Peillon candidat : très forts, les Socialistes !

La Gauche n’est jamais aussi bien dans ses bottes qu’à l’approche des élections

imagesVincent Peillon débarque – en apparence – comme un éléphant dans un magasin de porcelaines où seraient passés cinq de ses congénères avant lui ; et tous les experts  patentés de la politique médiatique assise (sur son c…) de se récrier ! « Qu’est-ce que c’est que ces Socialistes qui foutent le b… dans notre système de pensée si bien ordonné où telle situation est censée déboucher immanquablement sur telle autre ? » « Oh, Peillon, c’était pas prévu, que tu sois candidat à la primaire, non ? » Comme si la politique, et je me demande quelquefois pourquoi des gens payés pour le savoir ignorent ça, n’était pas, par définition, la discipline la plus sujette à subjectivité. Tout ce qui se passe sous nos yeux depuis la victoire de François Fillon à la primaire de la droite et (si peu) du centre est normal car la politique est la confrontation des passions et des volontés humaines. Or, selon la grande et belle thèse d’Emmanuel Kant, c’est la confrontation des passions qui, en prenant des voies apparemment tortueuses, permet aux Hommes pris comme individus de réaliser la mission que la Nature a assignée à leur espèce : le progrès de l’Humanité. Or, c’est exactement ce principe qui se vérifie en politique. Ad augusta, per angusta ! Je m’explique.

Qu’est-ce qu’une élection ?  Beaucoup croient encore que c’est un examen qu’on réussit si on sait. D’où le sentiment d’injustice, non pas du candidat recalé car LUI connait les règles cachées, mais de ses soutiens et de ses fans. En réalité, une élection est un concours où réussit celui qui fait le mieux croire qu’il sait. C’est pour cela que Renan disait de la démocratie que c’était « la porte ouverte au charlatanisme ». En politique, le génie, le talent, la sagesse (au sens ancien de « connaissance »), le savoir-faire, la compétence, toutes qualités indispensables pour réussir dans la fonction, ne sont d’aucune utilité pour accéder à ladite fonction si elles ne sont pas servies par des qualités qui relèvent du caractère.

L’ambition est la première de ces qualités (au sens premier du terme, sans connotation morale), l’ambition pour soi-même, c’est-à-dire le désir parfaitement naturel d’élévation sociale et de réussite mais aussi l’ambition de réaliser quelque chose de grand en se réalisant soi-même. C’est l’ambition qui pousse l’individu à se mettre en avant, à penser puis à affirmer sa capacité à faire et à s’engager dans une compétition dont ne sortira qu’UN élu, ce terme étant particulièrement approprié s’agissant de démocratie. L’ambition est le trait de caractère qui vous fait engager une confrontation avec d’autres tout aussi compétents, sages, géniaux, talentueux, cultivés que vous. Comment croyez-vous que, dans une confrontation entre gens formés aux mêmes écoles et ayant le même parcours ou à peu près au moins jusqu’au niveau de ministre, comment croyez-vous que la décision se fait ? En fonction d’autres critères, des traits de caractère qui relèvent de la psychologie et de la morale mais aussi de l’art de la manœuvre politique. Enfin, entre candidats à qualités psychologiques et morales égales de force d’âme (courage, persévérance, combativité, résistance à l’adversité, esprit d’initiative, sang-froid et sérénité, assurance, etc.), ce sont évidemment les choix qui font la différence.

De ce point de vue, la primaire de la droite et du centre ont été un modèle. En tout cas, tout le monde l’a reconnu après coup ! (D’autres l’ont pressenti. Lire Et si c’était Fillon ? (1/2)) Le premier de ces choix, dont tous les autres résultent, est celui-ci : « Y » aller ou ne pas « y » aller ? En politique, une règle, édictée par François Mitterrand, s’impose d’emblée : « Avant de décider, je me demande ce qui va se passer si je le fais et ce qui va se passer si je ne le fais pas ! » Dans une compétition électorale, une chose est sûre : seul peut être élu celui qui se présente. C’est pour cela que chacun peut, à condition d’avoir suivi un certain cursus et accompli un certain parcours, se dire : « Pourquoi pas moi ? »

En politique, une autre donnée est déterminante : c’est le calendrier des échéances électorales. S’agissant de Vincent Peillon, qui a 56 ans en 2016, à ce stade de sa réflexion et même sachant que cette élection, sauf accident, est promise à François Fillon, il DOIT se mettre sur la ligne de départ. Pourquoi ? Pas pour gagner en 2017, c’est dit !  Pas même pour gagner la primaire qui, elle, est promise à Manuel Valls (je dis tout de suite à mes lecteurs que les pros de la politique le savent mais 1. ils ne sont pas courageux ; 2. ils maintiennent le suspense car c’est leur gagne-pain). Vincent Peillon va se présenter pour se réinstaller dans le paysage politique français. Et, ce, sans faire prendre trop de risques à son camp. En effet, et il faut le rappeler, ce ne sont que des primaires ! Celui qui en sortira vainqueur sera le candidat des socialistes et de leurs maigres alliés à une Présidence de la République qui, je le dis et le redis, est pliée en faveur de François Fillon.

