Fillon pleurniche mais ne se défend pas.

Fillon out, la politique reprend ses droits

Chaque jour apporte son lot de nouvelles révélations sur les conceptions toutes patrimoniales des moyens de l’Etat de François Fillon. A ce jour, on en est à plus d’un millions d’€uros de rémunérations indues versées à sa femme et à sa progéniture en contrepartie  d’un travail plus que douteux. A titre personnel, je suis satisfait de voir que, contrairement aux médias mainstream, le Canard enchaîné et, plus important encore, les enquêteurs, posent les bonnes questions, à savoir, quid des affaires dans les affaires ?

Par exemple, la Revue des Deux Mondes, qui appartient à la société FIMALAC du milliardaire Ladreit de Lacharrière, a-t-elle reçu des fonds publics concomitamment (ne parlons pas encore de « contrepartie ») au recrutement de Pénélope Fillon ? Pour l’instant, on n’en sait rien, mais on a au moins appris que des proches de Fillon étaient salariés à des postes importants par la nébuleuse FIMALAC. Par exemple, Elisa Longuet, la fille du ministre Gérard Longuet, qu’on a vu très actif dans la défense de Fillon, y occupe un poste très bien rémunéré (20 000 €/mens). C’est aussi le cas d’Alexia Demirdjian, chargée de mission à la Fondation Culture et diversité de mars 2015 à mars 2016, et qui, écrit Médiapart, « n’a pas laissé de trace publique de son passage dans cette structure fondée par le milliardaire. Elle s’est en revanche engagée à cette même époque dans la campagne numérique de François Fillon. »

Le plus grave à mes yeux est la façon dont les mirifiques salaires de Madame Fillon, qui se sont élevés un moment à plus de 10 000€/mois, a-t-on appris aujourd’hui, ont été financés. En effet, Marc Joulaud, le suppléant de François Fillon devenu député quand il a été nommé Ministre des Affaires sociales en mai 2002, payait Pénélope Fillon 6 900€ puis 7 900€ puis, donc, plus de 10 000€. « En 2007, entre le 1er janvier et le 31 août (date de fin de son contrat de travail), madame touche en moyenne 10 167 € brut mensuels. […] Penny se retrouve (deux fois ! NDR) mieux payée que son patron. De façon inexplicable, son salaire dépasse même de plus de 1 200€ par mois les crédits accordés alors par l’Assemblée pour payer l’ensemble des collaborateurs du député Joulaud ». (Le Canard Enchaîné dans son édition de ce mercredi). A elle seule, la rémunération de Pénélope Fillon dépassait le crédit alloué aux Députés pour payer leurs assistants parlementaires. Or, outre l’épouse du ministre, Marc Joulaud avait deux autres assistants (effectifs, ceux-là) dont un était, en même temps… conseiller du Ministre Fillon ! En bon français, on appelle ça un jeu de bonneteau ! Je vous épargne le circuit mais, en fin de compte, cela revient à dire que c’est le Ministère qui payait les salaires mirobolants de l’épouse de son titulaire. Vous suivez ? C’est, comme l’affaire des primes occultes dont le même Fillon a profité quand il était Sénateur à hauteur de 25 000€ (sous réserve d’actualisation), « un détournement de fonds publics ». Et, là, personne ne dira que cela s’est produit à l’insu du plein gré de François Fillon.

Compte tenu de la manière dont l’enquête se déroule, j’ai toute raison de penser que cet aspect de l’affaire, comme ceux concernant les dessous de l’emploi fictif à la Revue des Deux Mondes, sera éclairci.

