Identité nationale : pour un débat sincère et décisif

16 décembre 2009

Un débat sur l’identité nationale ? Nous sommes preneurs, évidemment. Encore faut-il que les intentions et la volonté d’aller au bout des choses soient sincères. Ce que j’ai pu en voir à Béziers, ce jeudi 10, démontre qu’on en est loin.

Deux remarques liminaires. La première : incontestablement, ce débat sur l’identité nationale répond à une préoccupation électoraliste des dirigeants de l’UMP. Leur but était double : montrer aux électeurs du Front National que celui-ci n’avait pas le monopole du patriotisme et mettre la Gauche en porte-à-faux sur cette même question. Ce faisant, ils commettaient deux erreurs qui risquent de coûter très cher aux Régionales de mars 2010. D’abord, ils ont mésestimé la capacité de la Gauche à assumer son idéologie a-nationale pour ne pas dire antinationale. Mais, surtout, ils étaient loin de sentir à quel point cette question de l’identité nationale taraude le corps social. De ce point de vue, ce débat démontre que le Front National ne peut se réduire à un parti xénophobe. Centrale au FN, la question nationale l’est aussi dans le pays.

La seconde : un sujet aussi vaste ne pouvait manquer de donner lieu à toutes des interprétations et à toutes les récupérations. C’est très exactement ce qui se produit : la Gauche essaie d’en profiter pour avancer ses pions idéologiques. Faisant fi des réalités et de l’Histoire, elle revendique comme composantes essentielles sinon uniques de l’identité française les éléments constitutifs de son idéologie, le socialisme : la république comme régime politique et non comme philosophie du vivre ensemble (ou contrat social) telle qu’elle est définie par Montesquieu ; 1789 comme référence absolue, comme si 1793 n’y était pas inscrit en germe (Il est urgent que nos élites (re)lisent « Les Dieux ont soif » d’Anatole France) ; le socialisme marxiste-léniniste à peine rosi comme système économique ; la religion des droits de l’homme, d’ailleurs sélectifs, contre les lois de la nature humaine ; en fin de compte, l’utopie rousseauiste de l’homme naturellement bon contre l’évidence kantienne de l’insociable sociabilité de l’homme. Enfin, ça, c’est pour France Culture et les pages du Monde ou du Figaro. La France profonde, elle, dit tout autre chose car il y a longtemps que les Français n’écoutent plus leurs élites.

Parler de l’identité nationale, c’est parler de nationalité. C’est ce que révèlent les échanges enregistrés sur le terrain. De ce point de vue, organiser un débat sur cette question comme cela est fait, c’est-à-dire sans sincérité et sans la volonté d’aller au bout des choses et d’en tirer des conclusions concrètes, c’était ouvrir la boîte de Pandore. Quoi que fassent nos politiques pour le cacher, les quatre millions de Français issus de l’immigration maghrébine posent un problème, celui de la multiple allégeance. A cet égard, comparer l’immigration récente avec les précédentes est, au mieux, un refus de voir les choses en face, au pire, une volonté de dissimulation. L’immigration maghrébine et sub-saharienne n’a rien à voir avec l’immigration italienne, polonaise ou espagnole.

Les Polonais et les Italiens arrivés en France dans les années trente, et les Espagnols fuyant le franquisme après 1939 ou, plus trivialement, la misère dans les années cinquante et soixante venaient dans une France considérée comme un pays frère dont les habitants pratiquaient la même religion et observaient les mêmes moeurs. Les Immigrés africains, eux, s’installent dans un pays dont les habitants pratiquent une religion et ont des mœurs aux antipodes des leurs ; de surcroît, et ce n’est pas le moins important, un pays qui a colonisé le leur et avec lequel ils entretiennent des rapports brouillés par la persistance d’un différent mémoriel.

S’agissant des Immigrés maghrébins, ils sont imprégnés de l’histoire conflictuelle et tragique qui caractérise les relations entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil. En particulier les Algériens, mais pas seulement eux, considèrent que la France, en vertu de 132 années de colonisation, leur doit quelque chose et pensent qu’ils ne lui doivent rien en échange. Du coup, pour eux, la nationalité française n’implique que des droits et aucun devoir, pas même celui de respecter toutes ses lois. Car c’est ne pas respecter toutes les lois françaises que d’exiger que l’Etat finance des mosquées, et que des aménagements spécifiques soient réalisés dans les services publics pour « respecter » leur modes de vie, de pensée, de croyance. Ce sont les repas hallal dans les cantines, les médecins féminins pour leurs femmes et leurs filles, la gestion par les sociétés d’HLM d’appartements adaptés aux ménages polygames, hypocritement et illégalement dissimulés sous la formule « familles mono-parentales », etc. Toutes prétentions auxquelles des pouvoirs publics acquis au communautarisme acquiescent avec complaisance. Le plus grave est que ces exigences, qui étaient il y a peu le fait de minorités agissantes, sont, à partir du moment où elles sont satisfaites, pratiquement devenues la règle. Au point que, dans les cités, ce sont ceux qui ne s’y prêtent pas qui deviennent suspects aux yeux de leurs coreligionnaires. Du coup, les « usagers » musulmans les expriment alors qu’ils se seraient parfaitement contentés du droit commun si les administrations avaient tenu fermement sur des positions strictement laïques. Ajoutez à cela des pratiques provocantes comme le fait de bloquer des rues entières de Paris, de Puteaux[1], de Marseille ou d’ailleurs, car le phénomène s’étend, pour la prière du vendredi et vous comprendrez que la population française se demande quel crédit elle doit accorder aux beaux discours sur la laïcité.