La primaire des « la Belle Alliance » a un objet principal, le contrôle du pari socialiste qui a encore, ainsi que je l’écrivais cet après-midi dans un tweet, de beaux restes. Accessoirement mais ce n’est pas rien, elle sert de casting pour l’échéance majeure suivante, la Présidentielle de 2022. Cette année-là, Vincent Peillon aura 62 ans, soit 1 an de moins que François Fillon en 2017.

J’entends d’ici les réflexions indignées : « Mais ça fout le b… au PS ! » Eh bien, non ! Ce dont la gauche a besoin, c’est d’être en ordre de marche le 23 avril 2017. La meilleure façon est de désigner son champion parmi six ou sept candidats, quitte à ce qu’ils s’envoient des noms d’oiseaux et des accusations qui seront consciencieusement reprises par l’adversaire de droite pendant la vraie campagne, celle de la présidentielle. En effet, quoi qu’on dise AVANT la primaire à gauche, celui qui en sortira vainqueur sera légitimé et bénéficiera du soutien de tous ses concurrents. Une désignation qui dissipera le spectre de la multiplication des petits candidats qui a coûté la Présidence de la République à Lionel Jospin en 2002.

Enfin, Manuel Valls, contrairement à ce qu’on entend, n’a rien à craindre d’une candidature Peillon parce que celui-ci, qui est entré tardivement en politique avec Ségolène Royal, n’a pas pour s’imposer les relais nécessaires dans l’appareil socialiste, ces relais qui ont permis à François Hollande, qui tissait sa toile pendant que ses concurrents faisaient les kakous devant les caméras de télévision, de s’imposer en 2011. Il est probable qu’il ne prendra pas plus de voix à Manuel Valls qu’à ses concurrents et de toute façon pas assez pour le devancer.

En définitive, les Socialistes iront à la bataille présidentielle dans une configuration plus favorable qu’en 2002 et pas plus défavorable qu’en 2012. En effet, Jean-Luc Mélenchon était déjà là en 2012 et Emmanuel Macron ne fait que remplacer François Bayrou. Mélenchon et Macron, qui bénéficient pour l’instant d’un traitement médiatique privilégié, vont pâtir de la campagne pour la primaire à gauche puis de la campagne officielle pour la Présidentielle proprement dite. Je serais en effet étonné si l’appareil du PC, qui a le sens des réalités et des priorités (les législatives à suivre), ne savonnent pas un peu la planche du Castro français. Quant à Macron, il ne prendra à la gauche que quelques % de voix de lecteurs de Libé, du Huffington et des Inrocks. Et il est probable que François Bayrou aille dans la logique d’une candidature qui privera Macron d’une partie de son électorat centriste potentiel sans le fâcher lui-même avec François Fillon.

Conclusion, je ne change rien à ce que j’écrivais dans mon article Hollande exfiltré, le paysage politique s’éclaircit. Non seulement Valls sera candidat de la gauche socialiste en avril prochain mais il a toutes les chances d’être présent au deuxième tour. Il en sortira armé pour écarter la menace Macron et mener l’opposition de gauche à François Fillon avec une alliance reconstituée à l’Assemblée nationale avec les Communistes et Mélenchonistes.

Prochain article : Pourquoi Marine Le Pen ne sera pas au second tour de la Présidentielle de 2017.

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Une réponse à Peillon candidat : très forts, les Socialistes !

  1. Robert dit :

    Savoureuse la citation de Renan, et réaliste … La démocratie, et son expression électorale, sont devenues un théâtre, un jeu de rôles, où les acteurs récitent leurs textes, écrits par les mêmes.
    On a affaire à des champions courant sous des casaques différentes… mais pour la même écurie.
    Le jeu électoral sert à légitimer le système, et pour le candidat point de salut s’il s’écarte des fondamentaux dictés à Francfort et à Washington.
    Le réflexe du vote devient Pavlovien, hélas.
    Au plaisir de vous lire Kader.

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