Hollande exfiltré, le paysage politique s’éclaircit

  1. Alain ROSSO dit :

    Ou sont les Français PATRIOTES, Bleu Blanc Rouge à droite surement , pas dans les 12% du front National ,ceux qui ont le cerveau rouge ou rose 15% font du bruit il sont moribonds,il y a de la marge pour le score du 06 mai 2017,vous serez le témoins ,il y a des manches étoilées qui travaillent dans l’ombre,tout le reste c’est du délires pour chaines de télévision ,ça meuble .

  2. Gérald dit :

    Logiquement votre raisonnement se tient, mais….logiquement seulement, il me semble.
    Si l’on y fait rentrer une dose assez importante de « ras le bol » et de réactions imprévisibles tant la colère est forte même quand les « sondés » n’osent encore l’avouer, TOUT reste possible, surtout que beaucoup d’évènements d’une extrême gravité peuvent encore se produire et TOUT chambouler.
    Je ne me hasarderai pas, aujourd’hui, a miser gros sur un « cheval » même si son écurie est connue.

  3. Robert dit :

    Votre prospective est plausible, Kader, et toujours fort intéressante à lire…
    Vous avez raison d’insister sur  » l’imposture  » Macron, et il est désolant qu’il puisse (potentiellement) convaincre jusqu’à 13 % d électeurs ! Mais le système électoral n’est-il pas devenu une immense imposture ? Les lecteurs de ce blog ont compris que tous ces « champions » courent tous pour la même écurie, sous des casaques différentes…
    Martinez, ci-dessous, a raison : la monarchie a au moins le mérite de la clarté !

  4. Martinez dit :

    La République est morte hier soir !
    Il faudrait remettre la Monarchie et son Altesse Royal le Duc d’Anjou sur le Trône qui prends le Nom de Louis XX et une nouvelle Constitution s’impose aux sujets de sa Majesté par un référendum  »
    Après les aléas , les turpitudes et l’abaissement de La FRANCE dans la République , le retour du Royaume de FRANCE dans son Histoire s’impose en Monarchie Constitutionnelle de
    Droit Divin et par la Grâce de Dieu ! Un Roi pour La FRANCE !
    Êtes vous pour ou contre une Monarchie Constitutionnelle pour La FRANCE ?
    Vive le Roi ! Vive la FRANCE !

  5. MIGLIACCIO Edmond dit :

    On Prend les seconds et on recommence un autre quinquennat pour rien. Leur connerie toute bue, les Français réaliseront qu’ils se sont condamnés pour plusieurs années,et cerise sur le gâteau, c’est leurs enfants qui paieront la facture. L’argent nous manipule et lave les cerveaux, il semble que les français ne l’ont pas encore compris.

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