Des emplois fictifs à l’insu du plein gré de Fillon

Pour Fillon, c’est mort ! Mais, rien à faire, comme Richard Virenque, l’auteur de l’immortelle formule citée plus haut, François Fillon continue de nier qu’il y ait quoi que ce soit de répréhensible derrière ce scandale dont, par ailleurs, il ne discute aucun des faits. Non ! Son truc, c’est : « On s’en prend à ma femme ! » « J’aime ma femme ! » « C’est un complot ! » Pitoyable ! Il pleurniche et crie au complot mais ne se défend pas. Et pour cause : il ne peut rien dire pour sa défense. Son avocat Lévy et ses amis Larcher, Debré et Longuet (un spécialiste !) ont beau jurer que sa femme le conseillait, à partir de sa permanence située à la maison – pourquoi pas, pendant qu’on y est, sur l’oreiller ? -, qu’elle participait à des réceptions officielles, etc. (je passe car c’en est gênant), sa consternante défense ne passe pas. Le comble du ridicule est atteint quand on apprend que Pénélope Fillon, britannique parlant encore le Français avec un fort accent (on imagine ce qu’il était en 1998 !) et sous-diplômée par rapport à son mari, que son épouse omnisciente, donc, corrigeait ses discours. Quand on sait que Fillon en a écrit pour Séguin !…

Fillon out, les médias, parlent ENFIN de son possible (possible dans la bouche d’un consultant timoré et peu courageux, signifie probable) remplacement. Il faut leur rendre cette justice, quand il osent dire les choses, certains d’entre eux sont très intéressants à écouter. C’est le cas de la plupart des invité d’Yves Calvi à 24 Heures en questions sur LCI (un C dans l’air enfin ouvert aux discours de droite, TF1 oblige).

A l’heure où je tape ces mots, toutes les options sont sur la table : le maintien de François Fillon, le retour de Nicolas Sarkozy, une autre primaire, le choix de Gérard Larcher (?),  la « montée » d’un « jeune » – on parle de François Baroin, de Xavier Bertrand, voire de Laurent Wauquiez. Et ce n’est qu’en dernier ressort qu’un nom revient, celui d’Alain Juppé. Comme s’il fallait d’abord se noyer dans des hypothèses sans fondement politique, d’entretenir encore un peu le suspense (la manie du teasing) avant de dire ce qui saute aux yeux des néophytes de bon sens comme le plus plausible. Alain Juppé, dont il ne faut pas prendre au sérieux la déclaration de la semaine dernière selon laquelle il ne voulait pas jouer les roues de secours ; comme si, à un pas d’atteindre le graal pour lequel des générations de politiciens ont vendu père et mère, il allait se retirer et laisser un perdreau de l’année ou un ennemi se présenter à sa place !

On reparle enfin de politique

Plus sérieusement, la candidature d’Alain Juppé est la plus rationnelle, la plus logique et la plus porteuse de perspectives sinon de certitudes de victoire. En effet, les chances des uns et des autres se mesurent non pas à leurs propres personnes mais à celles comparées de tous les concurrents. Par « personnes », j’entends non seulement les qualités personnelles des candidats mais aussi tout ce qu’ils portent en matière politique : les valeurs qu’ils défendent au nom de leurs « familles » politiques, leurs idéologies respectives, leurs bilans, leur Histoire, etc. Tout cela confronté au contexte et aux aspirations connues des citoyens donne une idée de ce qui devrait, en toute logique, advenir les 23 avril et 6 mai prochains : la victoire d’Alain Juppé reste la probabilité la plus censée.

Pourquoi ? Le premier effet du scandale Fillon est qu’aucun candidat dit « républicain » ne peut plus retenir son électorat le plus droitier de voter pour Marine Le Pen. En conséquence, l’accès au deuxième tour de Marine Le Pen redevient une quasi-certitude. Selon que son adversaire à droite peut ou ne peut pas retenir les centristes de rejoindre Emmanuel Macron, elle peut même envisager sérieusement de passer le premier tour en tête. Cela étant dit, que les groupies de Marine ne rêvent pas : pour obtenir les 30% de voix dont ils rêvent dans cette élection à 80% de participation, il lui faut convaincre 4 600 000 électeurs (soit 72%) de plus qu’en décembre dernier aux Régionales. Quant à devenir Présidente de la République au soir du 6 mai 2017, il lui faut gagner 12 millions d’électeurs.

