Et si Mélenchon renonçait ?

Hamon à 17% en février, Président en mai ?

Je ne sais pas si les experts auto-proclamés de la politique vont considérer l’information à sa juste valeur mais il me semble que la gauche est en train de renouer avec sa tradition, faire ce que personne ne fait aussi bien qu’elle : de la politique. Certes, elle y est aidée par la droite la plus bête du monde et, il faut bien le dire, un Front National encore très amateur, mais son mérite n’en est pas moins réel.

Le Monde de ce dimanche 5 février 2017 donne une information de la première importance : Jean-Luc Mélenchon se dit « prêt à travailler avec Benoît Hamon » (Lire). En français courant, c’est une politesse, une simple concession à la bienséance et au savoir-vivre ; en langue de bois politique, cela signifie, disons-le sans perdre de temps en circonlocutions oiseuses, à annoncer son ralliement à la candidature de Benoît Hamon – donc son propre retrait. Mélenchon sent parfaitement la tondeuse socialiste s’activer sur son dos. En bon connaisseur de la politique, le candidat des Insoumis sait qu’il va se retrouver à poil avec quelques points dans les sondages et aucun bénéfice à tirer de sa tournée de one-man-show qui a débuté il y a un an presque jour pour jour. Aucun bénéfice, c’est une défaite cuisante au premier tour avec un score insuffisant pour être remboursé de ses frais de campagne et, surtout, aucune investiture pour ses proches aux Législatives de juin prochain.

C’est donc pour lui le moment de se montrer politiquement « responsable ». Après s’être fait prier et avoir négocié des circonscriptions gagnables pour les législatives de juin prochain, notre Méluche national viendra la main sur le cœur nous dire qu’il renonce à sa candidature présidentielle pour « éviter un nouveau 21 avril à la France ». Et puisque les électeurs socialistes n’aiment rien tant que vivre d’espérances, il se joindra au chœur des démagogues à la rose pour leur faire miroiter une belle victoire au soir du 7 mai 2017.

Mais, au fait, est-ce si utopique que ça ? Cette question est purement rhétorique car la réponse est évidente si, comme je le pense et comme je l’écris article après article, la politique est une science exacte. (ce qui ne l’est pas, ce sont les sondages, ce qui ne m’empêchera pas d’en faire état, comme tout le monde). En effet, crédité à cette heure de 16 à 17% des voix derrière Marine Le Pen (25%), Emmanuel Macron (21%) et François Fillon (20%) et devant Jean-Luc Mélenchon (11%), Benoît Hamon peut, si celui-ci se retire, compter sur un potentiel de 28% auquel s’ajouteraient les 2% promis à Yannick Jadot, dont le retrait est d’ores-et-déjà acquis. Ce qui ne signifie pas qu’il récupérerait automatiquement les voix actuellement destinées à Mélenchon ; certains de ses électeurs préfèreront les porter sur le candidat d’extrême-gauche. Mais peu importe : le matelas est confortable.

Mais, me dira-t-on, il y a très peu de chances que LR se laisse entraîner dans sa noyade par François Fillon ; il y aura un autre candidat et ce sera probablement Alain Juppé. (J’ai dit pourquoi dans « Fillon out, la politique reprend ses droits »). Et tout rentrera dans l’ordre. En temps normal, une candidature Juppé eût été la certitude absolue d’une victoire, comme celle de Fillon l’était avant qu’il sombre dans la consternante affaire des emplois fictifs de ses proches. Mais, justement, cette affaire redistribue les cartes. Déjà, une étude a montré qu’environ 1,3 millions d’électeurs FN qui s’étaient portés sur Sarkozy en 2012 reviendront à Marine Le Pen quel que soit le candidat remplaçant de Fillon. Compte tenu de l’état d’indignation dans lequel sont les Français aujourd’hui, il est certain que, non seulement elle fera le plein de ces voix mais elle en récoltera de nombreuses autres. Combien ?  C’est là la question… et le hic !

Si Mélenchon se retire, le ticket pour le deuxième tour se négociera autour de 24% minimum. En effet, les primaires ont eu pour seul mérite, en éliminant un certain nombre de candidats parasites, de dégager l’horizon. Les seuls candidats sûrs d’être en lice sont Marine Le Pen, Alain Juppé (ou un autre de LR) et Benoît Hamon. Les candidats qui dépendent de parrainages d’autant plus difficiles à obtenir que les élus doivent se déclarer et accomplir eux-mêmes les démarches sont Nicolas Dupont-Aignan, Henri Guaino, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Ceux dont la candidature dépendra de la conjoncture politique sont Jean-Luc Mélenchon (je le cite pour mémoire mais ma démonstration est basée sur son retrait), François Bayrou et… Emmanuel Macron. Je pense que les quatre premiers cités auront leurs parrainages car ils participent de manœuvres orchestrées par d’autres. Par exemple, à l’évidence, si Alain Juppé est le candidat de la droite, les amis de Nicolas Sarkozy pourraient être tentés, pour lui savonner un peu la planche, de parrainer Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan. Quant aux deux candidats d’extrême-gauche, ils ont toujours été aidés par le PS car leurs partis jouent un rôle important dans les « luttes » sociales.

