Législatives 2017 : pour une majorité et un gouvernement nationistes

Une victoire LR-UDI en juin, seule chance de sursis pour la France

On a voulu voir Macron, on a vu Macron. Et on n’a pas fini de le voir car il est là pour cinq ans… au moins ! Depuis la nomination de son gouvernement, on a même vu sa méthode : tout dans l’embrouille. Il a pris des ministres soi-disant dis « de droite » pas pour avoir des ministres de droite mais pour casser la Droite.

Quant à la morale qu’il veut imposer en politique, apparemment, elle concerne les autres, pas son propre gouvernement. C’est ainsi que, trois jours après leur nomination, pas moins de quatre ministres, dont le Premier, sont mis en cause pour des affaires qui en ont poussé d’autres à la démission quand ce n’est pas en Justice. Jugez plutôt : Edouard Philippe, par ailleurs Député passé maître en absentéisme, n’a jamais fait de déclarations de revenus et de patrimoine lisibles. Ce pour quoi il a été puni d’un rappel à l’ordre de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Politique dont il n’a jamais tenu compte. Du coup, la HATVP lui a collé une « admonestation » sans conséquence judiciaire ni financière. Bouh ! Fais-moi peur ! Bruno Le Maire, on le sait depuis trois mois, a fait comme François Fillon : il a embauché fictivement sa femme pendant six ans (c’est moins que les trente-six de Fillon mais il est plus jeune) ; la Secrétaire d’État « à l’égalité femmes-hommes », Marlène Schiappa, elle, veut interdire la messe à la télé mais autoriser le voile à l’école, y compris pour les petites filles (!!!) ; enfin, François Bayrou, le préposé à la loi sur la « moralisation » de la vie politique est lui-même impliqué dans des histoires d’emplois fictifs et de costards offerts (pour 42 000 €). Fin provisoire de la liste. Remarquons tout de même que ces ministres ont été nommés après avoir rencontré, paraît-il, un homme de loi !

Bref ! Ce gouvernement risque fort de commencer où le précédent à fini : par les affaires. On n’en est encore qu’au stade des articles de presse mais, compte tenu des jurisprudences Fillon et Leroux, il ne sera pas long avant que la Justice s’en saisisse et que certains ministres soient débarqués par anticipation. En attendant, la médiasphère se régale des manœuvres macroniennes pour casser la Droite après avoir torpillé la Gauche. Et elle est unanime à décréter la Droite fracturée. Peu importe pour elle que trois ministres seulement viennent de LR ; c’est sans doute un détail. Quoi qu’il en soit, elle ne parvient pas à étouffer complètement la réalité. La réalité est que Emmanuel Macron, élu avec 24% des voix au premier tour, ne bénéficie que d’une cote de 45% quand Hollande avait été crédité d’un score de 28% et d’une cote de 58%. Celle de son Premier Ministre est de 35% alors que Jean-Marc Ayrault avait commencé sa mission avec 56% de confiants.

Malgré cela, les pros de la macro-politique qui ne passent le périphérique parisien que pour se rendre à Deauville (ou au Touquet, qui va revenir à la mode), continuent de favoriser l’hypothèse d’une majorité présidentielle relative, certes, mais réelle qui lui permettrait, après les Législatives de gouverner à la godille : un coup avec la Gauche, un coup avec la Droite. Cette idée me paraît complètement farfelue. Je l’ai dit et le répète, Emmanuel Macron est un Président par défaut. Il était programmé pour 2022 mais il a bénéficié en 2017 d’une conjoncture qui ne se reproduira pas aux Législatives. Le Pénélopegate a déclenché une chaîne extrêmement favorable de causes et d’effets : l’affaiblissement du candidat de la Droite LR-UDI a convaincu nombre de Juppéo-Centristes à voter pour lui, ce qui a permis à Emmanuel Macron d’être au second tour ; la fuite d’électeurs LR les plus droitiers vers la candidate du Front national lui a donné l’adversaire de second tour le plus facile.

L’élection Présidentielle est la confrontation de onze individus sous les objectifs des caméras. Les Législatives sont 577 confrontations de candidats dans un quasi anonymat où trois qualités sont absolument indispensables pour se faire élire : la notoriété, l’implantation locale et l’expérience des campagnes. Les 428 candidats République En Marche, qui sont pour la plupart des novices, seront confrontés à des candidats LR-UDI, socialistes ou Insoumis beaucoup mieux implantés et plus aguerris[1]. Parmi les postulants à la majorité macroniste à construire, ceux qui auront, en principe, le plus de chances de gagner sont les candidats des formations qui se sont ralliées (essentiellement le Modem) et la soixantaine de candidats de droite et de gauche face auxquels le REM ne présentera pas de concurrent. Mais eux aussi devront batailler face à des adversaires, leurs anciens « amis », aussi expérimentés qu’eux. A ceci près que, sur le terrain, leur ralliement sera vu par leurs électeurs naturels comme une trahison.