La perspective de Marine Le Pen au second tour de la Présidentielle n’est pas pour déplaire à la « droite de gouvernement » (que j’appelle « la fausse droite »). Son problème aujourd’hui est de trouver le candidat capable de l’emmener, ELLE, au second tour. Peu réjoui à l’idée d’expliquer pourquoi les Baroin, Bertrand, Wauquiez et, même, Sarkozy auraient beaucoup de mal à y parvenir, je demande à mes lecteurs de me faire l’aumône d’un raccourci et de me permettre de dire pourquoi Juppé, lui, n’aura aucun mal à y parvenir. En réalité, la raison tient en quelques mots : Alain Juppé est le candidat à la fois de la « droite républicaine » comme disent les médias par abus de langage et celui des centristes. Or, il est évident – la campagne le mettra en évidence ainsi que toutes ses autres ambiguïtés – qu’Emmanuel Macron est le candidat des centristes plus que de la gauche. Quand, comme je l’explique ci-après, la gauche socialiste se sera mise en campagne pour son candidat Benoît Hamon, le seul espace restant à Macron sera le centre et les libéraux cosmopolitistes prêts à faire une Europe supranationale aux dépens des nations. Ceux-là sont à l’UDI, au Modem et à LR leur ralliement à Macron se ferait au prix d’une rupture avec la frange la plus droitière des Reps. Un candidat suppléant de deuxième division comme ceux déjà évoqués serait bien incapable de l’empêcher et ne passerait donc pas le premier tour. Alain Juppé le pourra.

Dans mon article précédent, j’ai écrit que rien n’était perdu pour le candidat de gauche sorti de la primaire, même si c’était Benoît Hamon. L’électorat n’est pas extensible; quoi que vous fassiez le total des scores de l’élection présidentielle est 100%. On a pu voir cette semaine que le candidat Hamon faisait son travail de rassemblement derrière lui. Les bénéfices en termes de sondages n’ont pas tardé à suivre ; les derniers le placent en 4ème position avec 16 à 18% des voix derrière MLP (24<27), Macron (20<23), Fillon (19<21) et devant Mélenchon (10%). Evidemment, ce qui est vrai à droite l’est plus encore à gauche. Tout comme la droite se ralliera à Juppé parce qu’il peut la faire gagner, la gauche soutiendra Hamon parce que l’affaire Fillon permet une nouvelle donne et l’autorise à compter sur des cartes plus favorables ; il est clair que son candidat de gauche PEUT accéder au second tour de la Présidentielle. C’est en tout cas une perspective, un objectif qui motiveront la gauche à se ranger derrière le candidat le plus à même de l’atteindre.

Cette Présidentielle est pour certains un cauchemar ; pour d’autres, c’est un théâtre de rêves.

Evidemment, ce ne sera pas acquis demain mais le processus est en marche ;; les transactions internes au PS et les approches d’Hamon avec les partis satellites donnent leurs premiers résultats : les écologistes version Duflot-Jadot sont à deux doigts de se rallier ; Christiane Taubira est revenue dans le circuit et les conciliabules avec les soutiens de Mélenchon battent leur plein. De ce point de vue, l’intéressé doit, au minimum, s’attendre à être lâché par des Communistes dont j’ai déjà dit qu’on leur avait forcé la main. Etc. A la gauche d’Hamon, Mélenchon, aura battu les estrades et fait son one-man show en pure perte. A sa droite, Macron sera affaibli par Juppé et, contrairement à ce que les médias tenus par ses amis milliardaires ou ses intimes (France Inter, de son ami de cœur Mathieu Gallet, lui a consacré 2 heures de direct ce matin), il sera incapable d’attirer ceux qui, à gauche, font VRAIMENT de la politique. Notamment, les Vallsistes ralliant Macron est une pure affabulation.

Moyennant quoi, Hamon peut rêver à un deuxième tour. Ou plutôt, il peut faire rêver les électeurs, tout comme Marine Le Pen qui fait vivre son parti en faisant croire aux Français qu’elle peut devenir un jour Présidente de la République; ce n’est rien de plus qu’un leurre, un miroir aux alouettes. Mais on a vu que les électeurs de gauche, comme ceux du FN, adorent rêver.

Cette Présidentielle est pour certains un cauchemar ; pour d’autres, c’est un théâtre de rêves.