Quid du cas Macron ? Le retrait de Mélenchon de la course donnerait (voir plus haut) un sacré espace à Benoît Hamon. La candidature de celui-ci y gagnerait une dynamique appuyée sur une double espérance : une présence probable au second tour et, si Marine Le Pen parvient à dépasser le candidat « de la droite et du centre », la quasi-certitude de vaincre[1]. Dans cette hypothèse, Emmanuel Macron serait confronté à un dilemme : pourrait-il se maintenir au risque d’empêcher la gauche de, miraculeusement (merci, Saint-François Fillon !) renouveler son bail à l’Elysée[2] ? Or, au moment où cette question se posera de manière cruciale, c’est-çà-dire dans moins d’un mois, la pré-campagne aura déjà fait son effet. Juppé candidat, c’est une grande partie de l’électorat potentiel majoritairement centriste – et des soutiens intéressés – d’Emmanuel Macron qui s’égaillera comme une volée de moineaux. Or, c’est une chose de faire un « one-man-show dans un no man’s land » (une formule de Catherine Nay dont je me repais) avec des médias qui vous flattent jusqu’à la nausée (pas la leur, celle des Français) en agitant un hypothétique second tour, une autre est de faire campagne avec des sondages à 10%. Surtout quand, en fait de campagne, on n’a à offrir que des grandes messes dans des salles pleines d’ados attardés, bien nourris, vociférants et probablement payés pour ça, et pour tout programme un catalogue de promesses toutes aussi délirantes les unes que les autres et, d’ailleurs, aussi contradictoires les unes avec les autres.

Bref, le retrait de Jean-Luc Mélenchon conjugué à la candidature d’Alain Juppé ouvrirait la voie à un retrait d’Emmanuel Macron. Dans cette hypothèse, il sera impossible à Marine Le Pen d’accéder au second tour car Juppé et Hamon se partageraient les voix destinées à Macron, mettant ainsi le ticket d’accès au second tour à au moins 27%. Mais si Macron a VRAIMENT le projet de casser la baraque sur le thème « Juppé ou Hamon, c’est tout comme ! », le « danger » FN étant écarté, cette donnée peut, au contraire, le convaincre de se maintenir avec pour perspective un score de 10%, certes petit mais suffisant pour préparer 2022. Cette option, loin de défavoriser Hamon, pourrait l’arranger car, encore une fois, Emmanuel Macron séduit en réalité bien plus les confortables électeurs du centre, que ceux de gauche. Et c’est Juppé qui en pâtirait.

Sans doute pas au point de céder sa place à Marine Le Pen pour le second tour. Mais qui sait ? Les Français sont tellement écœurés par ce qu’ils viennent de vivre qu’ils sont bien capables de permettre à Marine Le Pen d’accéder au second tour. Il faudrait pour cela que près de deux millions d’électeurs de plus qu’au deuxième tour des Régionales se prononcent en sa faveur. Cela ma paraît impossible mais, en ces temps d’incertitude, une surprise de plus – car c’en serait une, quoi qu’en disent les « spécialistes » – n’aurait rien… de surprenant.

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[1] Encore une fois, je suis désolé pour mes lecteurs marinistes : pour gagner la Présidentielle, MLP devrait obtenir 2,6 fois son score de décembre dernier au second tour, soit plus de 11 millions de voix supplémentaires.
[2] Le simple fait d’énoncer cette hypothèse me donne le vertige !

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3 réponses à Et si Mélenchon renonçait ?

  1. Robert dit :

    Je n’ai pas souvenir d’une situation aussi incertaine à deux mois et demi d’une présidentielle ! tout paraît encore possible, mais l’hypothèse Hamon en finale n’ est quand même pas la plus probable… Les « sponsors » de Macron l’autoriseront-ils à se retirer ?

  2. Jany dit :

    Mon cher Kader ,j’espère que ce cauchemar n’arrivera pas ! Mélenchon avait pourtant juré qu’il ne renoncerait pas quoi qu’il advienne, mais l’honneur et la politique sont antinomiques ! Les convictions dépendent des sondages pour la gauche de gouvernement qui attend la date butoir pour choisir son camp ! seul baume au cœur : Macron se dégonflerait .Les médias se délectent du jeu politique mais ils oublient qu’il en va de l’avenir déjà bien sombre de la France et que c’est la seule chose cruciale
    Amicalement

  3. PICARD dit :

    Eh! bien, cher Monsieur HAMICHE, votre « boeuf miroton » ne m’emballe vraiment pas. Ni Marine LE PEN, encore moins JUPPE et le Sieur HAMON. Je persiste dans mon opinion de la fin de mes deux ouvrages !
    Bien amicalement

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