Le deuxième problème, plus grave peut-être que le précédent, est celui de l’allégeance multiple. Il fut un temps où détenir la nationalité française était un acte grave et très signifiant du point de vue de l’allégeance. Etre français impliquait qu’on n’était QUE français[2] et qu’on était prêt à mourir pour la France. On renonçait à sa nationalité d’origine et, surtout, en tout cas pour les hommes, on faisait son service militaire en France. C’est pourquoi très peu d’Immigrés optaient pour la nationalité française et ceux qui le faisaient exprimaient un patriotisme fervent. Une première faille est intervenue lorsqu’il a été possible à de jeunes Français d’origine étrangère de faire leur service militaire dans le pays d’origine de leurs parents …et aux Juifs français d’accomplir le leur en Israël (!). Aujourd’hui, les bi-nationaux ont de surcroît un double droit de vote. Bref, le fait d’avoir la nationalité française n’implique plus aucun renoncement et n’induit aucune contrainte. Pouvant opter pour la nationalité française tout en gardant celle de leurs parents, la plupart des Français nés en France de parents étrangers le sont en droit mais pas de cœur. Ce sont des Français à titre alimentaire.

Un phénomène aggravé par l’imprégnation nouvelle de l’Islam sur ses sujets. Or, l’islam ne reconnaît qu’une nationalité : l’Islam. Un dogme avec lequel les « Français musulmans » du 20ème siècle n’avaient aucune peine à transiger. Ce n’est pas le cas des « Musulmans français » de 2009. Il y a quarante ans, on pouvait en Afrique du Nord vivre toute une vie de Musulman sans jamais mettre un pied dans une mosquée. Ce, pour la bonne raison que les mosquées n’étaient pas si répandues et que l’Islam voyait d’un mauvais œil quiconque prétendait diriger la conscience d’autrui[3]. Aujourd’hui, l’Islam est politique, conquérant et prosélyte. Les Musulmans sont sans cesse sous la surveillance d’autres Musulmans plus impliqués qui pratiquent une véritable censure morale sur eux. Conséquence, si on demandait aux Musulmans français s’ils se battraient pour la France en cas de conflit armé avec leur pays d’origine, tout indique que les réponses positives seraient dans une proportion infinitésimale. Mieux, si on ose dire : la proportion serait tout aussi négligeable si la question portait sur un conflit entre la France et un quelconque pays musulman. Cela est d’ailleurs vrai pour les Juifs français si un conflit devait opposer la France à Israël. Ce phénomène, du reste, ne date pas de la radicalisation de l’Islam en Afrique du Nord et ailleurs. Dès 1974, le président algérien Houari Boumediène proclamait à la tribune de l’ONU que les Musulmans conquerraient l’Europe par le ventre de leurs femmes. Avec les progrès de l’Islam politique, cette perspective apparaît possible à des Musulmans de plus en plus nombreux car rien dans la société française ne vient infirmer cette prédiction.

Apparemment, nos élites n’en ont pas conscience. Les Français, si !

Ce débat est l’occasion rêvée pour le faire savoir et pour affirmer haut et fort que la France, héritière de la civilisation romano-chrétienne (et non judéo-chrétienne) entend accomplir son devoir qui est de défendre et de conforter cet héritage. Pour ce faire, il est urgent de se pencher sérieusement sur une réforme radicale de la nationalité impliquant le remplacement du droit du sol par le droit du sang, sang reçu et sang versé, et la suppression de la double nationalité.


[1] Avec la complicité active du Maire, Madame Ceccaldi-Raynaud, puisque c’est la police municipale elle-même qui oblige les riverains à patienter en attendant la fin de la prière pour rentrer chez eux.

[2] Dans l’Algérie coloniale, c’est parce que la nationalité française faisait perdre le statut personnel et impliquait une mis au ban de l’oumma que la majorité des Musulmans d’Algérie qui avaient la possibilité de la prendre la refusaient. D’où la difficulté à faire évoluer l’Algérie vers l’intégration pleine et entière dans la France.

[3] C’est à cet Islam idéal aux yeux des laïcards français qu’ils pensent quand ils parlent, en dépit du bon sens, d’un « Islam modéré » auquel les Musulmans français d’aujourd’hui seraient supposés adhérer.

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