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La dernière de Médiapart

Le job en or caché du candidat Fillon

François Fillon est depuis 2012 senior advisor et membre du comité stratégique du groupe Ricol Lasteyrie, qui conseille de nombreuses sociétés du CAC 40 et multinationales. Ce que le candidat à la présidentielle n’a jamais déclaré publiquement. Ce job lui a rapporté au moins 200 000 euros en quatre ans et demi. Il n’en a toujours pas démissionné.

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9 réponses à Fillon pleurniche mais ne se défend pas.

  1. Nicole dit :

    Merci, Kader, pour cette analyse percutante. Personnellement, je considère que tout ces jeux de passe-passe mêlés à l’odeur de fond de caniveaux qui enveloppe la classe politique de quelque bord qu’elle soit, ne laissent aucun doute sur ce que sera notre pays une fois les élections passées. C’est déjà le chaos qu’est-ce qui en ressortira alors ?? J’ose à peine l’imaginer. Et si PERSONNE n’allait aux urnes… je sais, je délire !

  2. Jany dit :

    Je crois que bon nombre de français sont écœurés comme vous. Vous avez raison,Mr Fillon a une très mauvaise défense,il ne voit pas où est le mal car cela était monnaie courante en politique mais les temps ont changé !Je ne mets même pas en doute le travail de sa femme.Mais à bien y réfléchir,le malaise s’agrandit quand à savoir à qui profite le crime.Vous remarquerez qu’il n’est pas très soutenu dans son propre camp,il est marginal et solitaire.Cet ensemble qui va de la gauche modérée à la droite modérée soutenu par les médias et que vous avez tant décrié dans votre blog pour avoir sapé la France depuis 40 ans proclame qu’il ne peut qu’abandonner avec un air « compatissant » ! Les choses rentreraient dans l’ordre et le petit jeu pourrait continuer !
    Adieu la France et vive le monde !
    Cordialement

  3. Edith Lariviere dit :

    Ni Juppé, ni Hamon svp c’est le pire des scenarii

  4. RUIZ dit :

    nous sommes en pleine république bananière.On se permets de critiquer les USA , UK , de faire les beaux en AFRIQUE et on est incapable de régler nos énormes problèmes internes.
    Pauvre FRANCE

  5. DANI dit :

    je pense que beaucoup de personnes honnêtes et intelligents qui seraient compétentes, hésitent à faire de la politique car cette sphère est pourrie . La démocratie n’est qu’un paravent et qu y a t il derrière ! Beaucoup d’intérêt personnel

  6. domichel dit :

    moi je crains la sortie des urnes en 2017……… à et avec quelle sauce vont-ils nous manger?
    il n’y a rien en ce moment qui laisse présager un avenir « bienveillant » pour la France et les Français! lamentable DE TRISTESSE et de PESSIMISME.

  7. nigette dit :

    je relis et réfléchis à votre commentaire Kader et je ne le trouve pas convaincant:

    « A elle seule, la rémunération de Pénélope Fillon dépassait le crédit alloué aux Députés pour payer leurs assistants parlementaires. Or, outre l’épouse du ministre, Marc Joulaud avait deux autres assistants (effectifs, ceux-là) dont un était, en même temps… conseiller du Ministre Fillon ! En bon français, on appelle ça un jeu de bonneteau ! Je vous épargne le circuit mais, en fin de compte, cela revient à dire que c’est le Ministère qui payait les salaires mirobolants de l’épouse de son titulaire. Vous suivez ? C’est, comme l’affaire des primes occultes dont le même Fillon a profité quand il était Sénateur à hauteur de 25 000€ (sous réserve d’actualisation), « un détournement de fonds publics ». Et, là, personne ne dira que cela s’est produit à l’insu du plein gré de François Fillon ».

    ° Je ne vois pas en quoi ces faits prouvent que c’est le Ministère qui payait madame Fillon!….où sont les preuves? Vous faites confiance au Canard enchaîné ?..On sent presque de la haine dans son article.Attendons que la justice rende son verdict avant de condamner non?…De plus, à qui profite le crime? Macron, Juppé ?…Vous dites aussi que Pénélope était inculte! Or elle est juriste et avocate…où est la vérité?

  8. Gilbert Lopez dit :

    Un pour tous,tous pourris !!

  9. nigette dit :

    Quel triste paysage politique! pauvre France défigurée!…

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