A supposer que ces circonstances ne jouent pas pour les candidats REM, il faudrait, pour confirmer le succès – relatif – de la Présidentielle, 577 Macron, et encore : ce ne serait pas une garantie d’être élu. Car, même si les 577 candidats REM arrivent en tête au premier tour des Législatives, ils seront bien peu à bénéficier comme leur chef d’un candidat du Front National comme adversaire[2]. En effet, le FN se heurte au même problème que REM : la notoriété de ses candidats à la députation ne vaut pas celle de sa candidate à la Présidentielle, ce, nonobstant le fiasco de Marine Le Pen au second tour. Or, ayant bien étudié les résultats des législatives de 2012 où le FN bénéficiait déjà de l’élan du bon score de Marine Le Pen à la Présidentielle précédente, j’ai remarqué que moins de cinquante de ses candidats avaient gagné leur ticket pour le second tour. Dans le meilleur des cas[3], ils seront au maximum quatre-vingt-dix à pouvoir le faire cette fois-ci. Avec, soit dit en passant, aucun élu au bout du compte car ceux qui siègent actuellement le doivent à des triangulaires. Autrement dit, les probabilités de voir de nombreux candidats REM confrontés à un FN au second tour sont minimes.

Ceux qui seront qualifiés face à un candidat LR-UDI, un socialiste, un Insoumis ou à un candidat d’union de la Gauche issu d’accords locaux devront encore convaincre une bonne partie des électeurs dont le champion à la Présidentielle a été éliminé… par le leur. Et, là, bon courage ! Je vois mal, en effet, les électeurs FN ou même LR (je ne parle pas des Centristes européistes) voler au secours d’un candidat Macron contre un adversaire socialiste. Et je doute que les Socialistes et Insoumis le fassent contre un candidat LR-UDI. En réalité, la fameuse « triangulation » qui a joué contre les Socialistes et les Reps à la Présidentielle risque de se retourner contre son auteur aux Législatives.

De fait, les seuls promis au plus grand nombre de qualifiés au second tour seront les candidats LR-UDI car eux peuvent bénéficier, à la fois, de la répulsion qu’inspire la Gauche aux Français du fait du catastrophique bilan du quinquennat Hollande et de celle que leur inspire le machiavélique Macron. C’est pourquoi je ne serais pas étonné que LR-UDI obtienne à la prochaine Assemblée une majorité absolue qui lui permettra de prendre Matignon et de gouverner.

Cela est-il bon pour la France ? Disons que c’est mieux que si c’était pire : Macron à l’Élysée avec une majorité parlementaire qui lui laisserait les coudées franches pour faire aboutir son funeste dessein. C’est, comme je ne le cesse de le répéter à longueur d’articles depuis des mois, un sursis. Un sursis de trois ans car, si la majorité et le gouvernement issus des Législatives de Juin prochain ne conviennent pas à Emmanuel Macron, il fera, comme François Mitterrand en son temps, tout pour leur pourrir la vie, au besoin en suscitant des troubles via les « forces de gauche », les syndicats et leurs associations d’activistes subventionnées. Et il dissoudra l’Assemblée en 2020. Pour que le camp nationiste, présent mais minoritaire au sein des Reps, puisse faire mieux que ralentir le processus de liquidation de la France en tant qu’état-nation, il faut, dans ce laps de temps qu’émerge à leur droite un parti ou une coalition de partis capables de lier des alliances à la fois avec eux et avec un FN débarrassé de ses éléments identitaires[4] et de ses délires idéologiques.

En fin de compte, la Présidentielle 2017 aura eu deux mérites : faire prendre conscience aux Patriotes naïfs que l’anti-France leur mentait sur ses véritables projets, et décider l’un d’eux, Nicolas Dupont-Aignan, à brûler ses vaisseaux en rompant un tabou : celui de l’alliance de TOUS les Patriotes pour sauver la France.

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[1] Même les nombreux primo-candidats des formations politiques traditionnelles sont plus aguerris que leurs concurrents REM car ce sont pour la plupart des apparatchiks qui n’en seront pas à leur première campagne.
[2] Le mode de scrutin majoritaire à deux tours aura son rôle à jouer. Seuls les candidats ayant obtenu les voix d’au moins 12,5% des inscrits au premier tour pourront participer au second. Dans une perspective de faible participation (on parle de 55%), cette règle limitera considérablement les triangulaires.
[3] À supposer que les candidats de cette année fassent un score supérieur de 10% en moyenne à celui de 2012 – ce que je ne crois pas une seconde.
[4] Dont certains devraient faire analyser leur propre ADN pour vérifier qu’ils n’ont VRAIMENT rien en commun avec ceux qu’ils veulent chasser de la Communauté nationale.

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